Ce matin, je me suis réveillée avec un vague sentiment de nostalgie.
La nostalgie de quand j'ai commencé ce blogue.
La nostalgie de quand j'avais quelque chose à écrire. Avec passion, avec haine, avec sentiments violents.
La nostalgie de ma houleuse et destructrice histoire avec Monsieur Z, qui me hantera, je pense bien, à vie (si tu savais, cher lecteur au singulier, si tu savais).
La nostalgie de l'équation A, car il faut bien le dire, j'ai atteint désormais et depuis un bon bout de temps l'équation B.
Je me sens aujourd'hui sereine et paisible, enveloppée d'une chaleureuse, tendre et amoureuse relation avec Mon Simon, aka Force tranquille.
Comme on le dit souvent, les gens heureux n'ont pas d'histoires.
C'est même pas vrai. J'en ai, des histoires.
J'ai des histoires de bureau. Je pourrais vous parler de mon boss qui m'aime pas (même si je travaille de la maison). Je pourrais vous parler de mon cycle d'ovulation. Je pourrais vous parler de mon amie S, ma best, qui est finalement revenue de son tour du monde et qui a enfanté avec l'homme de sa vie, à quelques rues de chez moi. Je pourrais vous parler des lectures surprenantes que je fais, de mes réflexions de marde, du non-sens de ce que je constate dans la vie, de la série Les Tudor, de mon amour dévorant pour la nourriture, de Mon Simon, de ma nouvelle amie et collègue C, et j'en passe et j'en passe.
Par contre, n'attendez plus de moi le récit de mes fameuses aventures avec les hommes qui donnent pas de nouvelles. J'ai donné, merci.
Mais ce matin, j'ai repensé à un moment extraordinaire dans ma vie. Un tout petit moment de rien du tout, qui est revenu comme une vague chaude du Pacifique me réchauffer l'âme alors que je me réveillais dans la grisaille insipide de cette journée de janvier.
Je ne vous l'ai peut-être jamais dit, mais à l'ère de l'équation A, en 2012, en pleine effervescence de mon amour imaginaire, j'étais partie souffler un peu au Costa Rica et au Panama. J'étais partie deux semaines, avec une cohorte de six jeunes adultes qui venaient de partout dans le monde. On avait commencé notre périple à San Jose pour le terminer à Panama City. Entre-temps, on s'est fait les Antilles, la Cordillère des Andes, et une plage de rêve sur le bord du Pacifique, à Santa Catalina plus précisément, côte ouest du Panama, lieu hautement isolé où seuls se rendent des surfeurs en manque de lieux non envahis par les touristes/hôtels/fast-food.
Que la jungle, la mer, le sable, des hamacs et deux-trois cabanes en bois remplies de geckos et de scorpions.
Et un petit restaurant sous un paillasson.
A marée haute, la mer touchait presque le seuil de notre cabane.
Le village le plus proche se situait à deux heures de route.
Et là, je m'étais mise à flipper.
Et si.
Et si je me faisais piquer par un scorpion ?
Et si je pognais la malaria ?
Et si ces vagues énormes du Pacifique m'emportaient pour toujours?
Et si le Grand Requin Blanc me croquait ?
La nuit je ne dormais pas. Je me mettais en boule, j'écoutais le chant des geckos et j'hallucinais des scorpions grouillant sur mes jambes. Le matin, je faisais l'inventaire de mes piqûres de moustique et calculais rapidement mon ratio piqûres-risque de contracter la malaria.
Et puis une journée, alors que je lisais un livre quelconque allongée sous l'ombre divine des palmiers pendant que le reste de la cohorte, folle et insouciante, s'adonnait à des activités dangereuses, comme faire du surf, un beau Panaméen du coin, d'un âge approximatif entre 19 et 28 ans (impossible à déterminer), m'a offert une noix de coco dans laquelle il avait plongé une paille. Il m'a offert le fruit du lâcher prise.
Je l'ai consommée, heureuse et pâmée, et mon angoisse a peu à peu cédé la place à une légère joie de vivre typiquement «Sud», alimentée par le vue de cette jeune beauté panaméenne, bien décidée à «prendre soin» de moi.
Ce gentleman d'un âge obscur était en fait instructeur de surf. Et là, je me suis dit : Pourquoi pas.
Je suis allée quérir auprès de lui des leçons de surf.
Il m'a appris, sur le sable, à pagayer et à me lever rapidement sur la planche. Après quelques simulations, j'étais prête à affronter ma première vague.
Je n'avais que deux conditions.
1. Qu'on aille à un endroit où j'aurais toujours pied.
2. Qu'il ne m'amène pas dans les grosses vagues, celles qui sont loin derrière.
Je ne m'en suis même pas rendu compte que 10 minutes tard j'étais dans les grosses vagues derrière, là où je n'avais plus pied. Je voyais les vagues foncer sur moi tels des murs d'eau. Avec Beau Panaméen de l'autre côté de la planche, c'était aussi enivrant qu'une rangée de shooter de Tequila.
Je sais que vous ne me croirez pas, mais c'est la pure vérité. Quand la bonne vague est arrivée, je me suis levée d'un coup sur la planche et j'ai surfé sur la vague sur plusieurs mètres, presque que jusqu'à la plage.
C'était si bon, si grisant, si planant.
Moi qui m'étais toujours dit que du surf, je ne ferais jamais ça, moi qui sais à peine nager, qui ai peur dans une piscine:
Je ridais une vague du Pacifique.
C'était si court, mais inoubliable.
Un des ces rares moments où on se trouve parfaitement dans le moment présent, en adéquation avec lui.
J'ai fini par tomber dans l'eau. L'eau était chaude. C'était une chute agréable.
La seule chose que j'ai voulu, en me relevant, endolorie, c'était retourner dans les grosses vagues en arrière, là où je n'avais pas pied. Et recommencer, encore et encore, jusqu'à l'épuisement.
C'est à ça que j'ai pensé, ce matin, en me réveillant dans la grisaille de janvier.
J'ai pensé que ces moments sont rares et qu'il faut s'en souvenir pour toujours, les faire durer dans notre esprit le plus longtemps possible. J'ai voulu retourner dans le passé et faire revivre cette chaude ride dans le Pacifique.
J'y pense, et je me dis que Beau Panaméen est sûrement encore aujourd'hui en train d'offrir ses noix de coco et ses leçons de surf à de jeunes touristes, au soleil, sur sa plage paradisiaque, dans son pays loin là-bas.
Moi, j'aurai consacré ma journée à me souvenir de ce moment-là.
Parce que mettre sa vie en récit, et celle des autres, lui donne un sens... si absurde soit-il.
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dimanche 4 janvier 2015
samedi 3 novembre 2012
Mon corps à la science
Mon corps est un laboratoire.
J'essaie. J'expérimente.
Je le laisse entre leurs mains. J'explore leur touché. Leurs baisers. Leur tendresse ou leur rudesse. Leur passion, leur insécurité, leur empressement, leur désir brûlant.
Je me donne à eux, je les laisse faire ce qu'ils ont à faire, ce qu'ils pensent qu'ils doivent faire ou qu'ils aiment faire.
Pendant ce temps, j'analyse. J'observe mes réactions. Je note ce que j'aime, ce que j'aime moins. Je me laisse surprendre. Et parfois, même, j'ai du plaisir.
Je m'offre comme sujet d'étude. C'est pour une bonne cause. Pallier l'ignorance. Je suis curieuse. J'ai besoin d'en savoir davantage. De posséder un échantillon crédible. Une expérience solide.
C'est pour mieux me connaître. Pour mieux savoir ce que je suis en mesure d'accepter, de tolérer, d'assumer.
Et j'apprends.
À dire oui, à dire non. À m'abandonner dans leurs bras sans penser au lendemain, sans espérer de lendemain.
À être là, maintenant.
J'apprends à apprécier ce que les hommes ont à donner. À accepter les limites de ce qu'ils peuvent offrir.
Dans mon laboratoire, j'ai été agréablement surprise de la sensualité de certains. Les tactiles. Ceux qui aiment toucher. Qui aiment caresser, sentir, faire les choses lentement.
J'ai été plus entreprenante avec ceux qui n'osent pas trop.
J'ai été saisie par la rudesse d'autres. Ceux qui veulent prendre les femmes sans même se donner la peine de les déshabiller. Qui nous touchent à peine.
Ils répondent à mon sondage, honnêtement, quoique parfois un peu pressés, et puis repartent sans demander leur reste. Partent sans plus jamais donner de nouvelles.
Mais moi, j'en tire un grand profit. Je prends des notes. Je laisse l'expérience m'endurcir. Moi aussi j'en profite. Je ne subis pas.
Et en voyant le tout comme une expérience, avec essais et erreurs, j'apprends à créer la distance nécessaire pour cesser d'avoir mal.
Peut-être, chers hommes, que je finirai par vous accepter avec votre incapacité à rester.
Par vous pardonner, même.
J'essaie. J'expérimente.
Je le laisse entre leurs mains. J'explore leur touché. Leurs baisers. Leur tendresse ou leur rudesse. Leur passion, leur insécurité, leur empressement, leur désir brûlant.
Je me donne à eux, je les laisse faire ce qu'ils ont à faire, ce qu'ils pensent qu'ils doivent faire ou qu'ils aiment faire.
Pendant ce temps, j'analyse. J'observe mes réactions. Je note ce que j'aime, ce que j'aime moins. Je me laisse surprendre. Et parfois, même, j'ai du plaisir.
Je m'offre comme sujet d'étude. C'est pour une bonne cause. Pallier l'ignorance. Je suis curieuse. J'ai besoin d'en savoir davantage. De posséder un échantillon crédible. Une expérience solide.
C'est pour mieux me connaître. Pour mieux savoir ce que je suis en mesure d'accepter, de tolérer, d'assumer.
Et j'apprends.
À dire oui, à dire non. À m'abandonner dans leurs bras sans penser au lendemain, sans espérer de lendemain.
À être là, maintenant.
J'apprends à apprécier ce que les hommes ont à donner. À accepter les limites de ce qu'ils peuvent offrir.
Dans mon laboratoire, j'ai été agréablement surprise de la sensualité de certains. Les tactiles. Ceux qui aiment toucher. Qui aiment caresser, sentir, faire les choses lentement.
J'ai été plus entreprenante avec ceux qui n'osent pas trop.
J'ai été saisie par la rudesse d'autres. Ceux qui veulent prendre les femmes sans même se donner la peine de les déshabiller. Qui nous touchent à peine.
Ils répondent à mon sondage, honnêtement, quoique parfois un peu pressés, et puis repartent sans demander leur reste. Partent sans plus jamais donner de nouvelles.
Mais moi, j'en tire un grand profit. Je prends des notes. Je laisse l'expérience m'endurcir. Moi aussi j'en profite. Je ne subis pas.
Et en voyant le tout comme une expérience, avec essais et erreurs, j'apprends à créer la distance nécessaire pour cesser d'avoir mal.
Peut-être, chers hommes, que je finirai par vous accepter avec votre incapacité à rester.
Par vous pardonner, même.
jeudi 25 octobre 2012
One night stand
Bon.
Je viens de comprendre un truc.
Mes amis viennent de m'expliquer que ce que j'ai vécu samedi soir, c'est ce qu'on appelle un one night stand.
Tu ramènes un gars que tu viens tout juste de rencontrer chez toi et tu baises.
Le lendemain, le gars décalice et ne donne jamais plus de nouvelles, parce qu'en fait il s'en crisse de ta personne médiocre pas assez bien pour lui.
Pis ça, là, il paraît que c'est normal.
Que je suis donc naïve !
Merci Seigneur de m'avoir permis de vivre cette expérience enrichissante grâce à laquelle mon savoir sur la vie s'est amélioré.
Dorénavant, je suis encore plus dégoûtée des relations hommes-femmes.
Et moi qui me donne toujours la peine d'envoyer un petit mot : Eh ! Beau monsieur, j'ai passé une belle nuit en ta compagnie.
Me semble que ça donne un peu d'humanité au sexe ? Un peu de décorum à ce qui semble être devenu d'une banalité affligeante ? Un petit velours pour bien se dire au revoir ?
Ce que j'ai pu être stupide.
Il a pris simplement mon numéro par politesse.
Pas l'intention de me donner des nouvelles, le mec.
Je suis stupide d'en attendre.
Bing bang, fuck you.
Voilà à quoi il faut s'attendre.
L'humanité pue.
Bonne soirée.
Je viens de comprendre un truc.
Mes amis viennent de m'expliquer que ce que j'ai vécu samedi soir, c'est ce qu'on appelle un one night stand.
Tu ramènes un gars que tu viens tout juste de rencontrer chez toi et tu baises.
Le lendemain, le gars décalice et ne donne jamais plus de nouvelles, parce qu'en fait il s'en crisse de ta personne médiocre pas assez bien pour lui.
Pis ça, là, il paraît que c'est normal.
Que je suis donc naïve !
Merci Seigneur de m'avoir permis de vivre cette expérience enrichissante grâce à laquelle mon savoir sur la vie s'est amélioré.
Dorénavant, je suis encore plus dégoûtée des relations hommes-femmes.
Et moi qui me donne toujours la peine d'envoyer un petit mot : Eh ! Beau monsieur, j'ai passé une belle nuit en ta compagnie.
Me semble que ça donne un peu d'humanité au sexe ? Un peu de décorum à ce qui semble être devenu d'une banalité affligeante ? Un petit velours pour bien se dire au revoir ?
Ce que j'ai pu être stupide.
Il a pris simplement mon numéro par politesse.
Pas l'intention de me donner des nouvelles, le mec.
Je suis stupide d'en attendre.
Bing bang, fuck you.
Voilà à quoi il faut s'attendre.
L'humanité pue.
Bonne soirée.
mercredi 24 octobre 2012
Un samedi étonnant
C'était le genre de soirée où on se rend avec l'idée d'aller y faire un tour, de prendre un verre, ou deux si on se sent fou, et de repartir tôt pour être en forme le lendemain, même si on n'a rien de prévu.
C'était le genre de soirée où on va en espérant qu'on trouvera quelque chose à dire à quelqu'un, parce que si c'était de nous, on serait resté scotché devant les programmes insipides et ennuyeux du samedi soir à la télé. Envie de vouèr parsonne.
Le genre de soirée où on ne connaît personne, et où personne ne se connaît; le genre de soirée qui peut dangereusement virer en un flop épique. Fifty-fifty. Un risque à prendre.
C'était chez mon ex et ses colocs (mon ex et moi, on est restés bons potes).
Le genre de soirée où tu t'attends à rien et où il se passe tout.
D'un coloc explosif complètement délirant qui aimait tout le monde et répandait son amour, jusqu' à mon amie Miss J, habituellement très sage, qui a bu au point de me dévoiler son côté «givré» que je ne lui connaissait guère auparavant; et, mieux, jusqu'à mon autre amie, Miss M, célibataire depuis 3 ans et qui n'a touché aucun homme depuis, qui s'est retrouvée à frencher un magnifique Colombien à l'accent craquant, sept ans plus jeune qu'elle.
Et moi ?
Moi, je devais me faire discrète, présence de l'ex oblige. C'était difficile, avec tout ce beau monde autour de moi.
J'avais pourtant une envie irrépressible de draguer. De me sentir désirée par quelqu'un...
J'étais profondément déçue de ne pas avoir eu de nouvelles de ma date de l'autre samedi d'avant. Vous savez, celui qui a mis une semaine à me rappeler, après que je lui ai donné mon courriel...
On avait pourtant passé une belle soirée. On n'a pas vu le temps passer. Il m'avait invitée à prendre un verre chez lui. Il m'a dit qu'il avait aimé sa soirée avec moi. On s'entendait bien. Je sentais que c'était un bon gars.
J'aurais voulu rester dormir chez lui. Avec lui. Je le trouvais beau, sexé, attirant, intelligent...
Je m'étais retenue de lui sauter dessus, pour faire les choses dans les règles de l'art. Ne pas me donner tout de suite. Laisser durer le plaisir. J'étais repartie, seule, à 4 h 30 du matin, sous la pluie battante.
Avoir su que je serais finalement restée sans nouvelles de lui, je ne me serais pas privée de ce beau corps. J'aurais eu au moins ça.
Mais non. Même pas de nouvelles. Je ne comprends pas. Il ne répond pas à mon courriel. Criss.
Retournons au sujet qui nous préoccupe.
Et donc, samedi soir, dans les vapeurs de l'ivresse, emportée par le momentum de la soirée, et par ma rage du rejet masculin, je me suis mise à faire de l'oeil, discrètement, à un beau monsieur, qui semblait lui aussi apprécier ma présence inattendue dans ce party d'inconnus.
Je voulais juste son numéro de téléphone. Le cruiser un peu, et repartir chez moi avec l'espoir de le revoir. Repartir chez moi avec l'image de quelqu'un à qui rêver. Ça m'aide toujours à m'endormir. S'accrocher à l'espoir d'une rencontre plutôt qu'au désespoir du pas de nouvelles.
Je voulais juste son numéro, mais je l'ai eu, lui, dans mon lit. Je n'ai rien vu venir. Je n'ai rien venu venir, la preuve : j'ai dû filer sous la douche, très subtilement (existe-t-il une façon subtile de ce faire ?) pour me raser le pouél des jambes que je laissais pousser depuis un bon moment dans le but, finalement vain, de me le faire épiler. Oui, le rasage de pouél l'hiver, c'est pas top, parce que ma peau est sèche, et ça brûle, je deviens tout irritée. Je sais que vous aimez ça, des détails comme ça sur ma vie.
Bref, tout ça c'est de la faute à mon amie. Miss M, la wild qui a frenché le Colombien, a dit à Monsieur F (appelons-le ainsi): Mon amie repart seule à vélo et j'aime pas ça. Voudrais-tu lui donner un lift ?
Je lui ai répondu, au monsieur : pas obligé. J'habite pas loin et je suis en état de conduire mon vélo. (Histoire de voir s'il allait insister.)
Il n'a rien dit. C'était un impératif : il allait me reconduire.
Sacre le vélo dans la voiture.
Rendus devant chez moi, je mets ma main sur la poignée de la porte pour l'ouvrir. Il m'embrasse. Non; embrasser, c'est quand on est amoureux. C'est quand on désire ce moment depuis très longtemps. C'est doux et c'est tendre.
Il me frenche, donc.
Le lendemain, dans ma cuisine, en sirotant un café au lait, on discute de tout et de rien. Mais surtout de choses personnelles. Il me demande si je crois encore à l'amour. On parle d'amour, de relations, de choses sérieuses, de notre perception de la vie, de l'avenir...
C'était une belle nuit. Un bon moment avec lui. Un moment d'intimité. Plus qu'une baise.
Finalement, je n'ai jamais eu son numéro.
Lui, il a le mien. Il a mon courriel.
Il m'a embrassée, m'a dit «à bientôt», et est disparu dans la grisaille d'un dimanche matin d'automne.
«À bientôt».
Mon cul.
C'était le genre de soirée où on va en espérant qu'on trouvera quelque chose à dire à quelqu'un, parce que si c'était de nous, on serait resté scotché devant les programmes insipides et ennuyeux du samedi soir à la télé. Envie de vouèr parsonne.
Le genre de soirée où on ne connaît personne, et où personne ne se connaît; le genre de soirée qui peut dangereusement virer en un flop épique. Fifty-fifty. Un risque à prendre.
C'était chez mon ex et ses colocs (mon ex et moi, on est restés bons potes).
Le genre de soirée où tu t'attends à rien et où il se passe tout.
D'un coloc explosif complètement délirant qui aimait tout le monde et répandait son amour, jusqu' à mon amie Miss J, habituellement très sage, qui a bu au point de me dévoiler son côté «givré» que je ne lui connaissait guère auparavant; et, mieux, jusqu'à mon autre amie, Miss M, célibataire depuis 3 ans et qui n'a touché aucun homme depuis, qui s'est retrouvée à frencher un magnifique Colombien à l'accent craquant, sept ans plus jeune qu'elle.
Et moi ?
Moi, je devais me faire discrète, présence de l'ex oblige. C'était difficile, avec tout ce beau monde autour de moi.
J'avais pourtant une envie irrépressible de draguer. De me sentir désirée par quelqu'un...
J'étais profondément déçue de ne pas avoir eu de nouvelles de ma date de l'autre samedi d'avant. Vous savez, celui qui a mis une semaine à me rappeler, après que je lui ai donné mon courriel...
On avait pourtant passé une belle soirée. On n'a pas vu le temps passer. Il m'avait invitée à prendre un verre chez lui. Il m'a dit qu'il avait aimé sa soirée avec moi. On s'entendait bien. Je sentais que c'était un bon gars.
J'aurais voulu rester dormir chez lui. Avec lui. Je le trouvais beau, sexé, attirant, intelligent...
Je m'étais retenue de lui sauter dessus, pour faire les choses dans les règles de l'art. Ne pas me donner tout de suite. Laisser durer le plaisir. J'étais repartie, seule, à 4 h 30 du matin, sous la pluie battante.
Avoir su que je serais finalement restée sans nouvelles de lui, je ne me serais pas privée de ce beau corps. J'aurais eu au moins ça.
Mais non. Même pas de nouvelles. Je ne comprends pas. Il ne répond pas à mon courriel. Criss.
Retournons au sujet qui nous préoccupe.
Et donc, samedi soir, dans les vapeurs de l'ivresse, emportée par le momentum de la soirée, et par ma rage du rejet masculin, je me suis mise à faire de l'oeil, discrètement, à un beau monsieur, qui semblait lui aussi apprécier ma présence inattendue dans ce party d'inconnus.
Je voulais juste son numéro de téléphone. Le cruiser un peu, et repartir chez moi avec l'espoir de le revoir. Repartir chez moi avec l'image de quelqu'un à qui rêver. Ça m'aide toujours à m'endormir. S'accrocher à l'espoir d'une rencontre plutôt qu'au désespoir du pas de nouvelles.
Je voulais juste son numéro, mais je l'ai eu, lui, dans mon lit. Je n'ai rien vu venir. Je n'ai rien venu venir, la preuve : j'ai dû filer sous la douche, très subtilement (existe-t-il une façon subtile de ce faire ?) pour me raser le pouél des jambes que je laissais pousser depuis un bon moment dans le but, finalement vain, de me le faire épiler. Oui, le rasage de pouél l'hiver, c'est pas top, parce que ma peau est sèche, et ça brûle, je deviens tout irritée. Je sais que vous aimez ça, des détails comme ça sur ma vie.
Bref, tout ça c'est de la faute à mon amie. Miss M, la wild qui a frenché le Colombien, a dit à Monsieur F (appelons-le ainsi): Mon amie repart seule à vélo et j'aime pas ça. Voudrais-tu lui donner un lift ?
Je lui ai répondu, au monsieur : pas obligé. J'habite pas loin et je suis en état de conduire mon vélo. (Histoire de voir s'il allait insister.)
Il n'a rien dit. C'était un impératif : il allait me reconduire.
Sacre le vélo dans la voiture.
Rendus devant chez moi, je mets ma main sur la poignée de la porte pour l'ouvrir. Il m'embrasse. Non; embrasser, c'est quand on est amoureux. C'est quand on désire ce moment depuis très longtemps. C'est doux et c'est tendre.
Il me frenche, donc.
***
Le lendemain, dans ma cuisine, en sirotant un café au lait, on discute de tout et de rien. Mais surtout de choses personnelles. Il me demande si je crois encore à l'amour. On parle d'amour, de relations, de choses sérieuses, de notre perception de la vie, de l'avenir...
C'était une belle nuit. Un bon moment avec lui. Un moment d'intimité. Plus qu'une baise.
Finalement, je n'ai jamais eu son numéro.
Lui, il a le mien. Il a mon courriel.
Il m'a embrassée, m'a dit «à bientôt», et est disparu dans la grisaille d'un dimanche matin d'automne.
«À bientôt».
Mon cul.
dimanche 21 octobre 2012
C'est comme ça que je me sens ce matin
Comme cette chanson magnifique.
Try as he might he's unable to speak
He grabs her by the hair, he strokes her on the cheek
The bed is unmade like everything is
Dark little heaven at the top of the stairs
Take me like that, ruin it all
Then build it again by the light in the hall
He drops to his knees says please my love, please
I'll kill who you hate, take off that dress, you won't freeze
One more night, that was a good one
One more night, i dreamed it was a good one
One more, one more night, that was a good one
One more night, the end should be a good one
A good one
He starts with her back cause that's what he sees
When she's breaking his heart she still fucks like a tease
Release to the sky, look him straight in the eye
And tell him that now, that you wish he would die
You'll never touch him again so get what you can
Leaving him empty just because he's a man
So good when it ends, they'll never be friends
One more night, that's all they can spend
One more night, that was a good one
One more night, i dreamed it was a good one
One more, one more night, that was a good one
One more night, the end should be a good one
A good one
He grabs her by the hair, he strokes her on the cheek
The bed is unmade like everything is
Dark little heaven at the top of the stairs
Take me like that, ruin it all
Then build it again by the light in the hall
He drops to his knees says please my love, please
I'll kill who you hate, take off that dress, you won't freeze
One more night, that was a good one
One more night, i dreamed it was a good one
One more, one more night, that was a good one
One more night, the end should be a good one
A good one
He starts with her back cause that's what he sees
When she's breaking his heart she still fucks like a tease
Release to the sky, look him straight in the eye
And tell him that now, that you wish he would die
You'll never touch him again so get what you can
Leaving him empty just because he's a man
So good when it ends, they'll never be friends
One more night, that's all they can spend
One more night, that was a good one
One more night, i dreamed it was a good one
One more, one more night, that was a good one
One more night, the end should be a good one
A good one
jeudi 18 octobre 2012
Message aux mâles
Je voudrais prendre ce petit moment de détente pour faire un message à tous les hommes, oui, tous les hommes, désolée pour les messieurs gentils, vous payez pour les pas fins :
Vous me faites chier avec votre hostie de manie de marde de pas donner de nouvelles.
C'est pas compliqué, ok ? Tu t'assois sur ton cul, tu prends une bonne respiration, et tu les chies, tes trois lignes qui vont faire le bonheur d'une femme.
Je vous emmerde.
Vous me faites chier avec votre hostie de manie de marde de pas donner de nouvelles.
C'est pas compliqué, ok ? Tu t'assois sur ton cul, tu prends une bonne respiration, et tu les chies, tes trois lignes qui vont faire le bonheur d'une femme.
Je vous emmerde.
mardi 2 octobre 2012
Down
Plus la montée est vertigineuse, plus la chute est douloureuse.
Allez savoir pourquoi, vendredi j'étais dans un état d'euphorie tel que je ne tenais plus en place.
J'ai bu du vin. Beaucoup.
J'étais avec une amie. Et ensuite avec des amis d'une amie. Et ensuite dans une taverne des bas fonds de Montréal. Remplie de beaux messieurs.
Enivrée par mon euphorie, elle-même amplifiée par le vin, je suis montée, et montée, et montée beaucoup trop haut. J'explosais de bonheur. Je planais.
La vie était parfaite, cette soirée-là.
Devenue soudainement entreprenante, rien à mon épreuve, j'ai même laissé mon courriel à un charmant jeune homme avec qui j'ai discuté jusqu'à la fin de la soirée.
Mauvaise idée. J'aurais dû laisser la vie suivre son cours.
Dimanche, quand je lui ai écrit, j'ai commencé à descendre de mon nuage.
Je suis descendue, et descendue, et puis j'ai ressenti à nouveau, depuis longtemps, ce vide, ce creux lancinant qui tenaille le ventre.
Cette solitude insoutenable.
Cette attente angoissée.
Mais oui, j'étais certaine qu'il allait me répondre. Et il ne m'a pas répondu.
On passe à un autre appel.
Sauf que moi je ne passe pas à un autre appel aussi facilement.
Et là, je patauge pathétiquement dans la morosité, la mauvaise humeur, l'insomnie et les cauchemars.
Allez, Ligeia, relève-toi.
Et méfie-toi de tes montées exponentielles; il se cache en leur sein un monstre noir qui attend la moindre faiblesse de ta part pour te happer et te ramener au fond des eaux obscures et froides.
Allez savoir pourquoi, vendredi j'étais dans un état d'euphorie tel que je ne tenais plus en place.
J'ai bu du vin. Beaucoup.
J'étais avec une amie. Et ensuite avec des amis d'une amie. Et ensuite dans une taverne des bas fonds de Montréal. Remplie de beaux messieurs.
Enivrée par mon euphorie, elle-même amplifiée par le vin, je suis montée, et montée, et montée beaucoup trop haut. J'explosais de bonheur. Je planais.
La vie était parfaite, cette soirée-là.
Devenue soudainement entreprenante, rien à mon épreuve, j'ai même laissé mon courriel à un charmant jeune homme avec qui j'ai discuté jusqu'à la fin de la soirée.
Mauvaise idée. J'aurais dû laisser la vie suivre son cours.
Dimanche, quand je lui ai écrit, j'ai commencé à descendre de mon nuage.
Je suis descendue, et descendue, et puis j'ai ressenti à nouveau, depuis longtemps, ce vide, ce creux lancinant qui tenaille le ventre.
Cette solitude insoutenable.
Cette attente angoissée.
Mais oui, j'étais certaine qu'il allait me répondre. Et il ne m'a pas répondu.
On passe à un autre appel.
Sauf que moi je ne passe pas à un autre appel aussi facilement.
Et là, je patauge pathétiquement dans la morosité, la mauvaise humeur, l'insomnie et les cauchemars.
Allez, Ligeia, relève-toi.
Et méfie-toi de tes montées exponentielles; il se cache en leur sein un monstre noir qui attend la moindre faiblesse de ta part pour te happer et te ramener au fond des eaux obscures et froides.
mercredi 5 septembre 2012
La douleur du désir
Je ne sais pas ce qu'il m'arrive ces derniers jours, mais Monsieur Z fait un retour en force dans mes pensées.
Pourtant, je ne pensais plus à lui. J'ai rencontré récemment de nouveaux messieurs, dont le beau Monsieur Oz, le Turc. Et aussi Monsieur Math, avec qui je passe du bon temps et que j'ai rencontré sur un réseau de rencontres, un soir de juillet.
Mais ils ne me troublent pas comme a pu le faire Monsieur Z. Quand je l'embrassais, Monsieur Z, je perdais la tête, mon corps tremblait, mes pieds ne touchaient plus le sol. Je planais de désir, je brûlais sur toute la surface de ma peau.
Et je dois dire que ces derniers temps, j'ai bien envie d'avoir un homme dans mon lit. Cependant, il m'a suffi de les embrasser pour savoir que je n'arriverai pas à me rendre plus loin, même si ce n'est pas l'envie qui me manque.
Ils sont charmants, ils sont beaux, intelligents, et ils me donnent des nouvelles fréquemment, eux. Ils sont attentionnés. Mais quand je les embrasse, il ne se passe rien. Rien dans mon ventre, rien dans ma poitrine. Ma tête reste en place, mon corps ne tremble pas et ma peau ne brûle pas.
Et ça m'enrage. Je voudrais ressentir quelque chose, me laisser emporter par le désir, me laisser transporter dans leurs bras; seulement, je reste clouée sur place, à me demander ce que je fais là.
Je suis en train de me demander si ce n'est pas la souffrance qui est à la base de mon désir pour un homme. Plus il me fait languir, plus il me fait souffrir, me laisse dans l'incertitude, dans l'équation A, et plus je m'amourache de lui. Comme si le désir ne pouvait exister en dehors de cette tension insoutenable, du déchirement, de l'attente, de l'angoisse. Comme si la douleur amplifiait le plaisir.
Ça devrait être le contraire.
Je suis maso.
J'ai un dé.faut de fabrication que je dois faire réparer dans les jours, mois, années à venir si je veux réussir par enfin connaître une relation saine.
Pourtant, je ne pensais plus à lui. J'ai rencontré récemment de nouveaux messieurs, dont le beau Monsieur Oz, le Turc. Et aussi Monsieur Math, avec qui je passe du bon temps et que j'ai rencontré sur un réseau de rencontres, un soir de juillet.
Mais ils ne me troublent pas comme a pu le faire Monsieur Z. Quand je l'embrassais, Monsieur Z, je perdais la tête, mon corps tremblait, mes pieds ne touchaient plus le sol. Je planais de désir, je brûlais sur toute la surface de ma peau.
Et je dois dire que ces derniers temps, j'ai bien envie d'avoir un homme dans mon lit. Cependant, il m'a suffi de les embrasser pour savoir que je n'arriverai pas à me rendre plus loin, même si ce n'est pas l'envie qui me manque.
Ils sont charmants, ils sont beaux, intelligents, et ils me donnent des nouvelles fréquemment, eux. Ils sont attentionnés. Mais quand je les embrasse, il ne se passe rien. Rien dans mon ventre, rien dans ma poitrine. Ma tête reste en place, mon corps ne tremble pas et ma peau ne brûle pas.
Et ça m'enrage. Je voudrais ressentir quelque chose, me laisser emporter par le désir, me laisser transporter dans leurs bras; seulement, je reste clouée sur place, à me demander ce que je fais là.
Je suis en train de me demander si ce n'est pas la souffrance qui est à la base de mon désir pour un homme. Plus il me fait languir, plus il me fait souffrir, me laisse dans l'incertitude, dans l'équation A, et plus je m'amourache de lui. Comme si le désir ne pouvait exister en dehors de cette tension insoutenable, du déchirement, de l'attente, de l'angoisse. Comme si la douleur amplifiait le plaisir.
Ça devrait être le contraire.
Je suis maso.
J'ai un dé.faut de fabrication que je dois faire réparer dans les jours, mois, années à venir si je veux réussir par enfin connaître une relation saine.
mardi 28 août 2012
Des bienfaits de la cigarette
Oui, oui, vous avez bien lu : malgré tous les torts qu'on lui reproche, il y a quand même quelque chose que la clope permet de faire plus aisément et qui sera plus difficile lorsqu'elle sera devenue illégale : approcher quelqu'un, voire nouer des liens.
Récemment, j'étais sur la terrasse d'un bar bien connu de Montréal, à discuter avec mon amie M. sur le fait qu'on se sentait un peu comme des cougars auprès de cette petite jeunesse qui s'égayait dans le Quartier latin avant de commencer la nouvelle session ou de finir celle du printemps dernier, et d'un coup, comme ça, avec mon verre, j'ai eu envie d'une clope.
Tant qu'à devoir en quêter une disgracieusement (on dirait que ce n'est plus vraiment à la mode les je-t'achète-une-clope-pour-25-cents, on te regarde tout de suite comme si tu venais d'une autre planète), je me suis dit que j'allais en quêter une auprès d'un beau monsieur. T'sais, aussi bien faire une pierre deux coups.
J'avais spoté le type avec un chapeau. J'aimais son style. Et il fumait.
Je lui demande une cigarette. Échange de banalités.
Tu as un accent, tu viens d'où ?
De Turquie.
Oh ! Tu es en voyage ?
Non, j'habite ici.
Depuis longtemps ?
Quelques années.
En fait, ce n'est même pas au beau monsieur que j'ai parlé, mais à son ami sexagénaire; lui, il n'avait plus de cigarettes. Demande à mon ami, qu'il a dit.
Sur un "merci, bonne soirée", je suis partie fumer ma cigarette, rendue meilleure par la déception.
Plus tard, v'là-tu pas que le beau monsieur turc apparaît devant nous et nous demande s'il peut s'asseoir. Mais bien sûr. Avec grand plaisir. Ramène ton ami sexagénaire.
Tout le monde parle, on ne comprend pas grand-chose, mais on a ben du fun.
Tout le monde parle, et moi je le regarde. Il est si beau, avec ses grands yeux perçants, ses grands yeux noirs et profonds dans lesquels transparaît une émouvante sensibilité.
Trois heures arrivent, déjà. Je lui donne mon courriel, il me donne son numéro.
Le lendemain, j'avais déjà un message de lui. On s'est écrit toute la semaine. Et on s'est revus.
J'ai bavé toute la soirée en admirant sa beauté. On a bien discuté. Je l'ai mieux compris, cette fois-ci. On a eu beaucoup de plaisir. Lorsqu'on s'est dit au revoir, on s'est donné la bise. Et puis il partait, me tournant le dos, quand il a soudainement fait volte-face pour m'embrasser une fois de plus sur la joue. Et il est parti pour de bon. Grrrr.
On a gardé contact. On va se revoir. Il deviendra peut-être un bon ami, peut-être un bon amant; dans tous les cas, j'aime sa présence.
Et tout ça à cause d'une clope méchante et mortelle.
Quel prétexte inventera-t-on pour approcher subtilement les beaux messieurs inconnus lorsque tout le monde aura arrêté de fumer ? Salut, aurais-tu une gomme ? Un pastille ? Une papermane ? Ou carrément : salut, je te regardais de loin, et je te trouvais pas mal beau, mais je voulais juste te le dire comme ça en passant, pour te signaler que je suis sexuellement disponible et que si ça te tente, on pourrait se draguer un petit peu.
Libre cours à votre imagination débordante.
Récemment, j'étais sur la terrasse d'un bar bien connu de Montréal, à discuter avec mon amie M. sur le fait qu'on se sentait un peu comme des cougars auprès de cette petite jeunesse qui s'égayait dans le Quartier latin avant de commencer la nouvelle session ou de finir celle du printemps dernier, et d'un coup, comme ça, avec mon verre, j'ai eu envie d'une clope.
Tant qu'à devoir en quêter une disgracieusement (on dirait que ce n'est plus vraiment à la mode les je-t'achète-une-clope-pour-25-cents, on te regarde tout de suite comme si tu venais d'une autre planète), je me suis dit que j'allais en quêter une auprès d'un beau monsieur. T'sais, aussi bien faire une pierre deux coups.
J'avais spoté le type avec un chapeau. J'aimais son style. Et il fumait.
Je lui demande une cigarette. Échange de banalités.
Tu as un accent, tu viens d'où ?
De Turquie.
Oh ! Tu es en voyage ?
Non, j'habite ici.
Depuis longtemps ?
Quelques années.
En fait, ce n'est même pas au beau monsieur que j'ai parlé, mais à son ami sexagénaire; lui, il n'avait plus de cigarettes. Demande à mon ami, qu'il a dit.
Sur un "merci, bonne soirée", je suis partie fumer ma cigarette, rendue meilleure par la déception.
Plus tard, v'là-tu pas que le beau monsieur turc apparaît devant nous et nous demande s'il peut s'asseoir. Mais bien sûr. Avec grand plaisir. Ramène ton ami sexagénaire.
Tout le monde parle, on ne comprend pas grand-chose, mais on a ben du fun.
Tout le monde parle, et moi je le regarde. Il est si beau, avec ses grands yeux perçants, ses grands yeux noirs et profonds dans lesquels transparaît une émouvante sensibilité.
Trois heures arrivent, déjà. Je lui donne mon courriel, il me donne son numéro.
Le lendemain, j'avais déjà un message de lui. On s'est écrit toute la semaine. Et on s'est revus.
J'ai bavé toute la soirée en admirant sa beauté. On a bien discuté. Je l'ai mieux compris, cette fois-ci. On a eu beaucoup de plaisir. Lorsqu'on s'est dit au revoir, on s'est donné la bise. Et puis il partait, me tournant le dos, quand il a soudainement fait volte-face pour m'embrasser une fois de plus sur la joue. Et il est parti pour de bon. Grrrr.
On a gardé contact. On va se revoir. Il deviendra peut-être un bon ami, peut-être un bon amant; dans tous les cas, j'aime sa présence.
Et tout ça à cause d'une clope méchante et mortelle.
Quel prétexte inventera-t-on pour approcher subtilement les beaux messieurs inconnus lorsque tout le monde aura arrêté de fumer ? Salut, aurais-tu une gomme ? Un pastille ? Une papermane ? Ou carrément : salut, je te regardais de loin, et je te trouvais pas mal beau, mais je voulais juste te le dire comme ça en passant, pour te signaler que je suis sexuellement disponible et que si ça te tente, on pourrait se draguer un petit peu.
Libre cours à votre imagination débordante.
lundi 13 août 2012
Vagabondage
Doux balancement du métro.
Musique dans les oreilles.
Mon esprit vagabonde. Les gens autour de moi s'évaporent dans les limites diffuses de ma conscience.
Plus loin, debout, un jeune homme.
Beau. Blond. Aux cheveux longs. Aux lunettes rondes.
Mes yeux le détaillent. Je le trouve séduisant. Il a de belles mains. Une belle bouche.
Je pense que ce serait mon type d'homme. Un côté intello, assaisonné d'un caractère sportif-nature. Le genre de gars qui t'emmène marcher en forêt, avec qui tu passes de belles soirées en camping, avec qui tu peux discuter de tout, approfondir les sujets, mais toujours avec légèreté, simplicité et humour. Le genre de gars amoureux, affectueux, sans être mielleux.
Ensemble, on serait bien. Je serais comblée. Je me vois, sourire aux lèvres, à ses côtés. Et on aura des enfants, bien sûr. On en aura trois, en tout. Je suis sa femme, je le rends heureux. On prend beaucoup de plaisir à recevoir nos nombreux amis, parce que lui, son plaisir, c'est de donner et de faire plaisir aux gens qu'il aime. Il rit beaucoup. Il rit tout le temps. Son rire est apaisant. De ses yeux jaillit en permanence l'étincelle de ceux qui dévorent la vie à pleines dents. Il me communique son bonheur. Il me regarde souvent avec complicité, de son sourire contagieux. Nos enfants grandissent, leurs boucles blondes finissent par prendre une teinte plus châtaine.
Il m'aime et m'admire.
Une vie de bonheur s'écoule.
Sentant mon regard persistant sur lui, il se retourne, me voit, me fait un semi-sourire pincé tout en haussant les sourcils, l'air de me dire : "Tu veux ma photo?" ou peut-être bien : "Je te plais ? C'est ça ?"
Et il sort à la station suivante.
Je secoue ma tête; je me ressaisis. Les gens autour de moi commencent à regagner progressivement le champ de ma conscience. La réalité se réinstalle crûment, avec ses néons, le bruit des portes qui s'ouvrent et se referment, le son du train sur les rails, les visages abrutis et indolents des gens qui attendent de descendre.
Je suis rendue à destination. Je me lève, je sors, le pas léger, le regard brillant, le visage lumineux, esquissant le sourire de celles qui viennent de passer une nuit avec leur amant.
Entre les stations Frontenac et Berri-UQAM, j'ai vécu une longue et poignante histoire d'amour.
Musique dans les oreilles.
Mon esprit vagabonde. Les gens autour de moi s'évaporent dans les limites diffuses de ma conscience.
Plus loin, debout, un jeune homme.
Beau. Blond. Aux cheveux longs. Aux lunettes rondes.
Mes yeux le détaillent. Je le trouve séduisant. Il a de belles mains. Une belle bouche.
Je pense que ce serait mon type d'homme. Un côté intello, assaisonné d'un caractère sportif-nature. Le genre de gars qui t'emmène marcher en forêt, avec qui tu passes de belles soirées en camping, avec qui tu peux discuter de tout, approfondir les sujets, mais toujours avec légèreté, simplicité et humour. Le genre de gars amoureux, affectueux, sans être mielleux.
Ensemble, on serait bien. Je serais comblée. Je me vois, sourire aux lèvres, à ses côtés. Et on aura des enfants, bien sûr. On en aura trois, en tout. Je suis sa femme, je le rends heureux. On prend beaucoup de plaisir à recevoir nos nombreux amis, parce que lui, son plaisir, c'est de donner et de faire plaisir aux gens qu'il aime. Il rit beaucoup. Il rit tout le temps. Son rire est apaisant. De ses yeux jaillit en permanence l'étincelle de ceux qui dévorent la vie à pleines dents. Il me communique son bonheur. Il me regarde souvent avec complicité, de son sourire contagieux. Nos enfants grandissent, leurs boucles blondes finissent par prendre une teinte plus châtaine.
Il m'aime et m'admire.
Une vie de bonheur s'écoule.
Sentant mon regard persistant sur lui, il se retourne, me voit, me fait un semi-sourire pincé tout en haussant les sourcils, l'air de me dire : "Tu veux ma photo?" ou peut-être bien : "Je te plais ? C'est ça ?"
Et il sort à la station suivante.
Je secoue ma tête; je me ressaisis. Les gens autour de moi commencent à regagner progressivement le champ de ma conscience. La réalité se réinstalle crûment, avec ses néons, le bruit des portes qui s'ouvrent et se referment, le son du train sur les rails, les visages abrutis et indolents des gens qui attendent de descendre.
Je suis rendue à destination. Je me lève, je sors, le pas léger, le regard brillant, le visage lumineux, esquissant le sourire de celles qui viennent de passer une nuit avec leur amant.
Entre les stations Frontenac et Berri-UQAM, j'ai vécu une longue et poignante histoire d'amour.
jeudi 2 août 2012
Les aventures de deux trentenaires célibataires à Burlington - Partie II : L'enchantement
Nous sommes arrivées, donc, dans notre nouveau camping, facilement accessible par un bus de Burlington.
Comme nous avions vu le pire, cet endroit nous a paru un véritable lieu d'enchantement : la petite cabane coquette en bois rustique de l'accueil; le charmant monsieur jovial au comptoir; l'emplacement pour la tente, entouré de verdure bucolique, visité par un magnifique cardinal et son harem de femelles; nos voisins, de vrais voyageurs qui aiment le vrai camping, curieux, aimables comme tout, souriants et sympathiques par-dessus le marché. Ainsi, on s'est vite fait des amis, à commencer par Max, leur fils de 10 ans, qui n'avait pas froid aux yeux et qui s'est mis à nous parler comme si on était ses amies de longue date. D'ailleurs, le petit, il parlait à tout le monde autour de lui, s'incrustait dans les activités des autres campeurs, comme si cela allait de soi. Comme j'aurais aimé avoir ce culot dans ma jeunesse ! Ma solitude m'aurait peut-être moins pesé. Bref, il était si mignon que tout le monde l'accueillait avec grand plaisir.
Cette journée-là, nous sommes allées traîner à Burlington, où ma mère venait nous rejoindre. Il y avait un marché public avec des dégustations, des produits du Vermont et de la bouffe de rue. On s'est délectées de samoussas épicés et de tartes aux bleuets. On a mangé du regard tous les produits offerts, et je me suis dit que dans le monde entier on entretenait un bien mauvais cliché quant à l'excès de malbouffe aux States. Bon d'accord, cette réalité est vraie, on ne peut la nier; cependant, il ne faudrait pas oublier que les Étatsuniens, du moins ceux de la Nouvelle-Angleterre, sont adeptes des produits de leur terroir, et se passionnent pour les aliments de qualité.
Et puis on a magasiné, notamment dans les friperies, où je me suis dégoté une jolie robe de style rétro pour moins que rien si l'on compare le prix qu'elle valait à l'origine (oui, je suis allée voir sur Internet). J'avais hâte de trouver une occasion de la porter. Ça s'est présenté hier, mais malheureusement, mon compagnon n'a pas succombé au charme irrésistible de cette robe.
Passons.
Et donc : un marché, une friperie, une promenade avec ma mère et S., et je suis comblée de bonheur.
Le soir même, après un petit apéro au vin blanc chaud, épuisées par nos déplacements et notre longue promenade, nous nous sommes lancées dans la piscine du camping sous la lune éclatante.
Le lendemain, pour notre dernière journée, nous avons erré au marché d'artisanat installé au village à côté, Shelburne. Il se trouve que nos sympathiques voisins de camping étaient des artisans venus là pour présenter leurs oeuvres. C'est leur vie : travailler leurs oeuvres et parcourir les routes pour les présenter dans des marchés; dormir à la belle étoile; partir, toujours partir. Il y a quelque chose de romantique à cette vie. Ça m'a fait rêver. Ils avaient l'air si heureux !
Le marché était énorme et occupé par une pléthore de beaux mecs. Ils sont où les beaux mecs aux States ? Dans les marchés; croyez-moi. On en a croisé un en particulier, qui s'avérait en fait notre autre voisin de camping, celui d'en face. Lui, il fait de la poterie. Un beau jeune homme qui fait de la poterie, ça fait pas se pâmer un peu, ça ?
Il y avait un espace dédié à la dégustation d'alcool. On a essayé tous les stands. Tous. La vie est trop belle. Ensuite, histoire d'absorber tout cet alcool, nous avons assailli l'espace réservé à la restauration, spécialisée dans les produits locaux. J'ai mangé un lobster roll, un genre de hot-dog grillé fourré avec du stuff au homard. Et puis une pizza roquette-chèvre-betterave, et une autre pêche-bleu-roquette, à tomber par terre. Et pour finir, une salade de roquette avec canneberges, bleu, amandes et vinaigrette au sirop d'érable. De quoi mourir de délice.
On a terminé la soirée devant un feu, avec guimauves grillées. Et puis notre beau voisin d'en face, Alexander, est arrivé et s'est fait un feu. Il était seul. J'avais envie de lui parler. Je suis allée le voir, puisant un peu de courage je ne sais où en moi, je lui ai fait la conversation un petit peu et il est venu s'installer avec nous près de notre feu. On a parlé, regardé les étoiles, la lune; on se sentait bien près de lui. Il nous a donné chacune une poterie. Magnifique souvenir de cette épopée à Burlington. Le périple ne pouvait mieux se terminer. On a pensé qu'il a dû penser qu'on était lesbiennes. Mais c'est pas grave. Il nous a laissé son adresse, postale et électronique. Il a dit qu'il aimerait bien qu'on aille le voir à Clinton. On a dit qu'on aimerait bien le voir à Montréal. De vagues projets se sont dessinés. On ne se reverra pourtant jamais.
Le lendemain, il partait, et nous aussi. On s'est fait une accolade. Non, les Étatsuniens n'embrassent pas sur la joue; ils te prennent directement dans leurs bras. Frissons.
Comme nous avions vu le pire, cet endroit nous a paru un véritable lieu d'enchantement : la petite cabane coquette en bois rustique de l'accueil; le charmant monsieur jovial au comptoir; l'emplacement pour la tente, entouré de verdure bucolique, visité par un magnifique cardinal et son harem de femelles; nos voisins, de vrais voyageurs qui aiment le vrai camping, curieux, aimables comme tout, souriants et sympathiques par-dessus le marché. Ainsi, on s'est vite fait des amis, à commencer par Max, leur fils de 10 ans, qui n'avait pas froid aux yeux et qui s'est mis à nous parler comme si on était ses amies de longue date. D'ailleurs, le petit, il parlait à tout le monde autour de lui, s'incrustait dans les activités des autres campeurs, comme si cela allait de soi. Comme j'aurais aimé avoir ce culot dans ma jeunesse ! Ma solitude m'aurait peut-être moins pesé. Bref, il était si mignon que tout le monde l'accueillait avec grand plaisir.
Cette journée-là, nous sommes allées traîner à Burlington, où ma mère venait nous rejoindre. Il y avait un marché public avec des dégustations, des produits du Vermont et de la bouffe de rue. On s'est délectées de samoussas épicés et de tartes aux bleuets. On a mangé du regard tous les produits offerts, et je me suis dit que dans le monde entier on entretenait un bien mauvais cliché quant à l'excès de malbouffe aux States. Bon d'accord, cette réalité est vraie, on ne peut la nier; cependant, il ne faudrait pas oublier que les Étatsuniens, du moins ceux de la Nouvelle-Angleterre, sont adeptes des produits de leur terroir, et se passionnent pour les aliments de qualité.
Et puis on a magasiné, notamment dans les friperies, où je me suis dégoté une jolie robe de style rétro pour moins que rien si l'on compare le prix qu'elle valait à l'origine (oui, je suis allée voir sur Internet). J'avais hâte de trouver une occasion de la porter. Ça s'est présenté hier, mais malheureusement, mon compagnon n'a pas succombé au charme irrésistible de cette robe.
Passons.
Et donc : un marché, une friperie, une promenade avec ma mère et S., et je suis comblée de bonheur.
Le soir même, après un petit apéro au vin blanc chaud, épuisées par nos déplacements et notre longue promenade, nous nous sommes lancées dans la piscine du camping sous la lune éclatante.
Le lendemain, pour notre dernière journée, nous avons erré au marché d'artisanat installé au village à côté, Shelburne. Il se trouve que nos sympathiques voisins de camping étaient des artisans venus là pour présenter leurs oeuvres. C'est leur vie : travailler leurs oeuvres et parcourir les routes pour les présenter dans des marchés; dormir à la belle étoile; partir, toujours partir. Il y a quelque chose de romantique à cette vie. Ça m'a fait rêver. Ils avaient l'air si heureux !
Le marché était énorme et occupé par une pléthore de beaux mecs. Ils sont où les beaux mecs aux States ? Dans les marchés; croyez-moi. On en a croisé un en particulier, qui s'avérait en fait notre autre voisin de camping, celui d'en face. Lui, il fait de la poterie. Un beau jeune homme qui fait de la poterie, ça fait pas se pâmer un peu, ça ?
Il y avait un espace dédié à la dégustation d'alcool. On a essayé tous les stands. Tous. La vie est trop belle. Ensuite, histoire d'absorber tout cet alcool, nous avons assailli l'espace réservé à la restauration, spécialisée dans les produits locaux. J'ai mangé un lobster roll, un genre de hot-dog grillé fourré avec du stuff au homard. Et puis une pizza roquette-chèvre-betterave, et une autre pêche-bleu-roquette, à tomber par terre. Et pour finir, une salade de roquette avec canneberges, bleu, amandes et vinaigrette au sirop d'érable. De quoi mourir de délice.
On a terminé la soirée devant un feu, avec guimauves grillées. Et puis notre beau voisin d'en face, Alexander, est arrivé et s'est fait un feu. Il était seul. J'avais envie de lui parler. Je suis allée le voir, puisant un peu de courage je ne sais où en moi, je lui ai fait la conversation un petit peu et il est venu s'installer avec nous près de notre feu. On a parlé, regardé les étoiles, la lune; on se sentait bien près de lui. Il nous a donné chacune une poterie. Magnifique souvenir de cette épopée à Burlington. Le périple ne pouvait mieux se terminer. On a pensé qu'il a dû penser qu'on était lesbiennes. Mais c'est pas grave. Il nous a laissé son adresse, postale et électronique. Il a dit qu'il aimerait bien qu'on aille le voir à Clinton. On a dit qu'on aimerait bien le voir à Montréal. De vagues projets se sont dessinés. On ne se reverra pourtant jamais.
Le lendemain, il partait, et nous aussi. On s'est fait une accolade. Non, les Étatsuniens n'embrassent pas sur la joue; ils te prennent directement dans leurs bras. Frissons.
mardi 31 juillet 2012
Les aventures de deux trentenaires célibataires à Burlington - Partie I : Le camping de la désolation
Je m'étais dit que j'avais besoin d'aventure. Vous savez, aventure comme dans partir en backpacking ? Bon, pas très loin, pas très longtemps, d'accord. Mais le backpacking, contrairement au voyage planifié, avec hôtel réservé, trajet tracé et voiture remplie à ras bord de bagages pour être certain de ne manquer de rien, permet de déconnecter complètement, de sortir de la réalité, de vivre le quotidien autrement en nous ramenant à des besoins de base, comme trouver une endroit où dormir, faire à manger et faire du feu.
Jamais je ne m'étais sentie aussi heureuse que la fois où, à 23 ans, j'étais partie trois mois en France et en Espagne avec ma tente, à errer entre la Bretagne, la Corse et Séville, à dormir dans les trains et à aller où me portaient mes humeurs. Ma vie se résumait à cela : partir, prendre un train, trouver un terrain de camping, manger, visiter des lieux, ou plutôt vivre des lieux. Dans cette vie, il n'y a pas d'avenir, pas de passé; le présent est l'unique façon d'exister. On se sent jeune, on se sent libre, on sent que tout est possible.
J'avais réitéré l'expérience à 25 ans (moins longtemps, deux semaines) pour traverser l'Ouest canadien avec Monsieur M. C'était comme un voyage de noces. On faisait du stop, on dormait dans les cars, et le temps n'existait plus.
Aujourd'hui, je n'ai plus vraiment l'occasion de partir comme ça. À 31 ans, les choses changent. Déjà, on se sent moins forts pour transporter un sac de 20 kilos sur notre dos. Et puis la vie nous amène à faire des choix, comme se poser, structurer sa vie, payer ses dettes d'études, avoir un emploi et le garder, mettre de l'argent de côté. Tout cela finit par sembler plus important que l'errance, parce qu'on se voit vieillir, et on veut être autonomes. Mais voilà, cette époque d'insouciance et d'aventure me manque, me rend parfois nostalgique.
Bref, j'ai eu envie d'aventure, ce qui est toujours une bonne thérapie contre l'engourdissement cérébral et physique.
Ça tombait bien, parce que justement mon amie S. m'a demandé si j'avais envie de partir avec elle en camping à Burlington. Que oui. Et quelle aventure ce fut.
Et donc on a paqueté nos bagages et on a sauté dans un car qui nous amenait directement à Burlington.
Se retrouver perdues dans une ville qu'on ne connaît pas. Demander notre chemin. Chercher le bon autobus qui nous amène au bon camping. Susciter le regard des passants. Parfois de beaux passants, nous renvoyant des regards complices; deux filles qui voyagent avec un sac aussi gros qu'elles sur le dos, ça attire l'oeil et l'admiration. Et la sympathie des gens.
Comme les lois de l'aventure l'exigent, le camping dans lequel nous voulions passer notre séjour était plein. Oh, je vous rassure : j'avais appelé et écrit avant de partir, mais je n'ai jamais eu de réponse. Je n'ai jamais pu réserver, mais on s'était dit que la chance serait de notre côté. Elle ne l'a pas été. Soit.
On s'est alors retrouvées dans le pire camping que j'aie vu de ma vie. Sans blague. Très loin de Burlington en plus. Impossible de s'y rendre à pied ou même en vélo ou en bus. C'est un taxi qui nous y a menées, et ça a coûté cher. On était prises là. Pas d'autre choix possible, et puis la fatigue commençait à nous gagner.
Un camping tout moche, du type "parking à roulottes", dont la clientèle se caractérise par un manque de goût flagrant tant dans choix de la déco de sa roulotte que dans sa façon d'interpréter le savoir-vivre. À l'accueil, dans une espèce de cabane en bois compressé qui puait le vieux pipi, un rouquin nous a accueillies de son regard terne et empreint d'une indifférence profonde pour la vie en général.
Les toilettes étaient dégueulasses. D'une propreté plus que douteuse. Il n'y avait pas de savon et le sèche-mains ne fonctionnait pas. Je n'ai même pas pris de douche. J'ai préféré rester dans mon odeur de swing. La plage mentionnée dans le dépliant en tant qu'un atout du site s'est révélée un carré de boue de six mètres carrés dans lequel barbotaient quelques enfants. Pas de village près; pas de magasins. De l'atmosphère du camping se dégageaient des notes de désespoir, de pauvreté, comme celles qui émanent d'un lieu où on n'est que de passage, où on arrive tard la nuit et d'où on repart tôt le matin, comme ces motels vétustes et tristes qui jonchent le bord des autoroutes.
On s'est senties abattues, mais à la fois euphoriques. On a tellement ri qu'on a fini par pleurer. Ou on a tellement pleuré qu'on a fini par rire. Je ne sais plus très bien dans quel ordre.
Bonne nouvelle, il y avait une piscine, et notre emplacement pour la tente était tout de même acceptable. On a découvert un quai où on a fini l'après-midi les pieds dans le lac Champlain. On a trouvé du bois pour faire du feu. On a préparé notre souper avec le petit réchaud de S. On a bu beaucoup de vin et on a parlé longtemps en contemplant les flammes. Le bonheur se trouve parfois dans des gestes très élémentaires. Notre joie et notre excitation en allumant le réchaud vous sembleraient probablement incompréhensibles et pathétiques. Notre fascination devant un gâteau au fromage lyophilisé qui prend forme grâce à un peu d'eau pourrait paraître ridicule de l'extérieur, mais quand on le vit, on se sent comme un enfant qui découvre pour la première fois un Jolly Jumper.
Le lendemain, on a repaqueté nos affaires et on a sacré notre camp - oui, l'expression est choisie, car nous ne sommes pas parties, mais nous avons bel et bien sacré notre camp, ce qui est différent - pour un monde meilleur qui ne sent pas le pipi et où les gens ne sont pas ternes.
La suite de nos aventures dans un prochain billet.
Jamais je ne m'étais sentie aussi heureuse que la fois où, à 23 ans, j'étais partie trois mois en France et en Espagne avec ma tente, à errer entre la Bretagne, la Corse et Séville, à dormir dans les trains et à aller où me portaient mes humeurs. Ma vie se résumait à cela : partir, prendre un train, trouver un terrain de camping, manger, visiter des lieux, ou plutôt vivre des lieux. Dans cette vie, il n'y a pas d'avenir, pas de passé; le présent est l'unique façon d'exister. On se sent jeune, on se sent libre, on sent que tout est possible.
J'avais réitéré l'expérience à 25 ans (moins longtemps, deux semaines) pour traverser l'Ouest canadien avec Monsieur M. C'était comme un voyage de noces. On faisait du stop, on dormait dans les cars, et le temps n'existait plus.
Aujourd'hui, je n'ai plus vraiment l'occasion de partir comme ça. À 31 ans, les choses changent. Déjà, on se sent moins forts pour transporter un sac de 20 kilos sur notre dos. Et puis la vie nous amène à faire des choix, comme se poser, structurer sa vie, payer ses dettes d'études, avoir un emploi et le garder, mettre de l'argent de côté. Tout cela finit par sembler plus important que l'errance, parce qu'on se voit vieillir, et on veut être autonomes. Mais voilà, cette époque d'insouciance et d'aventure me manque, me rend parfois nostalgique.
Bref, j'ai eu envie d'aventure, ce qui est toujours une bonne thérapie contre l'engourdissement cérébral et physique.
Ça tombait bien, parce que justement mon amie S. m'a demandé si j'avais envie de partir avec elle en camping à Burlington. Que oui. Et quelle aventure ce fut.
Et donc on a paqueté nos bagages et on a sauté dans un car qui nous amenait directement à Burlington.
Se retrouver perdues dans une ville qu'on ne connaît pas. Demander notre chemin. Chercher le bon autobus qui nous amène au bon camping. Susciter le regard des passants. Parfois de beaux passants, nous renvoyant des regards complices; deux filles qui voyagent avec un sac aussi gros qu'elles sur le dos, ça attire l'oeil et l'admiration. Et la sympathie des gens.
Comme les lois de l'aventure l'exigent, le camping dans lequel nous voulions passer notre séjour était plein. Oh, je vous rassure : j'avais appelé et écrit avant de partir, mais je n'ai jamais eu de réponse. Je n'ai jamais pu réserver, mais on s'était dit que la chance serait de notre côté. Elle ne l'a pas été. Soit.
On s'est alors retrouvées dans le pire camping que j'aie vu de ma vie. Sans blague. Très loin de Burlington en plus. Impossible de s'y rendre à pied ou même en vélo ou en bus. C'est un taxi qui nous y a menées, et ça a coûté cher. On était prises là. Pas d'autre choix possible, et puis la fatigue commençait à nous gagner.
Un camping tout moche, du type "parking à roulottes", dont la clientèle se caractérise par un manque de goût flagrant tant dans choix de la déco de sa roulotte que dans sa façon d'interpréter le savoir-vivre. À l'accueil, dans une espèce de cabane en bois compressé qui puait le vieux pipi, un rouquin nous a accueillies de son regard terne et empreint d'une indifférence profonde pour la vie en général.
Les toilettes étaient dégueulasses. D'une propreté plus que douteuse. Il n'y avait pas de savon et le sèche-mains ne fonctionnait pas. Je n'ai même pas pris de douche. J'ai préféré rester dans mon odeur de swing. La plage mentionnée dans le dépliant en tant qu'un atout du site s'est révélée un carré de boue de six mètres carrés dans lequel barbotaient quelques enfants. Pas de village près; pas de magasins. De l'atmosphère du camping se dégageaient des notes de désespoir, de pauvreté, comme celles qui émanent d'un lieu où on n'est que de passage, où on arrive tard la nuit et d'où on repart tôt le matin, comme ces motels vétustes et tristes qui jonchent le bord des autoroutes.
On s'est senties abattues, mais à la fois euphoriques. On a tellement ri qu'on a fini par pleurer. Ou on a tellement pleuré qu'on a fini par rire. Je ne sais plus très bien dans quel ordre.
Bonne nouvelle, il y avait une piscine, et notre emplacement pour la tente était tout de même acceptable. On a découvert un quai où on a fini l'après-midi les pieds dans le lac Champlain. On a trouvé du bois pour faire du feu. On a préparé notre souper avec le petit réchaud de S. On a bu beaucoup de vin et on a parlé longtemps en contemplant les flammes. Le bonheur se trouve parfois dans des gestes très élémentaires. Notre joie et notre excitation en allumant le réchaud vous sembleraient probablement incompréhensibles et pathétiques. Notre fascination devant un gâteau au fromage lyophilisé qui prend forme grâce à un peu d'eau pourrait paraître ridicule de l'extérieur, mais quand on le vit, on se sent comme un enfant qui découvre pour la première fois un Jolly Jumper.
Le lendemain, on a repaqueté nos affaires et on a sacré notre camp - oui, l'expression est choisie, car nous ne sommes pas parties, mais nous avons bel et bien sacré notre camp, ce qui est différent - pour un monde meilleur qui ne sent pas le pipi et où les gens ne sont pas ternes.
La suite de nos aventures dans un prochain billet.
lundi 16 juillet 2012
Soyons légers, c'est l'été
Ce soir, je pourrais écrire un long billet mélancolique, exprimer ma douleur de me languir de lui, qui n'a pas donné de nouvelles depuis son départ, qui je sais est revenu à Montréal, dont je vais attendre un message toute la semaine, lui qui me laisse dans l'attente, et moi qui accours au premier signe de lui. Je pourrais me perdre dans la description de ma dépassion, de mon sentiment d'être vidée de toute passion, d'être dissipée, de ne plus savoir où aller. Mais j'ai peur de t'emmerder, cher lecteur au singulier, car c'est l'été, et l'été, c'est fait pour les frivolités.
J'ai donc décidé d'écrire sur les péripéties aussi surprenantes qu'insignifiantes qui remplissent ma vie depuis une semaine.
La semaine dernière, j'ai eu un accident de voiture. Une copine et moi, on s'en allait gaiement, cheveux et jupe au vent, vers une destination de villégiature excitante, Saint-Hilaire. On s'était mises toutes belles pour l'occasion. Mais notre périple a pris fin à peine sorties de Montréal. On roulait sur l'autoroute, discutant de choses impertinentes, consultant le GPS, regardant nerveusement si on avait pris la bonne sortie, et puis un cri, un gros pick-up, un son aigu de freins, l'odeur du caoutchouc brûlé, le pick-up qui s'approchait trop vite, nous qui arrivions trop vite sur le pick-up et BANG ! Dans le cul du pick-up.
J'ai eu peur. Je voyais le gros derrière de ce pick-up, et je savais qu'on allait direct dedans. Je me suis dit : on va rentrer dedans, et je ne sais pas ce que ça va faire, mais on va rentrer dedans. Je n'ai pas vu ma vie défiler, je n'ai pas eu une dernière pensée pour Monsieur Z, je n'ai pas prié, j'ai juste pensé à ce que ça allait faire quand on allait rentrer dans le cul du pick-up à 90 km à l'heure. Je n'ai même pas crié, ni sacré; j'allais silencieusement vers ma destinée.
Après le choc, je me suis assurée que j'étais encore en vie. Ensuite, je me suis assurée que je n'étais pas blessée. Miracle : on avait survécu au choc, ça avait cogné fort, mes lunettes sont parties en ligne droite dans le pare-brise. Mes premières paroles ont été pour mon amie : "Es-tu correcte?" Mes deuxièmes paroles ont été : "Hostie, il me faut de l'alcool, de l'alcool et vite!" J'étais tendue dans le cou et dans le dos... fallait y remédier.
Bon, l'après-midi était mort, mais la soirée était jeune. Après un joyeux tour de towing (la voiture était scrap), on a décidé de fêter notre survie en allant manger au Petit Alep, un des meilleurs restos de Montréal, à mon sens à moi. Parlant de sens, les miens étaient complètement exacerbés par le choc. C'est comme si mes sens aussi avaient envie de fêter le fait qu'ils sentaient encore. J'étais euphorique et assaillie par l'envie intense de baiser. De baiser pour me sentir encore plus en vie. Ce soir-là, tous les mecs étaient beaux. Bon. À défaut de baiser, j'ai mangé. Je me suis régalée, au-delà du raisonnable je dois dire, des délicieux mets d'Alep. Ce fut une soirée mémorable.
Les moments qui suivent la peur de mourir sont toujours inoubliables. Ils revêtent un sens qu'ils n'auraient pas eu autrement.
Le lendemain, pour fuir la canicule qui allait s'installer sur Montréal, je suis partie me réfugier dans la campagne des Cantons de l'Est, chez ma mère. On est allées au spa. Un après-midi complet, j'ai trempé dans l'eau chaude, dans l'eau froide, et j'ai dormi sur de gros coussins au soleil. J'ai oublié le temps qui passait. J'ai l'oublié, lui. J'ai oublié que j'avais mal. J'ai juste senti mon corps qui se ramollissait.
Samedi, la chaleur était si intense qu'il était impossible de traverser cette journée sans la passer dans l'eau ou à l'air climatisé. N'ayant ni un ni l'autre, j'ai opté pour m'incruster dans le camping à côté de chez ma mère, histoire de profiter de leur lac et de leur piscine. Il y avait un beach party, mais qu'à ne cela ne tienne, j'étais prête à endurer n'importe quoi quitte à avoir mon cul dans l'eau. Ainsi, toute la journée, je me suis tapé une chiée de tounes poches, de ces tounes dont on a honte juste à les entendre.
Voici quelques exemples de ce que j'entends par tounes poches :
Ça
Ça
Et ça
Et le tout, mes amis, entourée de purs douchebags trentenaires qui, auprès de leurs enfants et de leur femme, sirotaient une bière de piètre qualité directement sortie du cooler, ressortant fièrement leur grosse bedaine d'hommes qui boivent de la bière (parce que c'est tellement viril de boire une bière en bedaine, encore plus si elle est grosse), souriant béatement, pour ne pas dire bêtement, au bonheur de la vie simple, vous savez la vie simple, quand le bonheur réside dans les petites choses de la vie telles que boire une bonne Bud pas très fraîche sur le bord d'un lac artificiel trop chaud et plein d'algues et de pipi en compagnie de kids et meuf, les lunettes de soleil de marque sur le nez en regardant la seule jolie fille allongée sur la plage, à savoir : moi.
Et je vous parle pas de la nécessaire et inévitable lifeguard cuty aux cheveux blonds et au teint bronzé qui se pavane avec sa bouée inutile, bombant généreusement le torse, la confiance en soi dans le tapis et heureuse de faire bander les mecs sur son passage.
Bref, que des clichés que j'ai observés. Pourvu que j'étais dans l'eau, tout cela prenait une tournure très romanesque.
Me voilà donc de retour dans mon inertie montréalaise. De retour dans mon marasme. De retour devant mon ordi, à guetter fébrilement ma boîte de déception. À attendre, encore et encore, de ses nouvelles.
J'ai donc décidé d'écrire sur les péripéties aussi surprenantes qu'insignifiantes qui remplissent ma vie depuis une semaine.
La semaine dernière, j'ai eu un accident de voiture. Une copine et moi, on s'en allait gaiement, cheveux et jupe au vent, vers une destination de villégiature excitante, Saint-Hilaire. On s'était mises toutes belles pour l'occasion. Mais notre périple a pris fin à peine sorties de Montréal. On roulait sur l'autoroute, discutant de choses impertinentes, consultant le GPS, regardant nerveusement si on avait pris la bonne sortie, et puis un cri, un gros pick-up, un son aigu de freins, l'odeur du caoutchouc brûlé, le pick-up qui s'approchait trop vite, nous qui arrivions trop vite sur le pick-up et BANG ! Dans le cul du pick-up.
J'ai eu peur. Je voyais le gros derrière de ce pick-up, et je savais qu'on allait direct dedans. Je me suis dit : on va rentrer dedans, et je ne sais pas ce que ça va faire, mais on va rentrer dedans. Je n'ai pas vu ma vie défiler, je n'ai pas eu une dernière pensée pour Monsieur Z, je n'ai pas prié, j'ai juste pensé à ce que ça allait faire quand on allait rentrer dans le cul du pick-up à 90 km à l'heure. Je n'ai même pas crié, ni sacré; j'allais silencieusement vers ma destinée.
Après le choc, je me suis assurée que j'étais encore en vie. Ensuite, je me suis assurée que je n'étais pas blessée. Miracle : on avait survécu au choc, ça avait cogné fort, mes lunettes sont parties en ligne droite dans le pare-brise. Mes premières paroles ont été pour mon amie : "Es-tu correcte?" Mes deuxièmes paroles ont été : "Hostie, il me faut de l'alcool, de l'alcool et vite!" J'étais tendue dans le cou et dans le dos... fallait y remédier.
Bon, l'après-midi était mort, mais la soirée était jeune. Après un joyeux tour de towing (la voiture était scrap), on a décidé de fêter notre survie en allant manger au Petit Alep, un des meilleurs restos de Montréal, à mon sens à moi. Parlant de sens, les miens étaient complètement exacerbés par le choc. C'est comme si mes sens aussi avaient envie de fêter le fait qu'ils sentaient encore. J'étais euphorique et assaillie par l'envie intense de baiser. De baiser pour me sentir encore plus en vie. Ce soir-là, tous les mecs étaient beaux. Bon. À défaut de baiser, j'ai mangé. Je me suis régalée, au-delà du raisonnable je dois dire, des délicieux mets d'Alep. Ce fut une soirée mémorable.
Les moments qui suivent la peur de mourir sont toujours inoubliables. Ils revêtent un sens qu'ils n'auraient pas eu autrement.
Le lendemain, pour fuir la canicule qui allait s'installer sur Montréal, je suis partie me réfugier dans la campagne des Cantons de l'Est, chez ma mère. On est allées au spa. Un après-midi complet, j'ai trempé dans l'eau chaude, dans l'eau froide, et j'ai dormi sur de gros coussins au soleil. J'ai oublié le temps qui passait. J'ai l'oublié, lui. J'ai oublié que j'avais mal. J'ai juste senti mon corps qui se ramollissait.
Samedi, la chaleur était si intense qu'il était impossible de traverser cette journée sans la passer dans l'eau ou à l'air climatisé. N'ayant ni un ni l'autre, j'ai opté pour m'incruster dans le camping à côté de chez ma mère, histoire de profiter de leur lac et de leur piscine. Il y avait un beach party, mais qu'à ne cela ne tienne, j'étais prête à endurer n'importe quoi quitte à avoir mon cul dans l'eau. Ainsi, toute la journée, je me suis tapé une chiée de tounes poches, de ces tounes dont on a honte juste à les entendre.
Voici quelques exemples de ce que j'entends par tounes poches :
Ça
Ça
Et ça
Et le tout, mes amis, entourée de purs douchebags trentenaires qui, auprès de leurs enfants et de leur femme, sirotaient une bière de piètre qualité directement sortie du cooler, ressortant fièrement leur grosse bedaine d'hommes qui boivent de la bière (parce que c'est tellement viril de boire une bière en bedaine, encore plus si elle est grosse), souriant béatement, pour ne pas dire bêtement, au bonheur de la vie simple, vous savez la vie simple, quand le bonheur réside dans les petites choses de la vie telles que boire une bonne Bud pas très fraîche sur le bord d'un lac artificiel trop chaud et plein d'algues et de pipi en compagnie de kids et meuf, les lunettes de soleil de marque sur le nez en regardant la seule jolie fille allongée sur la plage, à savoir : moi.
Et je vous parle pas de la nécessaire et inévitable lifeguard cuty aux cheveux blonds et au teint bronzé qui se pavane avec sa bouée inutile, bombant généreusement le torse, la confiance en soi dans le tapis et heureuse de faire bander les mecs sur son passage.
Bref, que des clichés que j'ai observés. Pourvu que j'étais dans l'eau, tout cela prenait une tournure très romanesque.
Me voilà donc de retour dans mon inertie montréalaise. De retour dans mon marasme. De retour devant mon ordi, à guetter fébrilement ma boîte de déception. À attendre, encore et encore, de ses nouvelles.
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