Ce matin, je me suis réveillée avec un vague sentiment de nostalgie.
La nostalgie de quand j'ai commencé ce blogue.
La nostalgie de quand j'avais quelque chose à écrire. Avec passion, avec haine, avec sentiments violents.
La nostalgie de ma houleuse et destructrice histoire avec Monsieur Z, qui me hantera, je pense bien, à vie (si tu savais, cher lecteur au singulier, si tu savais).
La nostalgie de l'équation A, car il faut bien le dire, j'ai atteint désormais et depuis un bon bout de temps l'équation B.
Je me sens aujourd'hui sereine et paisible, enveloppée d'une chaleureuse, tendre et amoureuse relation avec Mon Simon, aka Force tranquille.
Comme on le dit souvent, les gens heureux n'ont pas d'histoires.
C'est même pas vrai. J'en ai, des histoires.
J'ai des histoires de bureau. Je pourrais vous parler de mon boss qui m'aime pas (même si je travaille de la maison). Je pourrais vous parler de mon cycle d'ovulation. Je pourrais vous parler de mon amie S, ma best, qui est finalement revenue de son tour du monde et qui a enfanté avec l'homme de sa vie, à quelques rues de chez moi. Je pourrais vous parler des lectures surprenantes que je fais, de mes réflexions de marde, du non-sens de ce que je constate dans la vie, de la série Les Tudor, de mon amour dévorant pour la nourriture, de Mon Simon, de ma nouvelle amie et collègue C, et j'en passe et j'en passe.
Par contre, n'attendez plus de moi le récit de mes fameuses aventures avec les hommes qui donnent pas de nouvelles. J'ai donné, merci.
Mais ce matin, j'ai repensé à un moment extraordinaire dans ma vie. Un tout petit moment de rien du tout, qui est revenu comme une vague chaude du Pacifique me réchauffer l'âme alors que je me réveillais dans la grisaille insipide de cette journée de janvier.
Je ne vous l'ai peut-être jamais dit, mais à l'ère de l'équation A, en 2012, en pleine effervescence de mon amour imaginaire, j'étais partie souffler un peu au Costa Rica et au Panama. J'étais partie deux semaines, avec une cohorte de six jeunes adultes qui venaient de partout dans le monde. On avait commencé notre périple à San Jose pour le terminer à Panama City. Entre-temps, on s'est fait les Antilles, la Cordillère des Andes, et une plage de rêve sur le bord du Pacifique, à Santa Catalina plus précisément, côte ouest du Panama, lieu hautement isolé où seuls se rendent des surfeurs en manque de lieux non envahis par les touristes/hôtels/fast-food.
Que la jungle, la mer, le sable, des hamacs et deux-trois cabanes en bois remplies de geckos et de scorpions.
Et un petit restaurant sous un paillasson.
A marée haute, la mer touchait presque le seuil de notre cabane.
Le village le plus proche se situait à deux heures de route.
Et là, je m'étais mise à flipper.
Et si.
Et si je me faisais piquer par un scorpion ?
Et si je pognais la malaria ?
Et si ces vagues énormes du Pacifique m'emportaient pour toujours?
Et si le Grand Requin Blanc me croquait ?
La nuit je ne dormais pas. Je me mettais en boule, j'écoutais le chant des geckos et j'hallucinais des scorpions grouillant sur mes jambes. Le matin, je faisais l'inventaire de mes piqûres de moustique et calculais rapidement mon ratio piqûres-risque de contracter la malaria.
Et puis une journée, alors que je lisais un livre quelconque allongée sous l'ombre divine des palmiers pendant que le reste de la cohorte, folle et insouciante, s'adonnait à des activités dangereuses, comme faire du surf, un beau Panaméen du coin, d'un âge approximatif entre 19 et 28 ans (impossible à déterminer), m'a offert une noix de coco dans laquelle il avait plongé une paille. Il m'a offert le fruit du lâcher prise.
Je l'ai consommée, heureuse et pâmée, et mon angoisse a peu à peu cédé la place à une légère joie de vivre typiquement «Sud», alimentée par le vue de cette jeune beauté panaméenne, bien décidée à «prendre soin» de moi.
Ce gentleman d'un âge obscur était en fait instructeur de surf. Et là, je me suis dit : Pourquoi pas.
Je suis allée quérir auprès de lui des leçons de surf.
Il m'a appris, sur le sable, à pagayer et à me lever rapidement sur la planche. Après quelques simulations, j'étais prête à affronter ma première vague.
Je n'avais que deux conditions.
1. Qu'on aille à un endroit où j'aurais toujours pied.
2. Qu'il ne m'amène pas dans les grosses vagues, celles qui sont loin derrière.
Je ne m'en suis même pas rendu compte que 10 minutes tard j'étais dans les grosses vagues derrière, là où je n'avais plus pied. Je voyais les vagues foncer sur moi tels des murs d'eau. Avec Beau Panaméen de l'autre côté de la planche, c'était aussi enivrant qu'une rangée de shooter de Tequila.
Je sais que vous ne me croirez pas, mais c'est la pure vérité. Quand la bonne vague est arrivée, je me suis levée d'un coup sur la planche et j'ai surfé sur la vague sur plusieurs mètres, presque que jusqu'à la plage.
C'était si bon, si grisant, si planant.
Moi qui m'étais toujours dit que du surf, je ne ferais jamais ça, moi qui sais à peine nager, qui ai peur dans une piscine:
Je ridais une vague du Pacifique.
C'était si court, mais inoubliable.
Un des ces rares moments où on se trouve parfaitement dans le moment présent, en adéquation avec lui.
J'ai fini par tomber dans l'eau. L'eau était chaude. C'était une chute agréable.
La seule chose que j'ai voulu, en me relevant, endolorie, c'était retourner dans les grosses vagues en arrière, là où je n'avais pas pied. Et recommencer, encore et encore, jusqu'à l'épuisement.
C'est à ça que j'ai pensé, ce matin, en me réveillant dans la grisaille de janvier.
J'ai pensé que ces moments sont rares et qu'il faut s'en souvenir pour toujours, les faire durer dans notre esprit le plus longtemps possible. J'ai voulu retourner dans le passé et faire revivre cette chaude ride dans le Pacifique.
J'y pense, et je me dis que Beau Panaméen est sûrement encore aujourd'hui en train d'offrir ses noix de coco et ses leçons de surf à de jeunes touristes, au soleil, sur sa plage paradisiaque, dans son pays loin là-bas.
Moi, j'aurai consacré ma journée à me souvenir de ce moment-là.
Parce que mettre sa vie en récit, et celle des autres, lui donne un sens... si absurde soit-il.
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dimanche 4 janvier 2015
jeudi 9 août 2012
Le vent tourne
Ça y est ! À partir de septembre, je ne serai plus chômeuse, je ne pataugerai plus dans une situation précaire, je ne passerai plus mes journées dans une léthargie profonde...
Oui, car on m'a offert un emploi, un poste dont je rêve depuis longtemps, avec paye régulière, beaucoup de défis à relever, plein de nouvelles personnes à rencontrer, une nouvelle vie, une nouvelle moi.
Oui, fini, la précarité. On dirait que je ne le réalise pas tout à fait. Comme si cette vie ne pouvait pas m'appartenir, qu'elle appartiendrait plutôt au rêve. Et pourtant, elle est mienne, sera mienne, et j'ai du mal à me projeter, parce que c'est dur d'y croire, après cette année à me démener comme une damnée dans le cycle infernal de la merde.
Alors, pour fêter ça, je suis allée me promener, toute souriante, disant bonjour à tous les beaux messieurs croisant mon chemin, gambadant joyeusement sous la pluie, pensant à tout ce dont je pouvais maintenant me permettre et dont je me privais depuis longtemps.
J'ai commencé par m'acheter un livre. Je suis entrée dans une librairie, j'ai flâné, et j'ai acheté le tome 2 de 1Q84, que j'ai réservé à la bibliothèque mais que je n'espérais pas pouvoir lire avant trois mois... Acheter des livres : quel bonheur !
Et puis je suis allée dans une petite épicerie fine de mon quartier. Pas une épicerie fine de bobos snobs granos. Non ! Une vraie épicerie fine de quartier, avec des gens ben ordinaires qui font pas chier le peuple avec leur petite morale bien-pensante sur les produits bio trois fois trop chers et que dans le fond y'a juste les bobos qui peuvent se permettre sans exploser leur budget (désolée, fallait que ça sorte).
J'ai acheté plein d'aliments que je n'avais plus l'habitude d'acheter car trop chers, mais que j'adore tellement ! Jambon de Bayonne, mozzarella fraîche, céréales aux noix et au chocolat... je me suis même gâtée, allez ! J'ai pris un millefeuille pour couronner le tout. La dame l'a emballé dans une petite boîte, et a même pris le temps d'entourer la boîte d'un ruban doré.
C'était comme un cadeau pour moi.
Et donc, un cycle nouveau apparaît : je mange bien, je me sens revivre, et je viens de décrocher un emploi dans lequel je pense bien m'épanouir.
Oui, car on m'a offert un emploi, un poste dont je rêve depuis longtemps, avec paye régulière, beaucoup de défis à relever, plein de nouvelles personnes à rencontrer, une nouvelle vie, une nouvelle moi.
Oui, fini, la précarité. On dirait que je ne le réalise pas tout à fait. Comme si cette vie ne pouvait pas m'appartenir, qu'elle appartiendrait plutôt au rêve. Et pourtant, elle est mienne, sera mienne, et j'ai du mal à me projeter, parce que c'est dur d'y croire, après cette année à me démener comme une damnée dans le cycle infernal de la merde.
Alors, pour fêter ça, je suis allée me promener, toute souriante, disant bonjour à tous les beaux messieurs croisant mon chemin, gambadant joyeusement sous la pluie, pensant à tout ce dont je pouvais maintenant me permettre et dont je me privais depuis longtemps.
J'ai commencé par m'acheter un livre. Je suis entrée dans une librairie, j'ai flâné, et j'ai acheté le tome 2 de 1Q84, que j'ai réservé à la bibliothèque mais que je n'espérais pas pouvoir lire avant trois mois... Acheter des livres : quel bonheur !
Et puis je suis allée dans une petite épicerie fine de mon quartier. Pas une épicerie fine de bobos snobs granos. Non ! Une vraie épicerie fine de quartier, avec des gens ben ordinaires qui font pas chier le peuple avec leur petite morale bien-pensante sur les produits bio trois fois trop chers et que dans le fond y'a juste les bobos qui peuvent se permettre sans exploser leur budget (désolée, fallait que ça sorte).
J'ai acheté plein d'aliments que je n'avais plus l'habitude d'acheter car trop chers, mais que j'adore tellement ! Jambon de Bayonne, mozzarella fraîche, céréales aux noix et au chocolat... je me suis même gâtée, allez ! J'ai pris un millefeuille pour couronner le tout. La dame l'a emballé dans une petite boîte, et a même pris le temps d'entourer la boîte d'un ruban doré.
C'était comme un cadeau pour moi.
Et donc, un cycle nouveau apparaît : je mange bien, je me sens revivre, et je viens de décrocher un emploi dans lequel je pense bien m'épanouir.
mardi 7 août 2012
Manger : passion, obsession, et signe d'espoir
Ce week-end, j'ai mangé démesurément.
Vendredi, avec cette chère amie S., nous voulions festoyer à l'événement "1ers vendredis du mois" tenu au Parc olympique. Les 1ers vendredis du mois, c'est un nouveau concept pour rentabiliser l'inutile et vaste esplanade du Stade olympique. Procédé (la Ville) : installer des roulottes de bouffe de rue un peu partout. Fonctionnement (les citoyens gourmands) : manger et boire le plus possible, car il faut tout essayer. Ainsi, j'ai mangé comme entrée un hamburger au fromage accompagné de chips maison. Ensuite, comme plat principal, j'ai goûté au fameux pulled pork de Pas d'cochon dans mon salon.
Pas besoin de vous dire qu'au lieu de dormir, cette nuit-là, j'ai digéré mes excès de gras et de viande, moi qui habituellement en mange très peu.
Le lendemain, toujours en compagnie de S. (nous voilà retournées dans notre phase adolescente: c'est devenue ma "best", on ne se quitte plus d'une semelle et on rigole en coin comme des vierges surexcitées quand on voit un beau monsieur, en s'envoyant des textos, hihihi), nous avons visité ma mère dans les magnifiques Cantons-de-l'Est. Il faisait chaud, ça sentait les vacances, on avait commencé l'apéro à 15 heures; tout se prêtait au typique repas bucolique sous les arbres au milieu des prés, dans les senteurs de foin coupé, de fleurs, de ruisseau, cheveux et robe au vent.
Bon. Vous voyez bien le portrait. Le décor parfait qui met en appétit.
Justement. On se baignait chez un ami de ma mère lorsque celui-ci s'est ramené avec une délicieuse salade et quelques bouteilles de rosé. Je dois honteusement avouer que c'est S. et moi qui avons mangé la plus grosse portion de cette salade rustique. Sans compter qu'on s'est jetées comme des droguées en manque dans les bleuets du Lac-Saint-Jean enrobés de chocolat noir. Deux cochonnes pas sortables.
C'est à ce moment-là que le voisin est apparu pour caller un BBQ. Eh bien, croyez-le ou non, nous y sommes allés, avec côtelettes d'agneau et bouteilles de rouge, et puis nous avons re-soupé jusqu'à 3 heures du matin.
Vous devez vous demander en quoi ce récit de mes excès de gourmandise est pertinent, non seulement sur ce blog, mais dans ma vie. On mange, on se fait plaisir, et basta. Pas besoin d'en faire un foin.
Eh bien justement. Cet appétit croissant et insatiable est un élément clé qui mérite d'être souligné dans le grand récit fascinant que je forge ici.
C'est signe que les choses s'améliorent. Que je vais mieux. Que je reprends plaisir à la vie. Je mange avec appétit, avec délectation, ce que je n'avais plus fait depuis longtemps.
J'ai retrouvé ma nature gourmande.
J'ai toujours mangé beaucoup, même si ça ne paraît pas avec mes 115 livres. Quand j'avais 15 ans et que je revenais de l'école à 16 heures 30, je soupais. Ensuite, je re-soupais, plus tard, vers 20 heures, avec ma mère, son chum, les enfants de son chum.
Mon frère et moi, on se battait pour la dernière portion.
De par mon éducation, j'associe l'acte de manger au bonheur, au plaisir, à la gaieté, à quelque chose de complètement opposé à la solitude.
Et c'est pour ça aussi que je mange mes émotions. Que je mange quand je m'ennuie. Que je mange pour mieux me concentrer. Que je mange tout le temps.
Le matin, j'ai hâte de me lever pour manger. L'avant-midi, je pense continuellement au repas qui m'attend. L'après-midi, je le passe en m'imaginant les mets que je cuisinerai le soir, je visualise des recettes, des ingrédients, je me projette devant une assiette remplie de quelque chose dont j'aurais envie.
Déjà, toute petite, je faisais chier ma gardienne le soir: ma mère travaillait tard, et moi, en l'attendant tristement, je voulais toujours manger, même une fois le souper terminé.
Ça ne m'était jamais arrivé de manquer d'appétit. Même quand ça va mal, parce qu'alors je mange pour me sentir mieux. Je me réfugie dans la nourriture.
Mais ça m'est arrivé pour la première fois au début du mois de mars. Je venais de perdre mon emploi. Ça n'allait pas bien avec Monsieur M, mon ex. Et puis je m'étais engouffrée dans le méandres désespérés de mes constructions imaginaires.
J'ai perdu l'appétit, petit à petit. J'ai cessé de cuisiner. Je ne mangeais plus que pour me sustenter. Quand je mangeais. Des pâtes, de l'huile d'olive, voilà ce qui a constitué bon nombre de mes repas. Le désert culinaire. Désert gustatif. Je mangeais sans enthousiasme, sans appétit, sans faim, sans aucun goût pour ce que je mastiquais et avalais.
Manger n'était devenu qu'une simple et monotone fonction vitale, exempte de toute forme de plaisir. Une contingence. Rien d'autre.
À la fin, vers mai, mon souper se réduisait souvent à deux rôties beurrées. L'image même de la solitude, du désespoir. Deux toasts, fades et ennuyeuses, dans le creux d'une assiette trop grande pour elles. Voilà ce qui remplissait mes soirées de nouvelle célibataire.
Je n'avais jamais connu le manque d'appétit. Je n'avais jamais éprouvé autant de désintérêt pour ce plaisir de tous les jours.
Sérieusement, j'ai cru que ça n'allait jamais revenir. Moi, ne pas avoir faim, c'est comme si je perdais mon propre sens, ma propre définition. Quand j'y repense, je me dis que je ne devais pas être très loin du fond pour me détourner aussi vivement, violemment, de l'acte de manger.
Heureusement, je constate aujourd'hui que je remonte la pente. Je mange beaucoup, je mange bien. Je cuisine, je reprends plaisir à faire des courses, à penser à mes repas, à m'activer entre mon frigo et ma cuisinière.
Je me sens revivre.
Vendredi, avec cette chère amie S., nous voulions festoyer à l'événement "1ers vendredis du mois" tenu au Parc olympique. Les 1ers vendredis du mois, c'est un nouveau concept pour rentabiliser l'inutile et vaste esplanade du Stade olympique. Procédé (la Ville) : installer des roulottes de bouffe de rue un peu partout. Fonctionnement (les citoyens gourmands) : manger et boire le plus possible, car il faut tout essayer. Ainsi, j'ai mangé comme entrée un hamburger au fromage accompagné de chips maison. Ensuite, comme plat principal, j'ai goûté au fameux pulled pork de Pas d'cochon dans mon salon.
![]() | ||
| Le pulled pork : gourmandise, abondance, excès et crise de foie. |
Le lendemain, toujours en compagnie de S. (nous voilà retournées dans notre phase adolescente: c'est devenue ma "best", on ne se quitte plus d'une semelle et on rigole en coin comme des vierges surexcitées quand on voit un beau monsieur, en s'envoyant des textos, hihihi), nous avons visité ma mère dans les magnifiques Cantons-de-l'Est. Il faisait chaud, ça sentait les vacances, on avait commencé l'apéro à 15 heures; tout se prêtait au typique repas bucolique sous les arbres au milieu des prés, dans les senteurs de foin coupé, de fleurs, de ruisseau, cheveux et robe au vent.
Bon. Vous voyez bien le portrait. Le décor parfait qui met en appétit.
Justement. On se baignait chez un ami de ma mère lorsque celui-ci s'est ramené avec une délicieuse salade et quelques bouteilles de rosé. Je dois honteusement avouer que c'est S. et moi qui avons mangé la plus grosse portion de cette salade rustique. Sans compter qu'on s'est jetées comme des droguées en manque dans les bleuets du Lac-Saint-Jean enrobés de chocolat noir. Deux cochonnes pas sortables.
C'est à ce moment-là que le voisin est apparu pour caller un BBQ. Eh bien, croyez-le ou non, nous y sommes allés, avec côtelettes d'agneau et bouteilles de rouge, et puis nous avons re-soupé jusqu'à 3 heures du matin.
Vous devez vous demander en quoi ce récit de mes excès de gourmandise est pertinent, non seulement sur ce blog, mais dans ma vie. On mange, on se fait plaisir, et basta. Pas besoin d'en faire un foin.
Eh bien justement. Cet appétit croissant et insatiable est un élément clé qui mérite d'être souligné dans le grand récit fascinant que je forge ici.
C'est signe que les choses s'améliorent. Que je vais mieux. Que je reprends plaisir à la vie. Je mange avec appétit, avec délectation, ce que je n'avais plus fait depuis longtemps.
J'ai retrouvé ma nature gourmande.
J'ai toujours mangé beaucoup, même si ça ne paraît pas avec mes 115 livres. Quand j'avais 15 ans et que je revenais de l'école à 16 heures 30, je soupais. Ensuite, je re-soupais, plus tard, vers 20 heures, avec ma mère, son chum, les enfants de son chum.
Mon frère et moi, on se battait pour la dernière portion.
De par mon éducation, j'associe l'acte de manger au bonheur, au plaisir, à la gaieté, à quelque chose de complètement opposé à la solitude.
Et c'est pour ça aussi que je mange mes émotions. Que je mange quand je m'ennuie. Que je mange pour mieux me concentrer. Que je mange tout le temps.
Le matin, j'ai hâte de me lever pour manger. L'avant-midi, je pense continuellement au repas qui m'attend. L'après-midi, je le passe en m'imaginant les mets que je cuisinerai le soir, je visualise des recettes, des ingrédients, je me projette devant une assiette remplie de quelque chose dont j'aurais envie.
Déjà, toute petite, je faisais chier ma gardienne le soir: ma mère travaillait tard, et moi, en l'attendant tristement, je voulais toujours manger, même une fois le souper terminé.
Ça ne m'était jamais arrivé de manquer d'appétit. Même quand ça va mal, parce qu'alors je mange pour me sentir mieux. Je me réfugie dans la nourriture.
Mais ça m'est arrivé pour la première fois au début du mois de mars. Je venais de perdre mon emploi. Ça n'allait pas bien avec Monsieur M, mon ex. Et puis je m'étais engouffrée dans le méandres désespérés de mes constructions imaginaires.
J'ai perdu l'appétit, petit à petit. J'ai cessé de cuisiner. Je ne mangeais plus que pour me sustenter. Quand je mangeais. Des pâtes, de l'huile d'olive, voilà ce qui a constitué bon nombre de mes repas. Le désert culinaire. Désert gustatif. Je mangeais sans enthousiasme, sans appétit, sans faim, sans aucun goût pour ce que je mastiquais et avalais.
Manger n'était devenu qu'une simple et monotone fonction vitale, exempte de toute forme de plaisir. Une contingence. Rien d'autre.
À la fin, vers mai, mon souper se réduisait souvent à deux rôties beurrées. L'image même de la solitude, du désespoir. Deux toasts, fades et ennuyeuses, dans le creux d'une assiette trop grande pour elles. Voilà ce qui remplissait mes soirées de nouvelle célibataire.
Je n'avais jamais connu le manque d'appétit. Je n'avais jamais éprouvé autant de désintérêt pour ce plaisir de tous les jours.
Sérieusement, j'ai cru que ça n'allait jamais revenir. Moi, ne pas avoir faim, c'est comme si je perdais mon propre sens, ma propre définition. Quand j'y repense, je me dis que je ne devais pas être très loin du fond pour me détourner aussi vivement, violemment, de l'acte de manger.
Heureusement, je constate aujourd'hui que je remonte la pente. Je mange beaucoup, je mange bien. Je cuisine, je reprends plaisir à faire des courses, à penser à mes repas, à m'activer entre mon frigo et ma cuisinière.
Je me sens revivre.
jeudi 2 août 2012
Les aventures de deux trentenaires célibataires à Burlington - Partie II : L'enchantement
Nous sommes arrivées, donc, dans notre nouveau camping, facilement accessible par un bus de Burlington.
Comme nous avions vu le pire, cet endroit nous a paru un véritable lieu d'enchantement : la petite cabane coquette en bois rustique de l'accueil; le charmant monsieur jovial au comptoir; l'emplacement pour la tente, entouré de verdure bucolique, visité par un magnifique cardinal et son harem de femelles; nos voisins, de vrais voyageurs qui aiment le vrai camping, curieux, aimables comme tout, souriants et sympathiques par-dessus le marché. Ainsi, on s'est vite fait des amis, à commencer par Max, leur fils de 10 ans, qui n'avait pas froid aux yeux et qui s'est mis à nous parler comme si on était ses amies de longue date. D'ailleurs, le petit, il parlait à tout le monde autour de lui, s'incrustait dans les activités des autres campeurs, comme si cela allait de soi. Comme j'aurais aimé avoir ce culot dans ma jeunesse ! Ma solitude m'aurait peut-être moins pesé. Bref, il était si mignon que tout le monde l'accueillait avec grand plaisir.
Cette journée-là, nous sommes allées traîner à Burlington, où ma mère venait nous rejoindre. Il y avait un marché public avec des dégustations, des produits du Vermont et de la bouffe de rue. On s'est délectées de samoussas épicés et de tartes aux bleuets. On a mangé du regard tous les produits offerts, et je me suis dit que dans le monde entier on entretenait un bien mauvais cliché quant à l'excès de malbouffe aux States. Bon d'accord, cette réalité est vraie, on ne peut la nier; cependant, il ne faudrait pas oublier que les Étatsuniens, du moins ceux de la Nouvelle-Angleterre, sont adeptes des produits de leur terroir, et se passionnent pour les aliments de qualité.
Et puis on a magasiné, notamment dans les friperies, où je me suis dégoté une jolie robe de style rétro pour moins que rien si l'on compare le prix qu'elle valait à l'origine (oui, je suis allée voir sur Internet). J'avais hâte de trouver une occasion de la porter. Ça s'est présenté hier, mais malheureusement, mon compagnon n'a pas succombé au charme irrésistible de cette robe.
Passons.
Et donc : un marché, une friperie, une promenade avec ma mère et S., et je suis comblée de bonheur.
Le soir même, après un petit apéro au vin blanc chaud, épuisées par nos déplacements et notre longue promenade, nous nous sommes lancées dans la piscine du camping sous la lune éclatante.
Le lendemain, pour notre dernière journée, nous avons erré au marché d'artisanat installé au village à côté, Shelburne. Il se trouve que nos sympathiques voisins de camping étaient des artisans venus là pour présenter leurs oeuvres. C'est leur vie : travailler leurs oeuvres et parcourir les routes pour les présenter dans des marchés; dormir à la belle étoile; partir, toujours partir. Il y a quelque chose de romantique à cette vie. Ça m'a fait rêver. Ils avaient l'air si heureux !
Le marché était énorme et occupé par une pléthore de beaux mecs. Ils sont où les beaux mecs aux States ? Dans les marchés; croyez-moi. On en a croisé un en particulier, qui s'avérait en fait notre autre voisin de camping, celui d'en face. Lui, il fait de la poterie. Un beau jeune homme qui fait de la poterie, ça fait pas se pâmer un peu, ça ?
Il y avait un espace dédié à la dégustation d'alcool. On a essayé tous les stands. Tous. La vie est trop belle. Ensuite, histoire d'absorber tout cet alcool, nous avons assailli l'espace réservé à la restauration, spécialisée dans les produits locaux. J'ai mangé un lobster roll, un genre de hot-dog grillé fourré avec du stuff au homard. Et puis une pizza roquette-chèvre-betterave, et une autre pêche-bleu-roquette, à tomber par terre. Et pour finir, une salade de roquette avec canneberges, bleu, amandes et vinaigrette au sirop d'érable. De quoi mourir de délice.
On a terminé la soirée devant un feu, avec guimauves grillées. Et puis notre beau voisin d'en face, Alexander, est arrivé et s'est fait un feu. Il était seul. J'avais envie de lui parler. Je suis allée le voir, puisant un peu de courage je ne sais où en moi, je lui ai fait la conversation un petit peu et il est venu s'installer avec nous près de notre feu. On a parlé, regardé les étoiles, la lune; on se sentait bien près de lui. Il nous a donné chacune une poterie. Magnifique souvenir de cette épopée à Burlington. Le périple ne pouvait mieux se terminer. On a pensé qu'il a dû penser qu'on était lesbiennes. Mais c'est pas grave. Il nous a laissé son adresse, postale et électronique. Il a dit qu'il aimerait bien qu'on aille le voir à Clinton. On a dit qu'on aimerait bien le voir à Montréal. De vagues projets se sont dessinés. On ne se reverra pourtant jamais.
Le lendemain, il partait, et nous aussi. On s'est fait une accolade. Non, les Étatsuniens n'embrassent pas sur la joue; ils te prennent directement dans leurs bras. Frissons.
Comme nous avions vu le pire, cet endroit nous a paru un véritable lieu d'enchantement : la petite cabane coquette en bois rustique de l'accueil; le charmant monsieur jovial au comptoir; l'emplacement pour la tente, entouré de verdure bucolique, visité par un magnifique cardinal et son harem de femelles; nos voisins, de vrais voyageurs qui aiment le vrai camping, curieux, aimables comme tout, souriants et sympathiques par-dessus le marché. Ainsi, on s'est vite fait des amis, à commencer par Max, leur fils de 10 ans, qui n'avait pas froid aux yeux et qui s'est mis à nous parler comme si on était ses amies de longue date. D'ailleurs, le petit, il parlait à tout le monde autour de lui, s'incrustait dans les activités des autres campeurs, comme si cela allait de soi. Comme j'aurais aimé avoir ce culot dans ma jeunesse ! Ma solitude m'aurait peut-être moins pesé. Bref, il était si mignon que tout le monde l'accueillait avec grand plaisir.
Cette journée-là, nous sommes allées traîner à Burlington, où ma mère venait nous rejoindre. Il y avait un marché public avec des dégustations, des produits du Vermont et de la bouffe de rue. On s'est délectées de samoussas épicés et de tartes aux bleuets. On a mangé du regard tous les produits offerts, et je me suis dit que dans le monde entier on entretenait un bien mauvais cliché quant à l'excès de malbouffe aux States. Bon d'accord, cette réalité est vraie, on ne peut la nier; cependant, il ne faudrait pas oublier que les Étatsuniens, du moins ceux de la Nouvelle-Angleterre, sont adeptes des produits de leur terroir, et se passionnent pour les aliments de qualité.
Et puis on a magasiné, notamment dans les friperies, où je me suis dégoté une jolie robe de style rétro pour moins que rien si l'on compare le prix qu'elle valait à l'origine (oui, je suis allée voir sur Internet). J'avais hâte de trouver une occasion de la porter. Ça s'est présenté hier, mais malheureusement, mon compagnon n'a pas succombé au charme irrésistible de cette robe.
Passons.
Et donc : un marché, une friperie, une promenade avec ma mère et S., et je suis comblée de bonheur.
Le soir même, après un petit apéro au vin blanc chaud, épuisées par nos déplacements et notre longue promenade, nous nous sommes lancées dans la piscine du camping sous la lune éclatante.
Le lendemain, pour notre dernière journée, nous avons erré au marché d'artisanat installé au village à côté, Shelburne. Il se trouve que nos sympathiques voisins de camping étaient des artisans venus là pour présenter leurs oeuvres. C'est leur vie : travailler leurs oeuvres et parcourir les routes pour les présenter dans des marchés; dormir à la belle étoile; partir, toujours partir. Il y a quelque chose de romantique à cette vie. Ça m'a fait rêver. Ils avaient l'air si heureux !
Le marché était énorme et occupé par une pléthore de beaux mecs. Ils sont où les beaux mecs aux States ? Dans les marchés; croyez-moi. On en a croisé un en particulier, qui s'avérait en fait notre autre voisin de camping, celui d'en face. Lui, il fait de la poterie. Un beau jeune homme qui fait de la poterie, ça fait pas se pâmer un peu, ça ?
Il y avait un espace dédié à la dégustation d'alcool. On a essayé tous les stands. Tous. La vie est trop belle. Ensuite, histoire d'absorber tout cet alcool, nous avons assailli l'espace réservé à la restauration, spécialisée dans les produits locaux. J'ai mangé un lobster roll, un genre de hot-dog grillé fourré avec du stuff au homard. Et puis une pizza roquette-chèvre-betterave, et une autre pêche-bleu-roquette, à tomber par terre. Et pour finir, une salade de roquette avec canneberges, bleu, amandes et vinaigrette au sirop d'érable. De quoi mourir de délice.
On a terminé la soirée devant un feu, avec guimauves grillées. Et puis notre beau voisin d'en face, Alexander, est arrivé et s'est fait un feu. Il était seul. J'avais envie de lui parler. Je suis allée le voir, puisant un peu de courage je ne sais où en moi, je lui ai fait la conversation un petit peu et il est venu s'installer avec nous près de notre feu. On a parlé, regardé les étoiles, la lune; on se sentait bien près de lui. Il nous a donné chacune une poterie. Magnifique souvenir de cette épopée à Burlington. Le périple ne pouvait mieux se terminer. On a pensé qu'il a dû penser qu'on était lesbiennes. Mais c'est pas grave. Il nous a laissé son adresse, postale et électronique. Il a dit qu'il aimerait bien qu'on aille le voir à Clinton. On a dit qu'on aimerait bien le voir à Montréal. De vagues projets se sont dessinés. On ne se reverra pourtant jamais.
Le lendemain, il partait, et nous aussi. On s'est fait une accolade. Non, les Étatsuniens n'embrassent pas sur la joue; ils te prennent directement dans leurs bras. Frissons.
mardi 31 juillet 2012
Les aventures de deux trentenaires célibataires à Burlington - Partie I : Le camping de la désolation
Je m'étais dit que j'avais besoin d'aventure. Vous savez, aventure comme dans partir en backpacking ? Bon, pas très loin, pas très longtemps, d'accord. Mais le backpacking, contrairement au voyage planifié, avec hôtel réservé, trajet tracé et voiture remplie à ras bord de bagages pour être certain de ne manquer de rien, permet de déconnecter complètement, de sortir de la réalité, de vivre le quotidien autrement en nous ramenant à des besoins de base, comme trouver une endroit où dormir, faire à manger et faire du feu.
Jamais je ne m'étais sentie aussi heureuse que la fois où, à 23 ans, j'étais partie trois mois en France et en Espagne avec ma tente, à errer entre la Bretagne, la Corse et Séville, à dormir dans les trains et à aller où me portaient mes humeurs. Ma vie se résumait à cela : partir, prendre un train, trouver un terrain de camping, manger, visiter des lieux, ou plutôt vivre des lieux. Dans cette vie, il n'y a pas d'avenir, pas de passé; le présent est l'unique façon d'exister. On se sent jeune, on se sent libre, on sent que tout est possible.
J'avais réitéré l'expérience à 25 ans (moins longtemps, deux semaines) pour traverser l'Ouest canadien avec Monsieur M. C'était comme un voyage de noces. On faisait du stop, on dormait dans les cars, et le temps n'existait plus.
Aujourd'hui, je n'ai plus vraiment l'occasion de partir comme ça. À 31 ans, les choses changent. Déjà, on se sent moins forts pour transporter un sac de 20 kilos sur notre dos. Et puis la vie nous amène à faire des choix, comme se poser, structurer sa vie, payer ses dettes d'études, avoir un emploi et le garder, mettre de l'argent de côté. Tout cela finit par sembler plus important que l'errance, parce qu'on se voit vieillir, et on veut être autonomes. Mais voilà, cette époque d'insouciance et d'aventure me manque, me rend parfois nostalgique.
Bref, j'ai eu envie d'aventure, ce qui est toujours une bonne thérapie contre l'engourdissement cérébral et physique.
Ça tombait bien, parce que justement mon amie S. m'a demandé si j'avais envie de partir avec elle en camping à Burlington. Que oui. Et quelle aventure ce fut.
Et donc on a paqueté nos bagages et on a sauté dans un car qui nous amenait directement à Burlington.
Se retrouver perdues dans une ville qu'on ne connaît pas. Demander notre chemin. Chercher le bon autobus qui nous amène au bon camping. Susciter le regard des passants. Parfois de beaux passants, nous renvoyant des regards complices; deux filles qui voyagent avec un sac aussi gros qu'elles sur le dos, ça attire l'oeil et l'admiration. Et la sympathie des gens.
Comme les lois de l'aventure l'exigent, le camping dans lequel nous voulions passer notre séjour était plein. Oh, je vous rassure : j'avais appelé et écrit avant de partir, mais je n'ai jamais eu de réponse. Je n'ai jamais pu réserver, mais on s'était dit que la chance serait de notre côté. Elle ne l'a pas été. Soit.
On s'est alors retrouvées dans le pire camping que j'aie vu de ma vie. Sans blague. Très loin de Burlington en plus. Impossible de s'y rendre à pied ou même en vélo ou en bus. C'est un taxi qui nous y a menées, et ça a coûté cher. On était prises là. Pas d'autre choix possible, et puis la fatigue commençait à nous gagner.
Un camping tout moche, du type "parking à roulottes", dont la clientèle se caractérise par un manque de goût flagrant tant dans choix de la déco de sa roulotte que dans sa façon d'interpréter le savoir-vivre. À l'accueil, dans une espèce de cabane en bois compressé qui puait le vieux pipi, un rouquin nous a accueillies de son regard terne et empreint d'une indifférence profonde pour la vie en général.
Les toilettes étaient dégueulasses. D'une propreté plus que douteuse. Il n'y avait pas de savon et le sèche-mains ne fonctionnait pas. Je n'ai même pas pris de douche. J'ai préféré rester dans mon odeur de swing. La plage mentionnée dans le dépliant en tant qu'un atout du site s'est révélée un carré de boue de six mètres carrés dans lequel barbotaient quelques enfants. Pas de village près; pas de magasins. De l'atmosphère du camping se dégageaient des notes de désespoir, de pauvreté, comme celles qui émanent d'un lieu où on n'est que de passage, où on arrive tard la nuit et d'où on repart tôt le matin, comme ces motels vétustes et tristes qui jonchent le bord des autoroutes.
On s'est senties abattues, mais à la fois euphoriques. On a tellement ri qu'on a fini par pleurer. Ou on a tellement pleuré qu'on a fini par rire. Je ne sais plus très bien dans quel ordre.
Bonne nouvelle, il y avait une piscine, et notre emplacement pour la tente était tout de même acceptable. On a découvert un quai où on a fini l'après-midi les pieds dans le lac Champlain. On a trouvé du bois pour faire du feu. On a préparé notre souper avec le petit réchaud de S. On a bu beaucoup de vin et on a parlé longtemps en contemplant les flammes. Le bonheur se trouve parfois dans des gestes très élémentaires. Notre joie et notre excitation en allumant le réchaud vous sembleraient probablement incompréhensibles et pathétiques. Notre fascination devant un gâteau au fromage lyophilisé qui prend forme grâce à un peu d'eau pourrait paraître ridicule de l'extérieur, mais quand on le vit, on se sent comme un enfant qui découvre pour la première fois un Jolly Jumper.
Le lendemain, on a repaqueté nos affaires et on a sacré notre camp - oui, l'expression est choisie, car nous ne sommes pas parties, mais nous avons bel et bien sacré notre camp, ce qui est différent - pour un monde meilleur qui ne sent pas le pipi et où les gens ne sont pas ternes.
La suite de nos aventures dans un prochain billet.
Jamais je ne m'étais sentie aussi heureuse que la fois où, à 23 ans, j'étais partie trois mois en France et en Espagne avec ma tente, à errer entre la Bretagne, la Corse et Séville, à dormir dans les trains et à aller où me portaient mes humeurs. Ma vie se résumait à cela : partir, prendre un train, trouver un terrain de camping, manger, visiter des lieux, ou plutôt vivre des lieux. Dans cette vie, il n'y a pas d'avenir, pas de passé; le présent est l'unique façon d'exister. On se sent jeune, on se sent libre, on sent que tout est possible.
J'avais réitéré l'expérience à 25 ans (moins longtemps, deux semaines) pour traverser l'Ouest canadien avec Monsieur M. C'était comme un voyage de noces. On faisait du stop, on dormait dans les cars, et le temps n'existait plus.
Aujourd'hui, je n'ai plus vraiment l'occasion de partir comme ça. À 31 ans, les choses changent. Déjà, on se sent moins forts pour transporter un sac de 20 kilos sur notre dos. Et puis la vie nous amène à faire des choix, comme se poser, structurer sa vie, payer ses dettes d'études, avoir un emploi et le garder, mettre de l'argent de côté. Tout cela finit par sembler plus important que l'errance, parce qu'on se voit vieillir, et on veut être autonomes. Mais voilà, cette époque d'insouciance et d'aventure me manque, me rend parfois nostalgique.
Bref, j'ai eu envie d'aventure, ce qui est toujours une bonne thérapie contre l'engourdissement cérébral et physique.
Ça tombait bien, parce que justement mon amie S. m'a demandé si j'avais envie de partir avec elle en camping à Burlington. Que oui. Et quelle aventure ce fut.
Et donc on a paqueté nos bagages et on a sauté dans un car qui nous amenait directement à Burlington.
Se retrouver perdues dans une ville qu'on ne connaît pas. Demander notre chemin. Chercher le bon autobus qui nous amène au bon camping. Susciter le regard des passants. Parfois de beaux passants, nous renvoyant des regards complices; deux filles qui voyagent avec un sac aussi gros qu'elles sur le dos, ça attire l'oeil et l'admiration. Et la sympathie des gens.
Comme les lois de l'aventure l'exigent, le camping dans lequel nous voulions passer notre séjour était plein. Oh, je vous rassure : j'avais appelé et écrit avant de partir, mais je n'ai jamais eu de réponse. Je n'ai jamais pu réserver, mais on s'était dit que la chance serait de notre côté. Elle ne l'a pas été. Soit.
On s'est alors retrouvées dans le pire camping que j'aie vu de ma vie. Sans blague. Très loin de Burlington en plus. Impossible de s'y rendre à pied ou même en vélo ou en bus. C'est un taxi qui nous y a menées, et ça a coûté cher. On était prises là. Pas d'autre choix possible, et puis la fatigue commençait à nous gagner.
Un camping tout moche, du type "parking à roulottes", dont la clientèle se caractérise par un manque de goût flagrant tant dans choix de la déco de sa roulotte que dans sa façon d'interpréter le savoir-vivre. À l'accueil, dans une espèce de cabane en bois compressé qui puait le vieux pipi, un rouquin nous a accueillies de son regard terne et empreint d'une indifférence profonde pour la vie en général.
Les toilettes étaient dégueulasses. D'une propreté plus que douteuse. Il n'y avait pas de savon et le sèche-mains ne fonctionnait pas. Je n'ai même pas pris de douche. J'ai préféré rester dans mon odeur de swing. La plage mentionnée dans le dépliant en tant qu'un atout du site s'est révélée un carré de boue de six mètres carrés dans lequel barbotaient quelques enfants. Pas de village près; pas de magasins. De l'atmosphère du camping se dégageaient des notes de désespoir, de pauvreté, comme celles qui émanent d'un lieu où on n'est que de passage, où on arrive tard la nuit et d'où on repart tôt le matin, comme ces motels vétustes et tristes qui jonchent le bord des autoroutes.
On s'est senties abattues, mais à la fois euphoriques. On a tellement ri qu'on a fini par pleurer. Ou on a tellement pleuré qu'on a fini par rire. Je ne sais plus très bien dans quel ordre.
Bonne nouvelle, il y avait une piscine, et notre emplacement pour la tente était tout de même acceptable. On a découvert un quai où on a fini l'après-midi les pieds dans le lac Champlain. On a trouvé du bois pour faire du feu. On a préparé notre souper avec le petit réchaud de S. On a bu beaucoup de vin et on a parlé longtemps en contemplant les flammes. Le bonheur se trouve parfois dans des gestes très élémentaires. Notre joie et notre excitation en allumant le réchaud vous sembleraient probablement incompréhensibles et pathétiques. Notre fascination devant un gâteau au fromage lyophilisé qui prend forme grâce à un peu d'eau pourrait paraître ridicule de l'extérieur, mais quand on le vit, on se sent comme un enfant qui découvre pour la première fois un Jolly Jumper.
Le lendemain, on a repaqueté nos affaires et on a sacré notre camp - oui, l'expression est choisie, car nous ne sommes pas parties, mais nous avons bel et bien sacré notre camp, ce qui est différent - pour un monde meilleur qui ne sent pas le pipi et où les gens ne sont pas ternes.
La suite de nos aventures dans un prochain billet.
lundi 16 juillet 2012
Soyons légers, c'est l'été
Ce soir, je pourrais écrire un long billet mélancolique, exprimer ma douleur de me languir de lui, qui n'a pas donné de nouvelles depuis son départ, qui je sais est revenu à Montréal, dont je vais attendre un message toute la semaine, lui qui me laisse dans l'attente, et moi qui accours au premier signe de lui. Je pourrais me perdre dans la description de ma dépassion, de mon sentiment d'être vidée de toute passion, d'être dissipée, de ne plus savoir où aller. Mais j'ai peur de t'emmerder, cher lecteur au singulier, car c'est l'été, et l'été, c'est fait pour les frivolités.
J'ai donc décidé d'écrire sur les péripéties aussi surprenantes qu'insignifiantes qui remplissent ma vie depuis une semaine.
La semaine dernière, j'ai eu un accident de voiture. Une copine et moi, on s'en allait gaiement, cheveux et jupe au vent, vers une destination de villégiature excitante, Saint-Hilaire. On s'était mises toutes belles pour l'occasion. Mais notre périple a pris fin à peine sorties de Montréal. On roulait sur l'autoroute, discutant de choses impertinentes, consultant le GPS, regardant nerveusement si on avait pris la bonne sortie, et puis un cri, un gros pick-up, un son aigu de freins, l'odeur du caoutchouc brûlé, le pick-up qui s'approchait trop vite, nous qui arrivions trop vite sur le pick-up et BANG ! Dans le cul du pick-up.
J'ai eu peur. Je voyais le gros derrière de ce pick-up, et je savais qu'on allait direct dedans. Je me suis dit : on va rentrer dedans, et je ne sais pas ce que ça va faire, mais on va rentrer dedans. Je n'ai pas vu ma vie défiler, je n'ai pas eu une dernière pensée pour Monsieur Z, je n'ai pas prié, j'ai juste pensé à ce que ça allait faire quand on allait rentrer dans le cul du pick-up à 90 km à l'heure. Je n'ai même pas crié, ni sacré; j'allais silencieusement vers ma destinée.
Après le choc, je me suis assurée que j'étais encore en vie. Ensuite, je me suis assurée que je n'étais pas blessée. Miracle : on avait survécu au choc, ça avait cogné fort, mes lunettes sont parties en ligne droite dans le pare-brise. Mes premières paroles ont été pour mon amie : "Es-tu correcte?" Mes deuxièmes paroles ont été : "Hostie, il me faut de l'alcool, de l'alcool et vite!" J'étais tendue dans le cou et dans le dos... fallait y remédier.
Bon, l'après-midi était mort, mais la soirée était jeune. Après un joyeux tour de towing (la voiture était scrap), on a décidé de fêter notre survie en allant manger au Petit Alep, un des meilleurs restos de Montréal, à mon sens à moi. Parlant de sens, les miens étaient complètement exacerbés par le choc. C'est comme si mes sens aussi avaient envie de fêter le fait qu'ils sentaient encore. J'étais euphorique et assaillie par l'envie intense de baiser. De baiser pour me sentir encore plus en vie. Ce soir-là, tous les mecs étaient beaux. Bon. À défaut de baiser, j'ai mangé. Je me suis régalée, au-delà du raisonnable je dois dire, des délicieux mets d'Alep. Ce fut une soirée mémorable.
Les moments qui suivent la peur de mourir sont toujours inoubliables. Ils revêtent un sens qu'ils n'auraient pas eu autrement.
Le lendemain, pour fuir la canicule qui allait s'installer sur Montréal, je suis partie me réfugier dans la campagne des Cantons de l'Est, chez ma mère. On est allées au spa. Un après-midi complet, j'ai trempé dans l'eau chaude, dans l'eau froide, et j'ai dormi sur de gros coussins au soleil. J'ai oublié le temps qui passait. J'ai l'oublié, lui. J'ai oublié que j'avais mal. J'ai juste senti mon corps qui se ramollissait.
Samedi, la chaleur était si intense qu'il était impossible de traverser cette journée sans la passer dans l'eau ou à l'air climatisé. N'ayant ni un ni l'autre, j'ai opté pour m'incruster dans le camping à côté de chez ma mère, histoire de profiter de leur lac et de leur piscine. Il y avait un beach party, mais qu'à ne cela ne tienne, j'étais prête à endurer n'importe quoi quitte à avoir mon cul dans l'eau. Ainsi, toute la journée, je me suis tapé une chiée de tounes poches, de ces tounes dont on a honte juste à les entendre.
Voici quelques exemples de ce que j'entends par tounes poches :
Ça
Ça
Et ça
Et le tout, mes amis, entourée de purs douchebags trentenaires qui, auprès de leurs enfants et de leur femme, sirotaient une bière de piètre qualité directement sortie du cooler, ressortant fièrement leur grosse bedaine d'hommes qui boivent de la bière (parce que c'est tellement viril de boire une bière en bedaine, encore plus si elle est grosse), souriant béatement, pour ne pas dire bêtement, au bonheur de la vie simple, vous savez la vie simple, quand le bonheur réside dans les petites choses de la vie telles que boire une bonne Bud pas très fraîche sur le bord d'un lac artificiel trop chaud et plein d'algues et de pipi en compagnie de kids et meuf, les lunettes de soleil de marque sur le nez en regardant la seule jolie fille allongée sur la plage, à savoir : moi.
Et je vous parle pas de la nécessaire et inévitable lifeguard cuty aux cheveux blonds et au teint bronzé qui se pavane avec sa bouée inutile, bombant généreusement le torse, la confiance en soi dans le tapis et heureuse de faire bander les mecs sur son passage.
Bref, que des clichés que j'ai observés. Pourvu que j'étais dans l'eau, tout cela prenait une tournure très romanesque.
Me voilà donc de retour dans mon inertie montréalaise. De retour dans mon marasme. De retour devant mon ordi, à guetter fébrilement ma boîte de déception. À attendre, encore et encore, de ses nouvelles.
J'ai donc décidé d'écrire sur les péripéties aussi surprenantes qu'insignifiantes qui remplissent ma vie depuis une semaine.
La semaine dernière, j'ai eu un accident de voiture. Une copine et moi, on s'en allait gaiement, cheveux et jupe au vent, vers une destination de villégiature excitante, Saint-Hilaire. On s'était mises toutes belles pour l'occasion. Mais notre périple a pris fin à peine sorties de Montréal. On roulait sur l'autoroute, discutant de choses impertinentes, consultant le GPS, regardant nerveusement si on avait pris la bonne sortie, et puis un cri, un gros pick-up, un son aigu de freins, l'odeur du caoutchouc brûlé, le pick-up qui s'approchait trop vite, nous qui arrivions trop vite sur le pick-up et BANG ! Dans le cul du pick-up.
J'ai eu peur. Je voyais le gros derrière de ce pick-up, et je savais qu'on allait direct dedans. Je me suis dit : on va rentrer dedans, et je ne sais pas ce que ça va faire, mais on va rentrer dedans. Je n'ai pas vu ma vie défiler, je n'ai pas eu une dernière pensée pour Monsieur Z, je n'ai pas prié, j'ai juste pensé à ce que ça allait faire quand on allait rentrer dans le cul du pick-up à 90 km à l'heure. Je n'ai même pas crié, ni sacré; j'allais silencieusement vers ma destinée.
Après le choc, je me suis assurée que j'étais encore en vie. Ensuite, je me suis assurée que je n'étais pas blessée. Miracle : on avait survécu au choc, ça avait cogné fort, mes lunettes sont parties en ligne droite dans le pare-brise. Mes premières paroles ont été pour mon amie : "Es-tu correcte?" Mes deuxièmes paroles ont été : "Hostie, il me faut de l'alcool, de l'alcool et vite!" J'étais tendue dans le cou et dans le dos... fallait y remédier.
Bon, l'après-midi était mort, mais la soirée était jeune. Après un joyeux tour de towing (la voiture était scrap), on a décidé de fêter notre survie en allant manger au Petit Alep, un des meilleurs restos de Montréal, à mon sens à moi. Parlant de sens, les miens étaient complètement exacerbés par le choc. C'est comme si mes sens aussi avaient envie de fêter le fait qu'ils sentaient encore. J'étais euphorique et assaillie par l'envie intense de baiser. De baiser pour me sentir encore plus en vie. Ce soir-là, tous les mecs étaient beaux. Bon. À défaut de baiser, j'ai mangé. Je me suis régalée, au-delà du raisonnable je dois dire, des délicieux mets d'Alep. Ce fut une soirée mémorable.
Les moments qui suivent la peur de mourir sont toujours inoubliables. Ils revêtent un sens qu'ils n'auraient pas eu autrement.
Le lendemain, pour fuir la canicule qui allait s'installer sur Montréal, je suis partie me réfugier dans la campagne des Cantons de l'Est, chez ma mère. On est allées au spa. Un après-midi complet, j'ai trempé dans l'eau chaude, dans l'eau froide, et j'ai dormi sur de gros coussins au soleil. J'ai oublié le temps qui passait. J'ai l'oublié, lui. J'ai oublié que j'avais mal. J'ai juste senti mon corps qui se ramollissait.
Samedi, la chaleur était si intense qu'il était impossible de traverser cette journée sans la passer dans l'eau ou à l'air climatisé. N'ayant ni un ni l'autre, j'ai opté pour m'incruster dans le camping à côté de chez ma mère, histoire de profiter de leur lac et de leur piscine. Il y avait un beach party, mais qu'à ne cela ne tienne, j'étais prête à endurer n'importe quoi quitte à avoir mon cul dans l'eau. Ainsi, toute la journée, je me suis tapé une chiée de tounes poches, de ces tounes dont on a honte juste à les entendre.
Voici quelques exemples de ce que j'entends par tounes poches :
Ça
Ça
Et ça
Et le tout, mes amis, entourée de purs douchebags trentenaires qui, auprès de leurs enfants et de leur femme, sirotaient une bière de piètre qualité directement sortie du cooler, ressortant fièrement leur grosse bedaine d'hommes qui boivent de la bière (parce que c'est tellement viril de boire une bière en bedaine, encore plus si elle est grosse), souriant béatement, pour ne pas dire bêtement, au bonheur de la vie simple, vous savez la vie simple, quand le bonheur réside dans les petites choses de la vie telles que boire une bonne Bud pas très fraîche sur le bord d'un lac artificiel trop chaud et plein d'algues et de pipi en compagnie de kids et meuf, les lunettes de soleil de marque sur le nez en regardant la seule jolie fille allongée sur la plage, à savoir : moi.
Et je vous parle pas de la nécessaire et inévitable lifeguard cuty aux cheveux blonds et au teint bronzé qui se pavane avec sa bouée inutile, bombant généreusement le torse, la confiance en soi dans le tapis et heureuse de faire bander les mecs sur son passage.
Bref, que des clichés que j'ai observés. Pourvu que j'étais dans l'eau, tout cela prenait une tournure très romanesque.
Me voilà donc de retour dans mon inertie montréalaise. De retour dans mon marasme. De retour devant mon ordi, à guetter fébrilement ma boîte de déception. À attendre, encore et encore, de ses nouvelles.
mardi 3 juillet 2012
La nuit de la fête du Canada
Pendant que quelques personnes agitaient leur petit drapeau du Canada, dimanche, moi j'étais en train de vivre une journée que je ne suis pas prête à oublier.
La semaine dernière, j'avais passé une si mauvaise semaine que je pense que mon humeur morose rayonnait à des kilomètres à la ronde. Enfin, ce que je veux dire, c'est que, ma face étant un livre ouvert, je m'imagine bien que c'était palpable dès qu'on me parlait.
J'avais rendez-vous avec Monsieur Z pour aller voir le match de foot Italie-Espagne, où d'ailleurs les Italiens ont subi une défaite écrasante, presque humiliante. Quelques secondes avant d'arriver à notre point de rencontre, j'ai eu envie de virer de bord. J'avais peur, encore, peur de lui, de moi, peur de ne pas être la hauteur, de commettre une erreur.
Et puis quand je l'ai vu qui m'attendait, si beau là adossé au mur, je n'ai pas pu résister. Sur une échelle de 1 à ce que vous voudrez, l'attraction a été plus élevée que la peur.
Ainsi, au fur et à mesure que les Italiens se faisaient sauvagement écraser par les Espagnols, un sentiment d'apaisement transformait mon humeur peu à peu. Non pas que je me réjouisse pour les Espagnols; d'abord, le foot, je m'en fous un peu, et puis by the way, moi, je prenais pour l'Italie, histoire de créer un peu d'adversité entre moi et mon sexy compagnon. (La rivalité, ça attise le désir, suffit de lire n'importe quel Harlequin pour y croire. Ceci dit, je ne lis jamais de Harlequin, je préfère le souligner.)
Finalement, j'ai passé une magnifique soirée avec lui, à me balader dans les rues de Montréal, à descendre la rue Saint-Laurent, bloquée par les Espagnols en liesse, à écouter les tam-tam et à flâner au Festival de Jazz. Une nuit d'été montréalaise, de celles qu'on n'oublie jamais, de celles qui nous reviennent en mémoire chaque année et qui finissent par former la définition de ce qu'on entend par "nuit d'été montréalaise" : la ride en vélo dans les rues désertés et silencieuses, la terrasse bondée du Saint-Sulpice, les soirées complètement déjantées qui finissent au levé du soleil, l'odeur des fleurs, l'insouciance généralisée, et j'en passe. Et maintenant, Lui.
J'étais si bien, avec lui, que je pense que mon bien-être rayonnait à des kilomètres à la ronde. Ce que je veux dire, c'est que dans le livre ouvert qu'est ma face, le bonheur devait être palpable, car tout le monde me souriait en me croisant.
Je me suis endormie, confortablement lovée dans ses bras, bien après que le soleil s'est levé.
Cette semaine, j'ai décidé que n'allais pas me laisser sombrer. Je sens un regain d'énergie. Je vais sortir, voir des gens, travailler, manger; bref, je vais essayer de ranimer ma vie, laissée en plan depuis des semaines. Je le sens bien.
La semaine dernière, j'avais passé une si mauvaise semaine que je pense que mon humeur morose rayonnait à des kilomètres à la ronde. Enfin, ce que je veux dire, c'est que, ma face étant un livre ouvert, je m'imagine bien que c'était palpable dès qu'on me parlait.
J'avais rendez-vous avec Monsieur Z pour aller voir le match de foot Italie-Espagne, où d'ailleurs les Italiens ont subi une défaite écrasante, presque humiliante. Quelques secondes avant d'arriver à notre point de rencontre, j'ai eu envie de virer de bord. J'avais peur, encore, peur de lui, de moi, peur de ne pas être la hauteur, de commettre une erreur.
Et puis quand je l'ai vu qui m'attendait, si beau là adossé au mur, je n'ai pas pu résister. Sur une échelle de 1 à ce que vous voudrez, l'attraction a été plus élevée que la peur.
Ainsi, au fur et à mesure que les Italiens se faisaient sauvagement écraser par les Espagnols, un sentiment d'apaisement transformait mon humeur peu à peu. Non pas que je me réjouisse pour les Espagnols; d'abord, le foot, je m'en fous un peu, et puis by the way, moi, je prenais pour l'Italie, histoire de créer un peu d'adversité entre moi et mon sexy compagnon. (La rivalité, ça attise le désir, suffit de lire n'importe quel Harlequin pour y croire. Ceci dit, je ne lis jamais de Harlequin, je préfère le souligner.)
Finalement, j'ai passé une magnifique soirée avec lui, à me balader dans les rues de Montréal, à descendre la rue Saint-Laurent, bloquée par les Espagnols en liesse, à écouter les tam-tam et à flâner au Festival de Jazz. Une nuit d'été montréalaise, de celles qu'on n'oublie jamais, de celles qui nous reviennent en mémoire chaque année et qui finissent par former la définition de ce qu'on entend par "nuit d'été montréalaise" : la ride en vélo dans les rues désertés et silencieuses, la terrasse bondée du Saint-Sulpice, les soirées complètement déjantées qui finissent au levé du soleil, l'odeur des fleurs, l'insouciance généralisée, et j'en passe. Et maintenant, Lui.
J'étais si bien, avec lui, que je pense que mon bien-être rayonnait à des kilomètres à la ronde. Ce que je veux dire, c'est que dans le livre ouvert qu'est ma face, le bonheur devait être palpable, car tout le monde me souriait en me croisant.
Je me suis endormie, confortablement lovée dans ses bras, bien après que le soleil s'est levé.
Cette semaine, j'ai décidé que n'allais pas me laisser sombrer. Je sens un regain d'énergie. Je vais sortir, voir des gens, travailler, manger; bref, je vais essayer de ranimer ma vie, laissée en plan depuis des semaines. Je le sens bien.
mardi 26 juin 2012
La nuit de la Saint-Jean
Dimanche dernier, alors que tout le monde était occupé à taper des pieds et des mains sur fond de folklore québécois afin de bien ancrer en soi son identité sociale, moi j'apprenais à danser la salsa dans ma cuisine en compagnie de Monsieur Z.
Ma tête dans le creux de son bras, mon visage dans son cou, ma main sur son coeur, j'ai passé la nuit à écouter la pluie tomber et à espérer que l'aube n'allait pas se lever.
Les deux jours suivants, je suis restée dans mon lit, à essayer de garder vif en moi le souvenir de cette nuit improbable, si viscéralement attendue. Le nez enfoui dans mes couvertures, j'ai essayé de retrouver son odeur.
Et plus les jours passent, plus cette nuit magnifique se transforme en un songe volatile, dont je tente de récupérer la trace indélébile.
Ma tête dans le creux de son bras, mon visage dans son cou, ma main sur son coeur, j'ai passé la nuit à écouter la pluie tomber et à espérer que l'aube n'allait pas se lever.
Les deux jours suivants, je suis restée dans mon lit, à essayer de garder vif en moi le souvenir de cette nuit improbable, si viscéralement attendue. Le nez enfoui dans mes couvertures, j'ai essayé de retrouver son odeur.
Et plus les jours passent, plus cette nuit magnifique se transforme en un songe volatile, dont je tente de récupérer la trace indélébile.
jeudi 21 juin 2012
Canicule
Hier, c'était une journée pas comme les autres.
D'abord, on annonçait très chaud. Et la promesse a été tenue.
C'est ce matin-là que le grand frère que je n'ai jamais eu a choisi pour m'appeler, de sa contrée lointaine où le vin goûte bon. Appelons-le Monsieur A. Je dis grand frère parce que lorsque je me suis exilée dans son pays, il y a déjà plusieurs années, il a veillé sur moi comme un grand frère peut le faire. Depuis que je suis revenue à Montréal, la distance creuse un fossé entre nous. Mais souvent, il me manque. Ce qu'il y a de bien, avec Monsieur A, c'est qu'on peut parler de tout. Il a une façon de concevoir le monde qui dédramatise la détresse. Je n'ai pas su retrouver quelqu'un comme lui ici.
Et puis j'avais rendez-vous le soir même avec Monsieur Z. Oui, il m'a finalement écrit. Nous sommes allés marcher près du fleuve. Malgré la canicule, on y était bien : le vent dans les arbres, le bruit des feuilles, les pieds dans l'eau, la magnifique vue sur les lumières de Montréal par une chaude nuit d'été. Et lui à côté de moi. Quand il est à côté de moi, le temps s'arrête.
Il ne veut pas se poser de questions. Moi non plus. Pourquoi se priver d'un moment de bonheur quand il s'offre à nous, sous prétexte qu'on ne sait pas ? La vérité, c'est qu'on ne peut pas savoir, et quand on pense savoir, on ne sait pas plus. La seule chose qui compte, c'est le présent.
Je n'ai jamais autant ressenti ce présent que lorsqu'il m'a embrassée. Ça a peut-être duré quinze minutes, ou deux heures, je ne me souviens plus.
Et j'ai eu très chaud.
D'abord, on annonçait très chaud. Et la promesse a été tenue.
C'est ce matin-là que le grand frère que je n'ai jamais eu a choisi pour m'appeler, de sa contrée lointaine où le vin goûte bon. Appelons-le Monsieur A. Je dis grand frère parce que lorsque je me suis exilée dans son pays, il y a déjà plusieurs années, il a veillé sur moi comme un grand frère peut le faire. Depuis que je suis revenue à Montréal, la distance creuse un fossé entre nous. Mais souvent, il me manque. Ce qu'il y a de bien, avec Monsieur A, c'est qu'on peut parler de tout. Il a une façon de concevoir le monde qui dédramatise la détresse. Je n'ai pas su retrouver quelqu'un comme lui ici.
Et puis j'avais rendez-vous le soir même avec Monsieur Z. Oui, il m'a finalement écrit. Nous sommes allés marcher près du fleuve. Malgré la canicule, on y était bien : le vent dans les arbres, le bruit des feuilles, les pieds dans l'eau, la magnifique vue sur les lumières de Montréal par une chaude nuit d'été. Et lui à côté de moi. Quand il est à côté de moi, le temps s'arrête.
Il ne veut pas se poser de questions. Moi non plus. Pourquoi se priver d'un moment de bonheur quand il s'offre à nous, sous prétexte qu'on ne sait pas ? La vérité, c'est qu'on ne peut pas savoir, et quand on pense savoir, on ne sait pas plus. La seule chose qui compte, c'est le présent.
Je n'ai jamais autant ressenti ce présent que lorsqu'il m'a embrassée. Ça a peut-être duré quinze minutes, ou deux heures, je ne me souviens plus.
Et j'ai eu très chaud.
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