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lundi 28 janvier 2013

Folle

C'est complètement fou. Complètement dément.

Vous savez, au mois de novembre, je ne vous l'ai pas dit, mais j'ai fait un «move» majeur dans ma vie. J'ai commis un acte qui allait changer, du moins je l'espérais, le cours de ma vie, et décupler mon bien-être et ma bonne humeur : j'ai supprimé Monsieur Z des mes contacts Facebook.

Quint toué !

Ça me défonçait le moral de le voir en photo avec ses petites chicks, de connaître sa nouvelle vie, laquelle se déroulait sans moi, et le fait que ce soit sans moi me faisait atteindre des sommets de rage assez malsains.

Comble de l'inacceptable, mes amis, c'est que Monsieur Z venait de temps à autre commenter mes statuts, comme pour me narguer, comme pour me dire : oublie pas, chus là, nanana, je suis dans ta vie, mais juste sur Facebook, parce que sinon, je ne t'écris pas, je ne t'appelle pas, mais sur Facebook, je me manifeste, c'est tellement moins engageant, allez hop, un petit mot impertinent pour manifester ma présence, pour bien te faire sentir que chus pas loin, mais tellement plus dans ta vie, tu me vois mais ne peux me toucher, nanana !

Vous voyez le principe.

Ce mois-là, je me souviens, j'avais rêvé que je guillotinais des têtes.

Acte d'ultime vengeance : flushé de Facebook.

Il en a sûrement pleuré.

J'ai cru qu'en l'éloignant de moi, j'allais l'oublier.

ERREUR.

Je ne cesse de rêver à lui. Je rêve ENCORE à lui, vous imaginez ?

C'est de l'obsession pure.

Va te faire soigner, que vous allez me dire. C'est justement ce que je fais.

Mais lui, lui ! Oh, lui (comme je le hais!), lui, bordel de merde, il s'est imprégné jusque dans les tréfonds de mon âme, d'où il répand méchamment son poison d'homme absent.

Comment le sortir de là ? J'ai essayé l'alcool, la drogue, les antidépresseurs, la psychothérapie, le travail, le sexe, rien n'y fait.

Il s'est accroché solidement, le ptit criss.

Si je vous raconte tout ça, c'est parce que je viens de commettre une grosse erreur.

En résumé : j'ai rencontré quelqu'un qui cherche une personne possédant une compétence précise pour accomplir un projet. La seule personne que je connais possédant cette compétence (comme un Dieu en plus), c'est bien sûr Monsieur Z. J'ai donc laissé les coordonnées dudit Monsieur à ladite personne.

Par respect, j'ai tout de même écrit à Monsieur Z pour lui dire que j'avais filé son courriel à une personne qui allait probablement le contacter sous peu.

Sauf que, en obsédée que je suis, je n'ai pas su me la boucler. Je n'ai pas su me contenter de la dimension strictement professionnelle de l'intention.

Voici ce que j'ai écrit :

Bonjour [Monsieur Z],

J'espère que tu vas bien. 

Je tiens à t'aviser que je me suis permis de donner ton courriel à une personne du nom de [quelqu'un], qui cherche quelqu'un pour développer [quelque chose] pour un projet de design pour [nom d,un organisme] (je pense bien que c'est cela, mais je peux me tromper sur les détails).

J'ai tout de suite pensé à toi. Je sais que tu es très occupé, avec HEC, ta job, pis toute pis toute, mais je me suis dit que tu serais peut-être ouvert à d'autres expériences (aucune arrière-pensée ici), et il faut le dire, la personne compétente en ce domaine, c'est toi.

Tu dois trouver ça un peu étrange que je t'écrive alors que je t'ai effacé de mes contacts Facebook, dans la mesure où tu l'aurais remarqué, mais c'était seulement une tentative désespérée de t'effacer de ma vie, en vain.

J'espère que tu ne m'en veux pas... ce n'est rien contre toi. Je ne sais pas ce que tu as, ce que tu m'as fait, mais tu me fais un tel effet que ça en devient complètement fou. Je pensais qu'en t'éloignant de moi, j'arriverais à t'oublier, mais crois-le ou non, je rêve  à toi encore, et plus souvent que la normalité l'exige. Tu apparais dans mes rêves, comme ça, et je me réveille, troublée, en me disant «d'où ça sort, c'te rêve-là».

Bon ok, je te conte mes histoires un peu cinglées, mais vois-le juste comme l'expression de ma décision d'être complètement transparente avec toi.

Je n'ai pas été honnête avec toi, ni avec moi d'ailleurs.

Je ne sais pas ce que tu as, mais je pense que ça a quelque chose à voir avec tes yeux magnifiques, ta vivacité d'esprit, ta capacité d'écoute, ton intelligence, tes yeux, tes yeux, tes si beaux yeux.

Va bien falloir que j'apprenne à vivre avec le fait que je ne t'oublierai jamais... et qu'en ma mémoire, mon souvenir de toi restera toujours aussi vif et poignant, et portera l'odeur de l'été qui naît.

[Ligeia]


Je sais bien : c'est à croire que je cherche le trouble, la merde, les problèmes... mais c'était plus fort que moi.

 Ce qui m'attend dans les prochains jours ? L'attente angoissée.

Fuck me, FUCK ME!!!!




lundi 8 octobre 2012

Mea Culpa

Existe-t-il un sentiment plus destructeur que la culpabilité ?

Un sentiment créé par soi et retourné contre soi. Une pure fiction qui nous paralyse et nous enlise.

Une forme de détestation de soi-même, d'être ce qu'on est.

Voilà comment je me sens ces derniers jours. Je n'arrive plus à rien faire sans m'en vouloir. Je me hais, et je me hais encore plus de me haïr.

Je suis rongée par la culpabilité. Par l'impression de ne plus savoir ce que je veux.

Je me sens coupable d'avoir choisi de ne pas travailler en ce jour férié.
Je me sens coupable de ne pas profiter pleinement de cette journée fériée.
Coupable de ne pas être allée voir ma mère.
Coupable de dormir trop.
Coupable de m'adonner à des tâches ménagères au lieu d'être dehors.
Coupable d'être dehors au lieu de m'occuper de tâches ménagères.
Coupable de ne pas écrire plus souvent sur mon blog.
Coupable de ne pas lire les journaux tous les jours.
Coupable de sortir.
Coupable de ne pas sortir.
Coupable de ne pas lire plus.
Coupable de ne pas voir plus souvent mes amis.
Coupable de manger trop de dessert.
Coupable de ne pas aller au théâtre.
Coupable de ne pas m'investir plus dans des sorties culturelles.
Coupable d'être inculte.
Coupable d'avoir envie de rien.
Coupable de me sentir coupable.
Coupable de me sentir mal.
Coupable de ne pas avoir eu tant de plaisir la fête de mon filleul.
Coupable de penser encore à Monsieur Z.
Coupable de ne pas cuisiner plus.
Coupable de pleurer.
Coupable de ne pas répondre au téléphone.
Coupable de faire l'amour.

Coupable à chacun de mes gestes.

Je me sens épuisée.

Je me sens laide.

Oui, parfois, être moi-même, c'est épuisant. Mon esprit est mon pire ennemi.

Je veux arrêter de penser à lui.

Dites-moi comment le détruire une bonne fois pour toutes.

Dites-moi comment me débarrasser de ce sentiment de culpabilité.

Dites-moi comment c'est possible de faire 3 pas pour reculer de 5.

Dites-le-moi, je suis épuisée de penser.

samedi 22 septembre 2012

C'est quoi, l'amour, au juste ?


Oui, oui... ce cher Monsieur Z.

J'ai rêvé à lui toute la semaine. Chaque nuit, il est apparu dans mes rêves. Il m'appelait, apparaissait comme ça au milieu de nulle part.

Celle-là, je ne la comprends pas. J'ai un vague sentiment de tristesse à l'âme lorsque je me lève le matin. Parce que Monsieur Z est encore dans le creux de mes pensées. Dans l'arrière-cour de ma vie.

Pourtant, je fréquente depuis deux semaines un homme généreux et doux. Monsieur Math. Monsieur le Turc, je l'ai laissé tomber. Trop brusque et insistant. Mais Math, il correspond à tout ce que je recherche chez un homme : humour, intelligence, douceur, vivacité, énergie. Même âge. Même nos goûts musicaux se rejoignent.

Il me donne des nouvelles, m'écrit régulièrement, pense à moi, désire être avec moi. Tout ce que je n'ai pas connu avec Monsieur Z et qui me rendait si malheureuse.

Pourtant, merde, je ne plane pas. Toujours le vide dans mon ventre. Même si je suis bien avec lui, que j'aime passer la journée au lit avec lui, je ne ressens pas l'intensité et le désir qui m'animaient vis-à-vis de Monsieur Z.

Et quand je pense à Monsieur Math, je suis un peu nostalgique de ce que j'ai vécu avec l'autre.

J'ai beaucoup réfléchi à tout ça, parce que j'ai besoin de comprendre. J'ai besoin de connaître les mécanismes de mon fucking handicap émotif qui font que, depuis toujours, je m'ébroue pathétiquement dans un pattern amoureux où je crève d'amour et de douleur pour des hommes volatiles, mystérieux, dont la présence est fragile et incertaine.

Bonne nouvelle, mes réflexions portent fruit (au moins ça).

Je pense que je commence à comprendre. Je commence à comprendre que l'amour, ça n'a rien à voir avec cette intensité. L'amour, celui qui dure, qui rend heureux, qui fait ressortir le meilleur de soi-même, ne rend pas fou, obsessif et anxieux; il est doux, tranquille. Il enveloppe.

Je suis en deuil. J'apprends à renoncer à ce qui a toujours été ma conception de l'amour. J'apprends à renoncer à cette intensité vive et poignante qui fait planer si haut mais qui détruit violemment.

Mais ce sera un long, long apprentissage.

samedi 8 septembre 2012

Lettre à Monsieur Z

Cher Monsieur Z,

Je te déteste.

Je me secoue violemment la tête pour que tu en sortes. Mais il n'y a rien à faire. Ton visage reviens me hanter constamment, et encore plus lorsque je suis avec un autre homme.

Que m'as-tu fait ? Quel poison as-tu injecté dans mon corps pour que tu m'obsèdes ainsi, même après ces mois séparation où je n'ai même pas eu une seule de tes nouvelles ?

En vérité, tu ne m'as rien fait. Tu n'as qu'été l'objet de mes constructions imaginaires, que j'ai érigées en un mirage ténu faisant miroiter dans ma vie chancelante mon amour et mon désir pour toi.

Un mirage dont la réalité est aussi tangible que la matière des trous noirs.

Notre relation n'a été qu'une fiction. Je ne suis pas certaine de t'avoir rencontré, d'avoir rencontré le vrai Monsieur Z, celui qui pense et qui vit. Je n'ai rencontré que l'homme que j'ai créé, celui que je voulais que tu sois, et que tu n'es pourtant pas.

Tu n'as pas été à sa hauteur. Tu m'as déçue, blessée.

Et c'est non pas à toi que je m'adresse, mais à cet homme protagoniste, héros de mon propre récit.

Monsieur Z, laisse-moi tranquille maintenant. Sors de moi. Sors de mon corps. Va-t'en.

Tu m'as permis d'amortir ma chute dans les abîmes, de la même façon qu'un parachute empêche un corps de se fracasser contre le sol. Tu m'as aidée à garder la tête tournée vers la lumière, vers ta beauté.

Mais c'est fini maintenant. Je suis revenue sur terre. Je n'ai plus besoin de toi. Get out of my fucking life.

Je veux apprendre à aimer autrement. À aimer sans souffrir. À aimer à l'extérieur de mes constructions imaginaires. À aimer une personne réelle. À aimer dans la réalité.

Fous le camp de mes pensées; tu ne fais que me rappeler que je ne sais aimer que dans la folie.

J'essaie de t'oublier. J'essaie de connaître d'autres expériences moins douloureuses dans les bras d'autres hommes.

Et quand je passe du bon temps avec Monsieur Math, quand il m'embrasse, c'est ton visage qui vient me voiler les yeux. C'est toi que je veux. C'est un fantasme que je veux.

Je veux l'impossible, l'insaisissable.

Quand ton visage me vient à l'esprit, dans ces moments-là, je comprends mieux pourquoi l'amour me fait souffrir.

Monsieur Math est trop vrai. Il est là, réel. Il pourrait me rendre heureuse. Il pourrait m'aimer.

Sauf que je ne l'ai pas construit. Il ne m'obsède pas.

Tu me fais chier. Monsieur Z, décalice de ma vie. Je ne veux plus de toi. J'ai choisi de ne plus souffrir.

Mais une partie de moi continue de s'accrocher à cette idée fausse que l'amour, c'est ce que j'ai connu avec toi.

Monsieur Z, je te déteste.

mercredi 5 septembre 2012

La douleur du désir

Je ne sais pas ce qu'il m'arrive ces derniers jours, mais Monsieur Z fait un retour en force dans mes pensées.

Pourtant, je ne pensais plus à lui. J'ai rencontré récemment de nouveaux messieurs, dont le beau Monsieur Oz, le Turc. Et aussi Monsieur Math, avec qui je passe du bon temps et que j'ai rencontré sur un réseau de rencontres, un soir de juillet.

Mais ils ne me troublent pas comme a pu le faire Monsieur Z. Quand je l'embrassais, Monsieur Z, je perdais la tête, mon corps tremblait, mes pieds ne touchaient plus le sol. Je planais de désir, je brûlais sur toute la surface de ma peau.

Et je dois dire que ces derniers temps, j'ai bien envie d'avoir un homme dans mon lit. Cependant, il m'a suffi de les embrasser pour savoir que je n'arriverai pas à me rendre plus loin, même si ce n'est pas l'envie qui me manque.

Ils sont charmants, ils sont beaux, intelligents, et ils me donnent des nouvelles fréquemment, eux. Ils sont attentionnés. Mais quand je les embrasse, il ne se passe rien. Rien dans mon ventre, rien dans ma poitrine. Ma tête reste en place, mon corps ne tremble pas et ma peau ne brûle pas.

Et ça m'enrage. Je voudrais ressentir quelque chose, me laisser emporter par le désir, me laisser transporter dans leurs bras; seulement, je reste clouée sur place, à me demander ce que je fais là.

Je suis en train de me demander si ce n'est pas la souffrance qui est à la base de mon désir pour un homme. Plus il me fait languir, plus il me fait souffrir, me laisse dans l'incertitude, dans l'équation A, et plus je m'amourache de lui. Comme si le désir ne pouvait exister en dehors de cette tension insoutenable, du déchirement, de l'attente, de l'angoisse. Comme si la douleur amplifiait le plaisir.

Ça devrait être le contraire.

Je suis maso. 

J'ai un dé.faut de fabrication que je dois faire réparer dans les jours, mois, années à venir si je veux réussir par enfin connaître une relation saine.

jeudi 9 août 2012

Coïncidence inquiétante

Oh, et puis, vous voulez vous en mettre une bonne croustillante sous la dent pour finir la semaine ?

Quand on est intelligent, qu'on n'a rien à faire et qu'on se met à faire des liens, on comprend des choses.

Au début de la semaine, j'ai compris que le mec qui est pro en magasinage de filles et qui m'a bêtement flushée comme si j'étais une vulgaire cravate de chez La Baie se trouve à être le nouveau patron de Monsieur Z, qui vient de changer d'emploi.

Le hasard, des fois, pue. Inquiète. Tend des pièges. Faut-il dégager un sens de tout ça ? Le destin est-il en train de me parler ? Suis-je dans un monde d'indices et de signes tout-puissants ? Suis-je dans un monde parallèle ?

J'ai des frissons dans le dos.

Si vous me dites qu'en fait, vous connaissez Monsieur Z, je ne serai même pas surprise.

mercredi 25 juillet 2012

Défectuosité

Voilà presque une semaine que j'ai mis un terme à cette relation passionnée que j'entretenais avec Monsieur Z. J'ai pris le temps de réfléchir à ce qui s'est passé... mais je ne comprends toujours pas.

Déjà, je m'étais mis en tête que, pendant ses vacances, il aurait voulu passer du temps avec moi. J'ai cru, fermement et naïvement, qu'il en aurait profité pour faire avec moi certaines activités dont je lui avais beaucoup parlé, telles que faire du vélo au bord du Canal Lachine, aller voir les lotus en fleur au Jardin Botanique, pique-niquer au parc Maisonneuve, visiter Hochelaga et ses trésors cachés. Je me suis pris une claque au visage quand j'ai su qu'il s'était pris un billet d'avion pour aller retrouver son ex.

Il m'a dit : "Ne t'inquiète pas". "On se voit à mon retour". "Tu es belle." "Je suis bien avec toi." "Je veux que tu sois heureuse."

Il m'a embrassée passionnément, affectueusement, et j'ai alors pensé qu'il y avait peut-être quelque chose en plus, un petit truc qui était en train de resserrer de notre relation, de l'amener au-delà du simple "on baise et on se donne des nouvelles, on garde contact", j'ai senti de l'attachement...

Toute la semaine, j'ai pensé à lui. J'avais hâte de le revoir. Après, il avait une autre semaine de vacances. Probablement que pour celle-là, il avait prévu au moins une journée avec moi (que j'ai pensé, dans ma tête tourmentée d'incorrigible romantique-névrosée-obsessive-passionnée-intense). Le lundi de son retour, j'ai même cherché les vols et essayé de voir dans quel avion il aurait pu être. J'ai commencé à penser, à ce moment-là exactement, que la névrose était en train de s'emparer de moi au-delà du raisonnable.

Le lendemain, pas de nouvelles. Le surlendemain, pas de nouvelles. Normal, il faut bien qu'il prenne le temps de revenir (que j'essayais de me convaincre). J'ai fait beaucoup de vélo pour passer le temps. Je suis allée loin; au parc de la Visitation, à Verdun, au bord du fleuve, j'ai fait des aller-retour sans m'arrêter, en pleine chaleur, à peine 5 minutes pour boire. J'ai pédalé fort, en pleurant, en pleurant de découvrir qu'il n'avait pas aussi hâte que moi de me voir. En pleurant d'être aussi tendue dans mon attente angoissée, impuissante, sans que je sois capable d'en sortir, paralysée par la possibilité de le revoir bientôt, par cette éventualité imaginaire qui, de minute en minute, ne se concrétisait pas.

Je m'étais fait de stupides attentes. Erreur suprême.

Je lui ai écrit. Jeudi, on se fait le Canal Lachine à vélo. Réponse : désolé, j'ai autre chose.

Je lui récris : vendredi alors, je te fais un souper, avec un dessert, je fais tout, tu fais rien, je donne tout, tu donnes rien. Réponse le vendredi après-midi : j'ai autre chose. La semaine prochaine, peut-être?

Ça faisait déjà deux semaines que je vivais dans l'attente angoissée, dans l'espoir de le revoir, dans la fébrilité, l'anxiété, la nervosité... j'ai craqué. C'était plus que mon corps et mon esprit pouvaient en prendre. Trop. La goutte qui fait déborder l'hostie de vase de boue. Attendre une autre semaine. Sans même qu'il cherche un moment plus proche pour me voir. Avec, entre les lignes, cette sorte d'indifférence, cette froide distance. Ça a été trop. J'ai craqué.

Je l'ai appelé. J'aurais aimé ça te voir bien avant. La semaine prochaine, c'est loin. Réponse : Ne le prends pas personnellement. Je n'ai donné de nouvelles à personne. Moi : Oui, mais quand même, je m'attendais à plus, tu m'as dit qu'on allait se voir à ton retour, pas deux semaines après ton retour, tu avais l'air attaché, J'ai pensé qu'il y avait plus que rien. Lui : Il y a plus que rien, mais il y a moins que plus. Je suis désolé, les autres filles savent s'en contenter. Moi : mais je ne suis pas les autres filles. Je suis moi. Et cela ne me convient pas. Tu me donnes quelque chose d'exceptionnel, tu es si tendre, si doux, et ensuite je n'ai plus de nouvelles, tu sembles m'éviter, tu es froid. C'est ambigu. Je n'ai pas envie de miettes. Je suis une passionnée, il faut que je consomme jusqu'au bout. C'est tout, ou sinon je préfère rien. Lui : Je n'ai pas voulu te blesser. Je t'avais dit que je ne voulais pas de relation sérieuse. Moi : Eh bien pour moi, "non sérieux" ne signifie pas nécessairement fuckfriends, à l'occasion, quand ça t'adonne. J'ai besoin de consommer jusqu'au bout ce désir pour toi, même si ça ne dure que deux mois. J'ai besoin que tu aies envie de me voir. Ça ne me convient pas. Je préfère qu'on cesse cette relation. Lui : C'est peut-être mieux comme ça. On va continuer à se voir quand même ? Moi : Non. Je dois prendre du recul. Lui : C'est dommage.

Oui, c'est dommage, mais je pense que c'était le mieux que je puisse faire pour garder en état mon équilibre mental.

Pourtant, je regrette un peu. Ce Monsieur Z me donnait quelque chose que je n'ai jamais trouvé chez un homme. Il était spécial pour moi. Il était extraordinaire.

On dirait que tout est de ma faute. Que je me prive d'une chose, d'un rêve, d,un bonheur à cause d'un handicap émotionnel. Je suis trop gourmande. Trop romantique. Trop intense. Trop toute. Je me donne jusqu'au bout. Je me donne même lorsque je n'ai plus rien à donner. Je donne même quand je ne reçois rien. Je donne jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de moi. Je me vide de ma substance, et quand il ne reste que ma peau, je n'ai plus qu'à m'étendre à terre pour servir de carpette.

C'est dans ce schéma que j'allais tomber. J'ai mis un frein avant de me détruire complètement. Avant d'être réduite en une boue abjecte et de devoir me reconstruire de A à Z. Encore et encore.

Je suis fière, parce que j'ai vu le désastre arriver, et je n'ai pas laissé faire. J'ai été forte. Je me suis  respectée.

Mais je m'en veux, je me déteste, je hais cette défectuosité, cette fragilité, cette vulnérabilité, ancrée profondément en moi, qui m'empêche de vivre ce qui aurait pu être un moment inoubliable avec Monsieur Z. Je préfère n'avoir rien que des miettes.

Je me sens déjà plus légère. J'essaie de remplir ma vie de toutes les façons possibles. J'essaie de l'oublier.

J'essaie de trouver les ressources qui feront de moi une amoureuse, une maîtresse, une romantique plus forte.

vendredi 20 juillet 2012

Fini

Eh bien voilà, c'est terminé avec Monsieur Z. Je n'en pouvais plus de le voir si peu souvent. D'être dans l'attente, l'incertitude. Ça me fait beaucoup trop souffrir. Ce n'est pas fait pour moi, ce genre de relations.

Je m'en veux tellement. Parce que je sais que je me prive de quelque chose d'extraordinaire.

Il a fallu que je mette un terme à cette souffrance.

dimanche 8 juillet 2012

Les ex

Je n'ai qu'une chose à dire aujourd'hui : les hostie d'ex.

Pas les miens. Les miens se tiennent tranquilles. Les siennes, je veux dire. LA sienne.

Les ex, elles sont menaçantes, même si tu ne les a jamais vues. Parce qu'elles sont là, en background du gars dont t'essaies de t'approcher, que t'essaies de connaître, de mieux saisir. Elles sont là, à s'accrocher dans son aura. Dans ses pensées. Quelque part au fond de son coeur.

Elle est là, dans notre tête, et on l'entend nous dire : moi je l'ai eu. Il a été amoureux de moi, il m'a tout donné. Pas toi. Moi, oui.

Il est parti la rejoindre. De toutes les villes du monde où il aurait pu passer ses vacances, il a choisi celle où elle vit. Pour la revoir. Des années plus tard. Peut-être pour vérifier quelque chose.

En attendant, moi, je vais rester à Montréal, à me poser l'unique question : qu'est-ce qu'il fait en ce moment, là-bas? Est-il dans ses bras ? Et cette deuxième unique question : quelque chose aura-t-il changé lorsqu'il reviendra ? Notre nuit ensemble vendredi, était-elle la dernière ?


mardi 3 juillet 2012

La nuit de la fête du Canada

Pendant que quelques personnes agitaient leur petit drapeau du Canada, dimanche, moi j'étais en train de vivre une journée que je ne suis pas prête à oublier.

La semaine dernière, j'avais passé une si mauvaise semaine que je pense que mon humeur morose rayonnait à des kilomètres à la ronde. Enfin, ce que je veux dire, c'est que, ma face étant un livre ouvert, je m'imagine bien que c'était palpable dès qu'on me parlait.

J'avais rendez-vous avec Monsieur Z pour aller voir le match de foot Italie-Espagne, où d'ailleurs les Italiens ont subi une défaite écrasante, presque humiliante. Quelques secondes avant d'arriver à notre point de rencontre, j'ai eu envie de virer de bord. J'avais peur, encore, peur de lui, de moi, peur de ne pas être la hauteur, de commettre une erreur.

Et puis quand je l'ai vu qui m'attendait, si beau là adossé au mur, je n'ai pas pu résister. Sur une échelle de 1 à ce que vous voudrez, l'attraction a été plus élevée que la peur.

Ainsi, au fur et à mesure que les Italiens se faisaient sauvagement écraser par les Espagnols, un sentiment d'apaisement transformait mon humeur peu à peu. Non pas que je me réjouisse pour les Espagnols; d'abord, le foot, je m'en fous un peu, et puis by the way, moi, je prenais pour l'Italie, histoire de créer un peu d'adversité entre moi et mon sexy compagnon. (La rivalité, ça attise le désir, suffit de lire n'importe quel Harlequin pour y croire. Ceci dit, je ne lis jamais de Harlequin, je préfère le souligner.)

Finalement, j'ai passé une magnifique soirée avec lui, à me balader dans les rues de Montréal, à descendre la rue Saint-Laurent, bloquée par les Espagnols en liesse, à écouter les tam-tam et à flâner au Festival de Jazz. Une nuit d'été montréalaise, de celles qu'on n'oublie jamais, de celles qui nous reviennent en mémoire chaque année et qui finissent par former la définition de ce qu'on entend par "nuit d'été montréalaise" : la ride en vélo dans les rues désertés et silencieuses, la terrasse bondée du Saint-Sulpice, les soirées complètement déjantées qui finissent au levé du soleil, l'odeur des fleurs, l'insouciance généralisée, et j'en passe. Et maintenant, Lui.

J'étais si bien, avec lui, que je pense que mon bien-être rayonnait à des kilomètres à la ronde. Ce que je veux dire, c'est que dans le livre ouvert qu'est ma face, le bonheur devait être palpable, car tout le monde me souriait en me croisant.

Je me suis endormie, confortablement lovée dans ses bras, bien après que le soleil s'est levé.

Cette semaine, j'ai décidé que n'allais pas me laisser sombrer. Je sens un regain d'énergie. Je vais sortir, voir des gens, travailler, manger; bref, je vais essayer de ranimer ma vie, laissée en plan depuis des semaines. Je le sens bien.

vendredi 29 juin 2012

Dans le désert

Je viens de traverser cette semaine de la même façon que l'on traverse un long désert aride. La bouche sèche, le soleil de plomb qui rend difficile chaque mouvement, les nuits froides et opaques qui nous font sentir seuls au monde.

Un désert aride que seul le sommeil a pu vaincre. J'ai dormi, la nuit, le jour; j'ai dormi tant que j'ai pu, incapable du moindre mouvement. Le corps endolori, l'incapacité d'entreprendre quelque action ce soit, je me suis réfugiée dans mon lit en attendant que l'orage passe. J'ai voulu pleurer, mais rien n'est sorti. Alors j'ai dormi.

Le problème, c'est que, tout d'un coup, j'ai regardé devant moi. Il ne faut pas que je regarde devant moi. Quand je le fais, je ne vois pas d'issue, je me sens prise à la gorge. Financièrement, affectivement, professionnellement, toute le kit. Je me suis sentie seule, impuissante. Seule avec mon désespoir et cette douleur lancinante de savoir que je venais de m'embarquer dans une relation qui m'apporterait beaucoup d'incertitude, d'attente et d'angoisse (fucking équation A). En échange de quelques courts moments dans ses bras.

J'aurais dû prévoir le coup. J'ai pensé que j'étais plus forte, maintenant. Il faudrait quand même qu'il y ait un avantage à la trentaine: la sagesse. Mais je me suis trompée. Dès que je passe la nuit dans les bras d'un homme, j'ai mal les jours qui suivent. J'attends de ses nouvelles. J'attends, je rumine, je m'énerve, je me dis qu'il ne me redonnera pas de nouvelles, que je ne vaux rien, que je ne suis pas assez intéressante pour le retenir près de moi. Et puis je me fâche contre lui, je me dis qu'il est comme les autres (un pur salaud), alors que je le croyais différent, qu'il est comme les autres et que probablement il ne pense déjà plus à moi.

Je ne fais pas partie de sa vie. Je ne serai pour lui jamais autre chose qu'un divertissement occasionnel. Il me réserve ses journées vides, quand il n'a personne à voir. Vous savez, ces journées vides remplies de la seule certitude qu'on ne rencontrera personne. Celles-là, il veut bien les passer avec moi.

Et puis, à la force, je finis par me détester d'accorder autant d'importance à ce dont lui se fout éperdument, à savoir nous deux, ensemble. Mes pensées, ma vie entière, sont tendues vers cet unique et éphémère moment de rencontre, friable comme du papier parchemin trop usé, si fugitif qu'il en devient irréel. Je n'existe qu'à travers ces courts moments qui m'échappent de la même façon que le sable coule entre les doigts de la main lorsqu'on tente de le saisir.

Je n'existe qu'à travers des songes. Et le reste du temps, je rêve de ces songes. Aussi bien dire que mon existence ne repose que sur du vide, ou du moins sur un plancher de verre mince sous lequel s'étend un gouffre insondable.

Et je m'en veux chaque fois. Je voudrais être différente, être une autre.

J'aurai beau tout détruire autour de moi, casser toutes les assiettes de mes armoires, crier à tue-tête jusqu'à en perdre la voix; j'aurai beau courir jusqu'à ne plus sentir mes jambe, pleurer jusqu'à la nausée; le problème est que je serai toujours prise avec moi-même, "pognée" à souffrir à chacune de mes aventures. Je ne pourrai pas sortir de moi, prendre un break, me mettre de côté...

Je m'énerve moi-même.

Je suis censée le voir ce week-end, mais ma peur est si grande que je me demande si je ne devrais pas arrêter ça là.

mardi 26 juin 2012

La nuit de la Saint-Jean

Dimanche dernier, alors que tout le monde était occupé à taper des pieds et des mains sur fond de folklore québécois afin de bien ancrer en soi son identité sociale, moi j'apprenais à danser la salsa dans ma cuisine en compagnie de Monsieur Z.

Ma tête dans le creux de son bras, mon visage dans son cou, ma main sur son coeur, j'ai passé la nuit à écouter la pluie tomber et à espérer que l'aube n'allait pas se lever.

Les deux jours suivants, je suis restée dans mon lit, à essayer de garder vif en moi le souvenir de cette nuit improbable, si viscéralement attendue. Le nez enfoui dans mes couvertures, j'ai essayé de retrouver son odeur.

Et plus les jours passent, plus cette nuit magnifique se transforme en un songe volatile, dont je tente de récupérer la trace indélébile.

L'histoire sans fin d'un amour imaginaire - Partie 3 : L'anniversaire

Je vous avais dit que j'allais poursuivre cette fameuse histoire de Monsieur Z, mon amour imaginaire.

Quand je suis revenue de voyage, Monsieur Z m'a invitée à sa soirée d'anniversaire. C'était à la fin mars. Après avoir dansé jusqu'à la fermeture des bars, nous nous sommes retrouvés, seul à seule, dans sa chambre, à discuter de littérature. Nous étions assis sur son lit. Il m'a fait lire un poème de Verlaine. Je ne sais pas comment j'ai fait pour me maîtriser, mais bien qu'il m'ait invitée à dormir chez lui, je suis partie chez moi, dans le froid polaire de ce mois de mars.

Deux jours plus tard, j'ai provoqué la rupture entre mon ex (Monsieur M) et moi. J'ai compris que, pour me laisser aller dans la puissance d'un tel désir qui se développait dans une relation purement imaginaire, il fallait que je sois bien malheureuse dans ma relation réelle avec Monsieur M.

S'en sont suivis deux mois pénibles d'attente et de remises en question, que j'ai pratiquement passés au lit, incapable de quoi que ce soit d'autre. Entre l'insomnie et les crises d'angoisse à répétition, le désespoir a fini par avoir raison de moi, et j'ai bien cru que je n'allais jamais en émerger. Je n'arrivais même plus à m'accrocher à mon amour imaginaire pour rester à la surface; de toute façon, je ne faisais qu'attendre sans avoir de nouvelles. Il fallait que je passe à l'action, mais j'étais beaucoup trop fragile et vulnérable pour prendre le risque de me dévoiler.

Quoi qu'il en soit, cette soirée d'anniversaire, qui avait eu lieu dès mon retour de voyage, a été très révélatrice pour moi. Voici la lettre que j'avais écrite à Monsieur Z le lendemain de cette soirée (sans jamais la lui envoyer bien sûr) :

J’attends que ça passe, mais ça ne passe pas. Au contraire, ça s’amplifie.

Est-ce que tu le fais exprès ?

Ce que tu me fais, c’est cruel.

Je n’aurais pas dû danser avec toi, sentir ton corps si près du mien, si près. Je sens encore dans mon dos la chaleur de ta main, sur ma joue la caresse de la tienne. Sur mon corps la présence possible du tien. J’aurais voulu déposer ma main dans ton cou et te rapprocher de moi, encore plus, te sentir encore plus, juste te sentir.

Je ne sais pas si tu le fais exprès, mais moi, je souffre, et je n’en peux plus de te désirer autant.

D’avoir l’impression que tu m’envoies des signes, ambigus, si ténus que je n’ose pas les interpréter dans un sens qui me serait favorable.

C’est si dangereux, d’être dans ta chambre, avec toi. De m’avoir fait lire ce poème de Verlaine :

Green

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

Pourquoi m’avoir fait lire ça ? Peut-on donner à lire ce poème à une fille assise sur son lit à 4 heures du matin tout en restant parfaitement indifférent à elle ? Est-ce seulement possible ? Si oui, c’est d’une cruauté innommable, et alors je ne te le pardonnerai pas. Tu joues avec le feu, ou tu es naïf.

Je suis confuse. Je voudrais que tu me le dises. Je. Te. Veux.

Je  voudrais que ce soit vrai.

Pourquoi m’avoir demandé de rester à dormir ? Pure formule de politesse, j’imagine. Mais sache que, moi, je n’aurais pas pu dormir dans ton lit, ni dans ton salon; je n’aurais pas su t’avoir si près de moi sans tenter l’impossible.

Je n’aurais pas su, sagement, garder mes distances.

C’était dangereux.

J’aurais tellement voulu me perdre dans l’irréalité de ce moment. Me laisser porter par la douceur de ta présence, t’embrasser, te caresser. Te dire à quel point je te désire.



jeudi 21 juin 2012

Canicule

Hier, c'était une journée pas comme les autres.

D'abord, on annonçait très chaud. Et la promesse a été tenue.

C'est ce matin-là que le grand frère que je n'ai jamais eu a choisi pour m'appeler, de sa contrée lointaine où le vin goûte bon. Appelons-le Monsieur A. Je dis grand frère parce que lorsque je me suis exilée dans son pays, il y a déjà plusieurs années, il a veillé sur moi comme un grand frère peut le faire. Depuis que je suis revenue à Montréal, la distance creuse un fossé entre nous. Mais souvent, il me manque. Ce qu'il y a de bien, avec Monsieur A, c'est qu'on peut parler de tout. Il a une façon de concevoir le monde qui dédramatise la détresse. Je n'ai pas su retrouver quelqu'un comme lui ici.

Et puis j'avais rendez-vous le soir même avec Monsieur Z. Oui, il m'a finalement écrit. Nous sommes allés marcher près du fleuve. Malgré la canicule, on y était bien : le vent dans les arbres, le bruit des feuilles, les pieds dans l'eau, la magnifique vue sur les lumières de Montréal par une chaude nuit d'été.  Et lui à côté de moi. Quand il est à côté de moi, le temps s'arrête.

Il ne veut pas se poser de questions. Moi non plus. Pourquoi se priver d'un moment de bonheur quand il s'offre à nous, sous prétexte qu'on ne sait pas ? La vérité, c'est qu'on ne peut pas savoir, et quand on pense savoir, on ne sait pas plus. La seule chose qui compte, c'est le présent.

Je n'ai jamais autant ressenti ce présent que lorsqu'il m'a embrassée. Ça a peut-être duré quinze minutes, ou deux heures, je ne me souviens plus.

Et j'ai eu très chaud.

lundi 11 juin 2012

Aujourd'hui, en me promenant entre les boutiques kitschissimes de la Plaza St-Hubert, j'ai eu une révélation soudaine. Je ne sais pas si c'est le soleil qui surchauffait mon cerveau, mais voici:

J'ai une maladie. Je suis une amoureuse chronique. Et jamais je n'en guérirai. Quand j'aurai tourné la page avec cet amour imaginaire de Monsieur Z (ce qui ne risque pas de tarder s'il continue de s'enfermer dans son mutisme égocentrique), l'histoire se répétera avec un autre : mêmes signes, même construction mentale, même attente angoissée, même souffrance.

L'amour est une drogue pour moi. Autant que j'en souffre, autant qu'il me donne l'énergie nécessaire à chacun de mes gestes quotidiens. Il me rend plus légère. Il donne en sens vers lequel diriger mes pensées et mes actions.


L'histoire sans fin d'un "amour imaginaire", partie 2 : correspondance et cycle de coïncidences

Je vous avais dit que j'allais poursuivre cette longue histoire qui ne connaît pas de fin, du moins pas jusqu'à présent, de cette intense et douloureuse relation-obsession avec mon Monsieur Z.

Ainsi, après mon congédiement, tout a basculé. En fait, paradoxalement, cette mise à pied, au lieu de nous éloigner, comme je l'avais d'abord cru, nous a rapprochés, puisqu'elle nous a permis de nous connaître hors du contexte stérilisant et guindé de l'entreprise.

Je suis partie très rapidement de la boîte. On m'a convoquée en début d'après-midi, et on m'a dit que c'était ma dernière journée. J'ai rassemblé mes objets personnels et je suis partie le plus vite possible. Lui, il était en conférence. Je n'ai pas pu lui dire au revoir, j'ai laissé sur son bureau un mot avec mon adresse courriel, au cas où il voudrait garder contact. J'ai fait le pari que "peut-être que", sans trop d'attentes.

Le soir même, il m'avait écrit. Il se disait dégoûté par ma mise à pied, espérait que j'allais bien et m'encourageait en me disant qu'une personne talentueuse comme moi trouverait facilement autre chose. Ce qui n'est pas un compliment banal venant d'une personne qui me troublait à ce point et dont je croyais qu'elle me détestait, vous comprendrez.

À la fin de ma soirée de départ - j'avais quand même organisé un apéro histoire de dire au revoir convenablement à tout le monde -, tout le monde étant parti tôt, on s'est retrouvés, lui et moi, à terminer la soirée dans un bar du centre-ville. C'était comme si on s'était trouvés. Il s'est passé quelque chose. On s'est mis à parler comme si on s'était toujours connus. Je n'ai jamais vu la soirée passer; j'ai seulement su, à un moment, qu'il était 2 heures du matin.

Le problème, c’est qu’à plusieurs reprises, j’aurais voulu prendre sa main, toucher sa jambe de la mienne, me pencher et l’embrasser. Toute la soirée, j’ai dû maîtriser cette envie viscérale qui me tenaillait le ventre, me battre contre quelque chose de tellement plus fort que moi, quelque chose qui m’enivrait et dans quoi j’avais envie de me laisser aller. J'ai su que je n'avais pas fini de souffrir de sa présence, ou de son absence; dans tous les cas, je serais foutue.

Et puis, j'ai saisi son regard. Pour la première fois, j'ai pu m'accrocher à son regard, m'y plonger, le sonder. J'ai bien vu que ses yeux brillaient.Je garde le souvenir de ce regard comme de quelque chose de poignant, de vif, de troublant. À un autre moment, j'ai remarqué que nos jambes se touchaient sous la table. Était-ce voulu, que nos jambes se touchent, plus longtemps qu’il ne le faut ? S'en était-il aperçu ? Comme moi, la laissait-il là délibérément ?

Et puis, à la suite de cette soirée où je suis revenue complètement ébranlée chez moi, nous nous avons entamé une longue correspondance, échangeant nos passions, des pièces musicales, des impressions, des opinions. C'étaient de longues lettres, passionnées, traversées par le désir de connaître l'autre et de se livrer. J'avais l'impression d'avoir trouvé quelqu'un qui me correspondait.

Chaque fois, il m'envoyait une chanson dont les paroles pouvaient peut-être signifier quelque chose. Pouvaient peut-être signifier son désir pour moi. Mais comment savoir si là était son intention, ou bien si c'était une pure coïncidence ? Pour moi, évidemment, tout devenait hautement significatif. Dans chaque parole d'une chanson, j'essayais de percevoir un message, je m'y accrochais, je me disais que peut-être, en fait je me disais que c'était certain qu'il essayait de me communiquer quelque chose par le biais de ces liens. Ces petits signes ont fini par former tout mon univers. Et puis, mon imaginaire a fini par me décaler complètement de la réalité.

Je ne savais plus ce qui appartenait au hasard, à mon imaginaire, et à la réalité.

Gombrowicz, dans Comos, écrit : "Un tel détail à la limite du hasard et du non-hasard, pouvait-on savoir ? peut-être et peut-être pas, sa main s'était déplacée, peut-être avec intention, ou avec demi-intention, ou sans intention, fifty-fifty."

Avant ça, il écrit : "Ainsi cette coïncidence était en partie (oh, en partie!) provoquée par moi-même, et la confusion, la difficulté étaient justement que je ne pouvais jamais savoir dans quelle mesure j'étais moi-même l'auteur des combinaisons qui s'effectuaient autour de moi, ah, on se vite coupable !"

Perdue dans cette obsession, je fuyais mon couple qui battait de l'aile, compensait la douleur d'une relation en train de se mourir par celle, empreinte d'espoir et d'irréalité, d'un amour imaginaire.

Ne tenant plus cette situation, j'ai rassemblé mes maigres économie et je suis partie en voyage, espérant que l'éloignement allait m'apporter des réponses. Et il m'en a apporté.

Quand je suis revenue, les choses ont pris une autre direction.

Mais je vous raconterai la suite bientôt.  

mercredi 6 juin 2012

L'histoire sans fin d'un «amour imaginaire»

Ces temps-ci, mon esprit est complètement absorbé par une nouvelle relation amicale, ou un peu amoureuse (un peu de tout ça en même temps). Le problème, c'est que cette relation appartient à l'ordre de ce qu'on pourrait appeler un "amour imaginaire", entièrement érigé sur un objet de désir (comprendre "un homme irrémédiablement désirable") dont j'ai, consciemment et inconsciemment, alimenté l'importance. Appelons-le Monsieur Z.

Ma construction onirique - si intense, si obsessivement délicieuse - a fini par devenir une réalité. Une réalité douloureuse. et qui me torture aujourd'hui d'heure en heure.

Mais retournons au début de l'histoire. Jadis, dans mon époque pré-rupture, je travaillais au sein d'une entreprise cool et branchée du centre-ville. À mon arrivée, j'ai été présentée à toute l'équipe. C'est à ce moment que, tout en serrant la main de Monsieur Z, j'ai plongé pour la première fois mon regard dans le sien; dès lors, j'ai su que ces yeux étaient les prémices d'un problème de papillons dans le ventre, qui ne ferait que grossir.

C'est l’éclat indéfinissable de ses yeux. Quand il vous regarde, ses yeux brillent. Quand il vous regarde, il se passe quelque chose. C’est plus qu’un regard. C’est un univers qui s’offre. Des yeux bruns qui pétillent d’intelligence, d’espoir, de jeunesse, de quelque chose d’inaccessible, de profond, de si intime...

Troublée tout autant qu'investie dans une relation conjugale, j'ai dû trouver un moyen de conjurer ce sort qui ne pouvait que venir briser le fragile équilibre que constituaient tous les plans de ma vie. Alors, naturellement, ou je dirais plutôt instinctivement, je me suis mise à le détester. C'était réconfortant. Chacun de ses gestes était devenu un prétexte à ma haine. S'il oubliait de me dire bonjour. S'il me répondait vaguement. En fait, chaque fois qu'il me parlait, je puisais - dans son ton, dans ses paroles, dans son regard, dans son attitude - à tout coup une ressource me permettant d'attiser ma détestation. Mon problème était réglé. Je le détestais, il me détestait, du moins dans mon interprétation des choses.

La fascination était désamorcée.

Il faut reconnaître, cependant, que cette détestation précieusement entretenue était déjà le début d'une obsession. Mes amies l'ont vu bien avant moi. Elles savaient bien que Monsieur Z ne me laissait pas indifférente, même si je n'en parlais qu'avec mépris et exaspération. Le fait est que j'en parlais.

Je n'ai pas pu longtemps me conformer à ce schéma. Subrepticement, le désir a commencé à se manifester dans les interstices de ma haine.

Et j'ai dû me l'avouer. Depuis que j'étais arrivée dans cette boîte de merde, oui, disons les vraies choses, boîte de merde, il était l’unique soleil de mes journées. Je construisais autour de lui, sans m'en apercevoir, une histoire, une intrigue, qui remplissait le vide de mes journées grises. Une histoire fondée sur une relation que je croyais (voulais) faite de mépris, mais une histoire tout de même. J'attendais avec impatience le prochain signe qui allait me permettre de faire progresser ce récit imaginaire.

En vérité, il ne s’était pas passé un seul week-end sans que je rêve à lui. Sans que je rêve que j'étais dans ses bras, qu’il m’embrassait, m'écrasait sous son poids.

Regarder sa main suffisait pour provoquer en moi un trouble tel que je devais apprendre à me maîtriser. Quand il venait dans mon bureau et se penchait au-dessus de moi, pour m’expliquer, pour me montrer un projet, j'aurais voulu attraper sa main déposée sur la souris de l'ordinateur. J'aurais voulu la toucher, la presser, la caresser, la sentir, et ensuite appuyer doucement mes lèvres sur son cou, qui sentait si bon. Me laisser porter par l’ivresse de son parfum et de sa chaleur. J’aurais voulu, lorsque je l’ai croisé dans le long couloir, qu’il me saisisse par les hanches, qu’il me colle contre le mur de briques rugueux, et qu’il m’embrasse, qu’il m’embrasse avec force, qu’il m’embrasse pour que je me sente exister. Je lui aurais tout donné.

Et puis, alors, à la suite de mon congédiement, tout a basculé.

La suite dans un prochain billet.