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dimanche 4 janvier 2015

La nostalgie de cette fois-là

Ce matin, je me suis réveillée avec un vague sentiment de nostalgie.

La nostalgie de quand j'ai commencé ce blogue.

La nostalgie de quand j'avais quelque chose à écrire. Avec passion, avec haine, avec sentiments violents.

La nostalgie de ma houleuse et destructrice histoire avec Monsieur Z, qui me hantera, je pense bien, à vie (si tu savais, cher lecteur au singulier, si tu savais).

La nostalgie de l'équation A, car il faut bien le dire, j'ai atteint désormais et depuis un bon bout de temps l'équation B.

Je me sens aujourd'hui sereine et paisible, enveloppée d'une chaleureuse, tendre et amoureuse relation avec Mon Simon, aka Force tranquille.

Comme on le dit souvent, les gens heureux n'ont pas d'histoires.

C'est même pas vrai. J'en ai, des histoires.

J'ai des histoires de bureau. Je pourrais vous parler de mon boss qui m'aime pas (même si je travaille de la maison). Je pourrais vous parler de mon cycle d'ovulation. Je pourrais vous parler de mon amie S, ma best, qui est finalement revenue de son tour du monde et qui a enfanté avec l'homme de sa vie, à quelques rues de chez moi. Je pourrais vous parler des lectures surprenantes que je fais, de mes réflexions de marde, du non-sens de ce que je constate dans la vie, de la série Les Tudor, de mon amour dévorant pour la nourriture, de Mon Simon, de ma nouvelle amie et collègue C, et j'en passe et j'en passe.

Par contre, n'attendez plus de moi le récit de mes fameuses aventures avec les hommes qui donnent pas de nouvelles. J'ai donné, merci.

Mais ce matin, j'ai repensé à un moment extraordinaire dans ma vie. Un tout petit moment de rien du tout, qui est revenu comme une vague chaude du Pacifique me réchauffer l'âme alors que je me réveillais dans la grisaille insipide de cette journée de janvier.

Je ne vous l'ai peut-être jamais dit, mais à l'ère de l'équation A, en 2012, en pleine effervescence de mon amour imaginaire, j'étais partie souffler un peu au Costa Rica et au Panama. J'étais partie deux semaines, avec une cohorte de six jeunes adultes qui venaient de partout dans le monde. On avait commencé notre périple à San Jose pour le terminer à Panama City. Entre-temps, on s'est fait les Antilles, la Cordillère des Andes, et une plage de rêve sur le bord du Pacifique, à Santa Catalina plus précisément, côte ouest du Panama, lieu hautement isolé où seuls se rendent des surfeurs en manque de lieux non envahis par les touristes/hôtels/fast-food.

Que la jungle, la mer, le sable, des hamacs et deux-trois cabanes en bois remplies de geckos et de scorpions.

Et un petit restaurant sous un paillasson.

A marée haute, la mer touchait presque le seuil de notre cabane.

Le village le plus proche se situait à deux heures de route.

Et là, je m'étais mise à flipper.

Et si.

Et si je me faisais piquer par un scorpion ?
Et si je pognais la malaria ?
Et si ces vagues énormes du Pacifique m'emportaient pour toujours?
Et si le Grand Requin Blanc me croquait ?

La nuit je ne dormais pas. Je me mettais en boule, j'écoutais le chant des geckos et j'hallucinais des scorpions grouillant sur mes jambes. Le matin, je faisais l'inventaire de mes piqûres de moustique et calculais rapidement mon ratio piqûres-risque de contracter la malaria.

Et puis une journée, alors que je lisais un livre quelconque allongée sous l'ombre divine des palmiers pendant que le reste de la cohorte, folle et insouciante, s'adonnait à des activités dangereuses, comme faire du surf, un beau Panaméen du coin, d'un âge approximatif entre 19 et 28 ans (impossible à déterminer), m'a offert une noix de coco dans laquelle il avait plongé une paille. Il m'a offert le fruit du lâcher prise.

Je l'ai consommée, heureuse et pâmée, et mon angoisse a peu à peu cédé la place à une légère joie de vivre typiquement «Sud», alimentée par le vue de cette jeune beauté panaméenne, bien décidée à «prendre soin» de moi.

Ce gentleman d'un âge obscur était en fait instructeur de surf. Et là, je me suis dit : Pourquoi pas.

Je suis allée quérir auprès de lui des leçons de surf.

Il m'a appris, sur le sable, à pagayer et à me lever rapidement sur la planche. Après quelques simulations, j'étais prête à affronter ma première vague.

Je n'avais que deux conditions.
1. Qu'on aille à un endroit où j'aurais toujours pied.
2. Qu'il ne m'amène pas dans les grosses vagues, celles qui sont loin derrière.

Je ne m'en suis même pas rendu compte que 10 minutes tard j'étais dans les grosses vagues derrière, là où je n'avais plus pied. Je voyais les vagues foncer sur moi tels des murs d'eau. Avec Beau Panaméen de l'autre côté de la planche, c'était aussi enivrant qu'une rangée de shooter de Tequila.

Je sais que vous ne me croirez pas, mais c'est la pure vérité. Quand la bonne vague est arrivée, je me suis levée d'un coup sur la planche et j'ai surfé sur la vague sur plusieurs mètres, presque que jusqu'à la plage.

C'était si bon, si grisant, si planant.

Moi qui m'étais toujours dit que du surf, je ne ferais jamais ça, moi qui sais à peine nager, qui ai peur dans une piscine:

Je ridais une vague du Pacifique.

C'était si court, mais inoubliable.

Un des ces rares moments où on se trouve parfaitement dans le moment présent, en adéquation avec lui.

J'ai fini par tomber dans l'eau. L'eau était chaude. C'était une chute agréable.

La seule chose que j'ai voulu, en me relevant, endolorie, c'était retourner dans les grosses vagues en arrière, là où je n'avais pas pied. Et recommencer, encore et encore, jusqu'à l'épuisement.

C'est à ça que j'ai pensé, ce matin, en me réveillant dans la grisaille de janvier.

J'ai pensé que ces moments sont rares et qu'il faut s'en souvenir pour toujours, les faire durer dans notre esprit le plus longtemps possible. J'ai voulu retourner dans le passé et faire revivre cette chaude ride dans le Pacifique.

J'y pense, et je me dis que Beau Panaméen est sûrement encore aujourd'hui en train d'offrir ses noix de coco et ses leçons de surf à de jeunes touristes, au soleil, sur sa plage paradisiaque, dans son pays loin là-bas.

Moi, j'aurai consacré ma journée à me souvenir de ce moment-là.

jeudi 2 août 2012

Les aventures de deux trentenaires célibataires à Burlington - Partie II : L'enchantement

Nous sommes arrivées, donc, dans notre nouveau camping, facilement accessible par un bus de Burlington.

Comme nous avions vu le pire, cet endroit nous a paru un véritable lieu d'enchantement : la petite cabane coquette en bois rustique de l'accueil; le charmant monsieur jovial au comptoir; l'emplacement pour la tente, entouré de verdure bucolique, visité par un magnifique cardinal et son harem de femelles; nos voisins, de vrais voyageurs qui aiment le vrai camping, curieux, aimables comme tout, souriants et sympathiques par-dessus le marché. Ainsi, on s'est vite fait des amis, à commencer par Max, leur fils de 10 ans, qui n'avait pas froid aux yeux et qui s'est mis à nous parler comme si on était ses amies de longue date. D'ailleurs, le petit, il parlait à tout le monde autour de lui, s'incrustait dans les activités des autres campeurs, comme si cela allait de soi. Comme j'aurais aimé avoir ce culot dans ma jeunesse ! Ma solitude m'aurait peut-être moins pesé. Bref, il était si mignon que tout le monde l'accueillait avec grand plaisir.

Cette journée-là, nous sommes allées traîner à Burlington, où ma mère venait nous rejoindre. Il y avait un marché public avec des dégustations, des produits du Vermont et de la bouffe de rue. On s'est délectées de samoussas épicés et de tartes aux bleuets. On a mangé du regard tous les produits offerts, et je me suis dit que dans le monde entier on entretenait un bien mauvais cliché quant à l'excès de malbouffe aux States. Bon d'accord, cette réalité est vraie, on ne peut la nier; cependant, il ne faudrait pas oublier que les Étatsuniens, du moins ceux de la Nouvelle-Angleterre, sont adeptes des produits de leur terroir, et se passionnent pour les aliments de qualité.

Et puis on a magasiné, notamment dans les friperies, où je me suis dégoté une jolie robe de style rétro pour moins que rien si l'on compare le prix qu'elle valait à l'origine (oui, je suis allée voir sur Internet). J'avais hâte de trouver une occasion de la porter. Ça s'est présenté hier, mais malheureusement, mon compagnon n'a pas succombé au charme irrésistible de cette robe.

Passons.

Et donc : un marché, une friperie, une promenade avec ma mère et S., et je suis comblée de bonheur.

Le soir même, après un petit apéro au vin blanc chaud, épuisées par nos déplacements et notre longue promenade, nous nous sommes lancées dans la piscine du camping sous la lune éclatante.

Le lendemain, pour notre dernière journée, nous avons erré au marché d'artisanat installé au village à côté, Shelburne. Il se trouve que nos sympathiques voisins de camping étaient des artisans venus là pour présenter leurs oeuvres. C'est leur vie : travailler leurs oeuvres et parcourir les routes pour les présenter dans des marchés; dormir à la belle étoile; partir, toujours partir. Il y a quelque chose de romantique à cette vie. Ça m'a fait rêver. Ils avaient l'air si heureux !

Le marché était énorme et occupé par une pléthore de beaux mecs. Ils sont où les beaux mecs aux States ? Dans les marchés; croyez-moi. On en a croisé un en particulier, qui s'avérait en fait notre autre voisin de camping, celui d'en face. Lui, il fait de la poterie. Un beau jeune homme qui fait de la poterie, ça fait pas se pâmer un peu, ça ?

Il y avait un espace dédié à la dégustation d'alcool. On a essayé tous les stands. Tous. La vie est trop belle. Ensuite, histoire d'absorber tout cet alcool, nous avons assailli l'espace réservé à la restauration, spécialisée dans les produits locaux. J'ai mangé un lobster roll, un genre de hot-dog grillé fourré avec du stuff au homard. Et puis une pizza roquette-chèvre-betterave, et une autre pêche-bleu-roquette, à tomber par terre. Et pour finir, une salade de roquette avec canneberges, bleu, amandes et vinaigrette au sirop d'érable. De quoi mourir de délice.

On a terminé la soirée devant un feu, avec guimauves grillées. Et puis notre beau voisin d'en face, Alexander, est arrivé et s'est fait un feu. Il était seul. J'avais envie de lui parler. Je suis allée le voir, puisant un peu de courage je ne sais où en moi, je lui ai fait la conversation un petit peu et il est venu s'installer avec nous près de notre feu. On a parlé, regardé les étoiles, la lune; on se sentait bien près de lui. Il nous a donné chacune une poterie. Magnifique souvenir de cette épopée à Burlington. Le périple ne pouvait mieux se terminer. On a pensé qu'il a dû penser qu'on était lesbiennes. Mais c'est pas grave. Il nous a laissé son adresse, postale et électronique. Il a dit qu'il aimerait bien qu'on aille le voir à Clinton. On a dit qu'on aimerait bien le voir à Montréal. De vagues projets se sont dessinés. On ne se reverra pourtant jamais.

Le lendemain, il partait, et nous aussi. On s'est fait une accolade. Non, les Étatsuniens n'embrassent pas sur la joue; ils te prennent directement dans leurs bras. Frissons.


mardi 31 juillet 2012

Les aventures de deux trentenaires célibataires à Burlington - Partie I : Le camping de la désolation

Je m'étais dit que j'avais besoin d'aventure. Vous savez, aventure comme dans partir en backpacking ? Bon, pas très loin, pas très longtemps, d'accord. Mais le backpacking, contrairement au voyage planifié, avec hôtel réservé, trajet tracé et voiture remplie à ras bord de bagages pour être certain de ne manquer de rien, permet de déconnecter complètement, de sortir de la réalité, de vivre le quotidien autrement en nous ramenant à des besoins de base, comme trouver une endroit où dormir, faire à manger et faire du feu.

Jamais je ne m'étais sentie aussi heureuse que la fois où, à 23 ans, j'étais partie trois mois en France et en Espagne avec ma tente, à errer entre la Bretagne, la Corse et Séville, à dormir dans les trains et à aller où me portaient mes humeurs. Ma vie se résumait à cela : partir, prendre un train, trouver un terrain de camping, manger, visiter des lieux, ou plutôt vivre des lieux. Dans cette vie, il n'y a pas d'avenir, pas de passé; le présent est l'unique façon d'exister. On se sent jeune, on se sent libre, on sent que tout est possible.

J'avais réitéré l'expérience à 25 ans (moins longtemps, deux semaines) pour traverser l'Ouest canadien avec Monsieur M. C'était comme un voyage de noces. On faisait du stop, on dormait dans les cars, et le temps n'existait plus.

Aujourd'hui, je n'ai plus vraiment l'occasion de partir comme ça. À 31 ans, les choses changent. Déjà, on se sent moins forts pour transporter un sac de 20 kilos sur notre dos. Et puis la vie nous amène à faire des choix, comme se poser, structurer sa vie, payer ses dettes d'études, avoir un emploi et le garder, mettre de l'argent de côté. Tout cela finit par sembler plus important que l'errance, parce qu'on se voit vieillir, et on veut être autonomes. Mais voilà, cette époque d'insouciance et d'aventure me manque, me rend parfois nostalgique.

Bref, j'ai eu envie d'aventure, ce qui est toujours une bonne thérapie contre l'engourdissement cérébral et physique.

Ça tombait bien, parce que justement mon amie S. m'a demandé si j'avais envie de partir avec elle en camping à Burlington. Que oui. Et quelle aventure ce fut.

Et donc on a paqueté nos bagages et on a sauté dans un car qui nous amenait directement à Burlington.

Se retrouver perdues dans une ville qu'on ne connaît pas. Demander notre chemin. Chercher le bon autobus qui nous amène au bon camping. Susciter le regard des passants. Parfois de beaux passants, nous renvoyant des regards complices; deux filles qui voyagent avec un sac aussi gros qu'elles sur le dos, ça attire l'oeil et l'admiration. Et la sympathie des gens.

Comme les lois de l'aventure l'exigent, le camping dans lequel nous voulions passer notre séjour était plein. Oh, je vous rassure : j'avais appelé et écrit avant de partir, mais je n'ai jamais eu de réponse. Je n'ai jamais pu réserver, mais on s'était dit que la chance serait de notre côté. Elle ne l'a pas été. Soit.

On s'est alors retrouvées dans le pire camping que j'aie vu de ma vie. Sans blague. Très loin de Burlington en plus. Impossible de s'y rendre à pied ou même en vélo ou en bus. C'est un taxi qui nous y a menées, et ça a coûté cher. On était prises là. Pas d'autre choix possible, et puis la fatigue commençait à nous gagner.

Un camping tout moche, du type "parking à roulottes", dont la clientèle se caractérise par un manque de goût flagrant tant dans choix de la déco de sa roulotte que dans sa façon d'interpréter le savoir-vivre. À l'accueil, dans une espèce de cabane en bois compressé qui puait le vieux pipi, un rouquin nous a accueillies de son regard terne et empreint d'une indifférence profonde pour la vie en général.

Les toilettes étaient dégueulasses. D'une propreté plus que douteuse. Il n'y avait pas de savon et le sèche-mains ne fonctionnait pas. Je n'ai même pas pris de douche. J'ai préféré rester dans mon odeur de swing. La plage mentionnée dans le dépliant en tant qu'un atout du site s'est révélée un carré de boue de six mètres carrés dans lequel barbotaient quelques enfants. Pas de village près; pas de magasins. De l'atmosphère du camping se dégageaient des notes de désespoir, de pauvreté, comme celles qui émanent d'un lieu où on n'est que de passage, où on arrive tard la nuit et d'où on repart tôt le matin, comme ces motels vétustes et tristes qui jonchent le bord des autoroutes.

On s'est senties abattues, mais à la fois euphoriques. On a tellement ri qu'on a fini par pleurer. Ou on a tellement pleuré qu'on a fini par rire. Je ne sais plus très bien dans quel ordre.

Bonne nouvelle, il y avait une piscine, et notre emplacement pour la tente était tout de même acceptable. On a découvert un quai où on a fini l'après-midi les pieds dans le lac Champlain. On a trouvé du bois pour faire du feu. On a préparé notre souper avec le petit réchaud de S. On a bu beaucoup de vin et on a parlé longtemps en contemplant les flammes. Le bonheur se trouve parfois dans des gestes très élémentaires. Notre joie et notre excitation en allumant le réchaud vous sembleraient probablement incompréhensibles et pathétiques. Notre fascination devant un gâteau au fromage lyophilisé qui prend forme grâce à un peu d'eau pourrait paraître ridicule de l'extérieur, mais quand on le vit, on se sent comme un enfant qui découvre pour la première fois un Jolly Jumper.

Le lendemain, on a repaqueté nos affaires et on a sacré notre camp - oui, l'expression est choisie, car nous ne sommes pas parties, mais nous avons bel et bien sacré notre camp, ce qui est différent - pour un monde meilleur qui ne sent pas le pipi et où les gens ne sont pas ternes.

La suite de nos aventures dans un prochain billet.