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samedi 8 septembre 2012

Lettre à Monsieur Z

Cher Monsieur Z,

Je te déteste.

Je me secoue violemment la tête pour que tu en sortes. Mais il n'y a rien à faire. Ton visage reviens me hanter constamment, et encore plus lorsque je suis avec un autre homme.

Que m'as-tu fait ? Quel poison as-tu injecté dans mon corps pour que tu m'obsèdes ainsi, même après ces mois séparation où je n'ai même pas eu une seule de tes nouvelles ?

En vérité, tu ne m'as rien fait. Tu n'as qu'été l'objet de mes constructions imaginaires, que j'ai érigées en un mirage ténu faisant miroiter dans ma vie chancelante mon amour et mon désir pour toi.

Un mirage dont la réalité est aussi tangible que la matière des trous noirs.

Notre relation n'a été qu'une fiction. Je ne suis pas certaine de t'avoir rencontré, d'avoir rencontré le vrai Monsieur Z, celui qui pense et qui vit. Je n'ai rencontré que l'homme que j'ai créé, celui que je voulais que tu sois, et que tu n'es pourtant pas.

Tu n'as pas été à sa hauteur. Tu m'as déçue, blessée.

Et c'est non pas à toi que je m'adresse, mais à cet homme protagoniste, héros de mon propre récit.

Monsieur Z, laisse-moi tranquille maintenant. Sors de moi. Sors de mon corps. Va-t'en.

Tu m'as permis d'amortir ma chute dans les abîmes, de la même façon qu'un parachute empêche un corps de se fracasser contre le sol. Tu m'as aidée à garder la tête tournée vers la lumière, vers ta beauté.

Mais c'est fini maintenant. Je suis revenue sur terre. Je n'ai plus besoin de toi. Get out of my fucking life.

Je veux apprendre à aimer autrement. À aimer sans souffrir. À aimer à l'extérieur de mes constructions imaginaires. À aimer une personne réelle. À aimer dans la réalité.

Fous le camp de mes pensées; tu ne fais que me rappeler que je ne sais aimer que dans la folie.

J'essaie de t'oublier. J'essaie de connaître d'autres expériences moins douloureuses dans les bras d'autres hommes.

Et quand je passe du bon temps avec Monsieur Math, quand il m'embrasse, c'est ton visage qui vient me voiler les yeux. C'est toi que je veux. C'est un fantasme que je veux.

Je veux l'impossible, l'insaisissable.

Quand ton visage me vient à l'esprit, dans ces moments-là, je comprends mieux pourquoi l'amour me fait souffrir.

Monsieur Math est trop vrai. Il est là, réel. Il pourrait me rendre heureuse. Il pourrait m'aimer.

Sauf que je ne l'ai pas construit. Il ne m'obsède pas.

Tu me fais chier. Monsieur Z, décalice de ma vie. Je ne veux plus de toi. J'ai choisi de ne plus souffrir.

Mais une partie de moi continue de s'accrocher à cette idée fausse que l'amour, c'est ce que j'ai connu avec toi.

Monsieur Z, je te déteste.

lundi 13 août 2012

Vagabondage

Doux balancement du métro.

Musique dans les oreilles.

Mon esprit vagabonde. Les gens autour de moi s'évaporent dans les limites diffuses de ma conscience.

Plus loin, debout, un jeune homme.

Beau. Blond. Aux cheveux longs. Aux lunettes rondes.

Mes yeux le détaillent. Je le trouve séduisant. Il a de belles mains. Une belle bouche.

Je pense que ce serait mon type d'homme. Un côté intello, assaisonné d'un caractère sportif-nature. Le genre de gars qui t'emmène marcher en forêt, avec qui tu passes de belles soirées en camping, avec qui tu peux discuter de tout, approfondir les sujets, mais toujours avec légèreté, simplicité et humour. Le genre de gars amoureux, affectueux, sans être mielleux.

Ensemble, on serait bien. Je serais comblée. Je me vois, sourire aux lèvres, à ses côtés. Et on aura des enfants, bien sûr. On en aura trois, en tout. Je suis sa femme, je le rends heureux. On prend beaucoup de plaisir à recevoir nos nombreux amis, parce que lui, son plaisir, c'est de donner et de faire plaisir aux gens qu'il aime. Il rit beaucoup. Il rit tout le temps. Son rire est apaisant. De ses yeux jaillit en permanence l'étincelle de ceux qui dévorent la vie à pleines dents. Il me communique son bonheur. Il me regarde souvent avec complicité, de son sourire contagieux. Nos enfants grandissent, leurs boucles blondes finissent par prendre une teinte plus châtaine.

Il m'aime et m'admire.

Une vie de bonheur s'écoule.

Sentant mon regard persistant sur lui, il se retourne, me voit, me fait un semi-sourire pincé tout en haussant les sourcils, l'air de me dire : "Tu veux ma photo?" ou peut-être bien : "Je te plais ? C'est ça ?"

Et il sort à la station suivante.

Je secoue ma tête; je me ressaisis. Les gens autour de moi commencent à regagner progressivement le champ de ma conscience. La réalité se réinstalle crûment, avec ses néons, le bruit des portes qui s'ouvrent et se referment, le son du train sur les rails, les visages abrutis et indolents des gens qui attendent de descendre.

Je suis rendue à destination. Je me lève, je sors, le pas léger, le regard brillant, le visage lumineux, esquissant le sourire de celles qui viennent de passer une nuit avec leur amant.

Entre les stations Frontenac et Berri-UQAM, j'ai vécu une longue et poignante histoire d'amour. 

mercredi 25 juillet 2012

Défectuosité

Voilà presque une semaine que j'ai mis un terme à cette relation passionnée que j'entretenais avec Monsieur Z. J'ai pris le temps de réfléchir à ce qui s'est passé... mais je ne comprends toujours pas.

Déjà, je m'étais mis en tête que, pendant ses vacances, il aurait voulu passer du temps avec moi. J'ai cru, fermement et naïvement, qu'il en aurait profité pour faire avec moi certaines activités dont je lui avais beaucoup parlé, telles que faire du vélo au bord du Canal Lachine, aller voir les lotus en fleur au Jardin Botanique, pique-niquer au parc Maisonneuve, visiter Hochelaga et ses trésors cachés. Je me suis pris une claque au visage quand j'ai su qu'il s'était pris un billet d'avion pour aller retrouver son ex.

Il m'a dit : "Ne t'inquiète pas". "On se voit à mon retour". "Tu es belle." "Je suis bien avec toi." "Je veux que tu sois heureuse."

Il m'a embrassée passionnément, affectueusement, et j'ai alors pensé qu'il y avait peut-être quelque chose en plus, un petit truc qui était en train de resserrer de notre relation, de l'amener au-delà du simple "on baise et on se donne des nouvelles, on garde contact", j'ai senti de l'attachement...

Toute la semaine, j'ai pensé à lui. J'avais hâte de le revoir. Après, il avait une autre semaine de vacances. Probablement que pour celle-là, il avait prévu au moins une journée avec moi (que j'ai pensé, dans ma tête tourmentée d'incorrigible romantique-névrosée-obsessive-passionnée-intense). Le lundi de son retour, j'ai même cherché les vols et essayé de voir dans quel avion il aurait pu être. J'ai commencé à penser, à ce moment-là exactement, que la névrose était en train de s'emparer de moi au-delà du raisonnable.

Le lendemain, pas de nouvelles. Le surlendemain, pas de nouvelles. Normal, il faut bien qu'il prenne le temps de revenir (que j'essayais de me convaincre). J'ai fait beaucoup de vélo pour passer le temps. Je suis allée loin; au parc de la Visitation, à Verdun, au bord du fleuve, j'ai fait des aller-retour sans m'arrêter, en pleine chaleur, à peine 5 minutes pour boire. J'ai pédalé fort, en pleurant, en pleurant de découvrir qu'il n'avait pas aussi hâte que moi de me voir. En pleurant d'être aussi tendue dans mon attente angoissée, impuissante, sans que je sois capable d'en sortir, paralysée par la possibilité de le revoir bientôt, par cette éventualité imaginaire qui, de minute en minute, ne se concrétisait pas.

Je m'étais fait de stupides attentes. Erreur suprême.

Je lui ai écrit. Jeudi, on se fait le Canal Lachine à vélo. Réponse : désolé, j'ai autre chose.

Je lui récris : vendredi alors, je te fais un souper, avec un dessert, je fais tout, tu fais rien, je donne tout, tu donnes rien. Réponse le vendredi après-midi : j'ai autre chose. La semaine prochaine, peut-être?

Ça faisait déjà deux semaines que je vivais dans l'attente angoissée, dans l'espoir de le revoir, dans la fébrilité, l'anxiété, la nervosité... j'ai craqué. C'était plus que mon corps et mon esprit pouvaient en prendre. Trop. La goutte qui fait déborder l'hostie de vase de boue. Attendre une autre semaine. Sans même qu'il cherche un moment plus proche pour me voir. Avec, entre les lignes, cette sorte d'indifférence, cette froide distance. Ça a été trop. J'ai craqué.

Je l'ai appelé. J'aurais aimé ça te voir bien avant. La semaine prochaine, c'est loin. Réponse : Ne le prends pas personnellement. Je n'ai donné de nouvelles à personne. Moi : Oui, mais quand même, je m'attendais à plus, tu m'as dit qu'on allait se voir à ton retour, pas deux semaines après ton retour, tu avais l'air attaché, J'ai pensé qu'il y avait plus que rien. Lui : Il y a plus que rien, mais il y a moins que plus. Je suis désolé, les autres filles savent s'en contenter. Moi : mais je ne suis pas les autres filles. Je suis moi. Et cela ne me convient pas. Tu me donnes quelque chose d'exceptionnel, tu es si tendre, si doux, et ensuite je n'ai plus de nouvelles, tu sembles m'éviter, tu es froid. C'est ambigu. Je n'ai pas envie de miettes. Je suis une passionnée, il faut que je consomme jusqu'au bout. C'est tout, ou sinon je préfère rien. Lui : Je n'ai pas voulu te blesser. Je t'avais dit que je ne voulais pas de relation sérieuse. Moi : Eh bien pour moi, "non sérieux" ne signifie pas nécessairement fuckfriends, à l'occasion, quand ça t'adonne. J'ai besoin de consommer jusqu'au bout ce désir pour toi, même si ça ne dure que deux mois. J'ai besoin que tu aies envie de me voir. Ça ne me convient pas. Je préfère qu'on cesse cette relation. Lui : C'est peut-être mieux comme ça. On va continuer à se voir quand même ? Moi : Non. Je dois prendre du recul. Lui : C'est dommage.

Oui, c'est dommage, mais je pense que c'était le mieux que je puisse faire pour garder en état mon équilibre mental.

Pourtant, je regrette un peu. Ce Monsieur Z me donnait quelque chose que je n'ai jamais trouvé chez un homme. Il était spécial pour moi. Il était extraordinaire.

On dirait que tout est de ma faute. Que je me prive d'une chose, d'un rêve, d,un bonheur à cause d'un handicap émotionnel. Je suis trop gourmande. Trop romantique. Trop intense. Trop toute. Je me donne jusqu'au bout. Je me donne même lorsque je n'ai plus rien à donner. Je donne même quand je ne reçois rien. Je donne jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de moi. Je me vide de ma substance, et quand il ne reste que ma peau, je n'ai plus qu'à m'étendre à terre pour servir de carpette.

C'est dans ce schéma que j'allais tomber. J'ai mis un frein avant de me détruire complètement. Avant d'être réduite en une boue abjecte et de devoir me reconstruire de A à Z. Encore et encore.

Je suis fière, parce que j'ai vu le désastre arriver, et je n'ai pas laissé faire. J'ai été forte. Je me suis  respectée.

Mais je m'en veux, je me déteste, je hais cette défectuosité, cette fragilité, cette vulnérabilité, ancrée profondément en moi, qui m'empêche de vivre ce qui aurait pu être un moment inoubliable avec Monsieur Z. Je préfère n'avoir rien que des miettes.

Je me sens déjà plus légère. J'essaie de remplir ma vie de toutes les façons possibles. J'essaie de l'oublier.

J'essaie de trouver les ressources qui feront de moi une amoureuse, une maîtresse, une romantique plus forte.

vendredi 29 juin 2012

Dans le désert

Je viens de traverser cette semaine de la même façon que l'on traverse un long désert aride. La bouche sèche, le soleil de plomb qui rend difficile chaque mouvement, les nuits froides et opaques qui nous font sentir seuls au monde.

Un désert aride que seul le sommeil a pu vaincre. J'ai dormi, la nuit, le jour; j'ai dormi tant que j'ai pu, incapable du moindre mouvement. Le corps endolori, l'incapacité d'entreprendre quelque action ce soit, je me suis réfugiée dans mon lit en attendant que l'orage passe. J'ai voulu pleurer, mais rien n'est sorti. Alors j'ai dormi.

Le problème, c'est que, tout d'un coup, j'ai regardé devant moi. Il ne faut pas que je regarde devant moi. Quand je le fais, je ne vois pas d'issue, je me sens prise à la gorge. Financièrement, affectivement, professionnellement, toute le kit. Je me suis sentie seule, impuissante. Seule avec mon désespoir et cette douleur lancinante de savoir que je venais de m'embarquer dans une relation qui m'apporterait beaucoup d'incertitude, d'attente et d'angoisse (fucking équation A). En échange de quelques courts moments dans ses bras.

J'aurais dû prévoir le coup. J'ai pensé que j'étais plus forte, maintenant. Il faudrait quand même qu'il y ait un avantage à la trentaine: la sagesse. Mais je me suis trompée. Dès que je passe la nuit dans les bras d'un homme, j'ai mal les jours qui suivent. J'attends de ses nouvelles. J'attends, je rumine, je m'énerve, je me dis qu'il ne me redonnera pas de nouvelles, que je ne vaux rien, que je ne suis pas assez intéressante pour le retenir près de moi. Et puis je me fâche contre lui, je me dis qu'il est comme les autres (un pur salaud), alors que je le croyais différent, qu'il est comme les autres et que probablement il ne pense déjà plus à moi.

Je ne fais pas partie de sa vie. Je ne serai pour lui jamais autre chose qu'un divertissement occasionnel. Il me réserve ses journées vides, quand il n'a personne à voir. Vous savez, ces journées vides remplies de la seule certitude qu'on ne rencontrera personne. Celles-là, il veut bien les passer avec moi.

Et puis, à la force, je finis par me détester d'accorder autant d'importance à ce dont lui se fout éperdument, à savoir nous deux, ensemble. Mes pensées, ma vie entière, sont tendues vers cet unique et éphémère moment de rencontre, friable comme du papier parchemin trop usé, si fugitif qu'il en devient irréel. Je n'existe qu'à travers ces courts moments qui m'échappent de la même façon que le sable coule entre les doigts de la main lorsqu'on tente de le saisir.

Je n'existe qu'à travers des songes. Et le reste du temps, je rêve de ces songes. Aussi bien dire que mon existence ne repose que sur du vide, ou du moins sur un plancher de verre mince sous lequel s'étend un gouffre insondable.

Et je m'en veux chaque fois. Je voudrais être différente, être une autre.

J'aurai beau tout détruire autour de moi, casser toutes les assiettes de mes armoires, crier à tue-tête jusqu'à en perdre la voix; j'aurai beau courir jusqu'à ne plus sentir mes jambe, pleurer jusqu'à la nausée; le problème est que je serai toujours prise avec moi-même, "pognée" à souffrir à chacune de mes aventures. Je ne pourrai pas sortir de moi, prendre un break, me mettre de côté...

Je m'énerve moi-même.

Je suis censée le voir ce week-end, mais ma peur est si grande que je me demande si je ne devrais pas arrêter ça là.

mardi 26 juin 2012

L'histoire sans fin d'un amour imaginaire - Partie 3 : L'anniversaire

Je vous avais dit que j'allais poursuivre cette fameuse histoire de Monsieur Z, mon amour imaginaire.

Quand je suis revenue de voyage, Monsieur Z m'a invitée à sa soirée d'anniversaire. C'était à la fin mars. Après avoir dansé jusqu'à la fermeture des bars, nous nous sommes retrouvés, seul à seule, dans sa chambre, à discuter de littérature. Nous étions assis sur son lit. Il m'a fait lire un poème de Verlaine. Je ne sais pas comment j'ai fait pour me maîtriser, mais bien qu'il m'ait invitée à dormir chez lui, je suis partie chez moi, dans le froid polaire de ce mois de mars.

Deux jours plus tard, j'ai provoqué la rupture entre mon ex (Monsieur M) et moi. J'ai compris que, pour me laisser aller dans la puissance d'un tel désir qui se développait dans une relation purement imaginaire, il fallait que je sois bien malheureuse dans ma relation réelle avec Monsieur M.

S'en sont suivis deux mois pénibles d'attente et de remises en question, que j'ai pratiquement passés au lit, incapable de quoi que ce soit d'autre. Entre l'insomnie et les crises d'angoisse à répétition, le désespoir a fini par avoir raison de moi, et j'ai bien cru que je n'allais jamais en émerger. Je n'arrivais même plus à m'accrocher à mon amour imaginaire pour rester à la surface; de toute façon, je ne faisais qu'attendre sans avoir de nouvelles. Il fallait que je passe à l'action, mais j'étais beaucoup trop fragile et vulnérable pour prendre le risque de me dévoiler.

Quoi qu'il en soit, cette soirée d'anniversaire, qui avait eu lieu dès mon retour de voyage, a été très révélatrice pour moi. Voici la lettre que j'avais écrite à Monsieur Z le lendemain de cette soirée (sans jamais la lui envoyer bien sûr) :

J’attends que ça passe, mais ça ne passe pas. Au contraire, ça s’amplifie.

Est-ce que tu le fais exprès ?

Ce que tu me fais, c’est cruel.

Je n’aurais pas dû danser avec toi, sentir ton corps si près du mien, si près. Je sens encore dans mon dos la chaleur de ta main, sur ma joue la caresse de la tienne. Sur mon corps la présence possible du tien. J’aurais voulu déposer ma main dans ton cou et te rapprocher de moi, encore plus, te sentir encore plus, juste te sentir.

Je ne sais pas si tu le fais exprès, mais moi, je souffre, et je n’en peux plus de te désirer autant.

D’avoir l’impression que tu m’envoies des signes, ambigus, si ténus que je n’ose pas les interpréter dans un sens qui me serait favorable.

C’est si dangereux, d’être dans ta chambre, avec toi. De m’avoir fait lire ce poème de Verlaine :

Green

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

Pourquoi m’avoir fait lire ça ? Peut-on donner à lire ce poème à une fille assise sur son lit à 4 heures du matin tout en restant parfaitement indifférent à elle ? Est-ce seulement possible ? Si oui, c’est d’une cruauté innommable, et alors je ne te le pardonnerai pas. Tu joues avec le feu, ou tu es naïf.

Je suis confuse. Je voudrais que tu me le dises. Je. Te. Veux.

Je  voudrais que ce soit vrai.

Pourquoi m’avoir demandé de rester à dormir ? Pure formule de politesse, j’imagine. Mais sache que, moi, je n’aurais pas pu dormir dans ton lit, ni dans ton salon; je n’aurais pas su t’avoir si près de moi sans tenter l’impossible.

Je n’aurais pas su, sagement, garder mes distances.

C’était dangereux.

J’aurais tellement voulu me perdre dans l’irréalité de ce moment. Me laisser porter par la douceur de ta présence, t’embrasser, te caresser. Te dire à quel point je te désire.



jeudi 21 juin 2012

Canicule

Hier, c'était une journée pas comme les autres.

D'abord, on annonçait très chaud. Et la promesse a été tenue.

C'est ce matin-là que le grand frère que je n'ai jamais eu a choisi pour m'appeler, de sa contrée lointaine où le vin goûte bon. Appelons-le Monsieur A. Je dis grand frère parce que lorsque je me suis exilée dans son pays, il y a déjà plusieurs années, il a veillé sur moi comme un grand frère peut le faire. Depuis que je suis revenue à Montréal, la distance creuse un fossé entre nous. Mais souvent, il me manque. Ce qu'il y a de bien, avec Monsieur A, c'est qu'on peut parler de tout. Il a une façon de concevoir le monde qui dédramatise la détresse. Je n'ai pas su retrouver quelqu'un comme lui ici.

Et puis j'avais rendez-vous le soir même avec Monsieur Z. Oui, il m'a finalement écrit. Nous sommes allés marcher près du fleuve. Malgré la canicule, on y était bien : le vent dans les arbres, le bruit des feuilles, les pieds dans l'eau, la magnifique vue sur les lumières de Montréal par une chaude nuit d'été.  Et lui à côté de moi. Quand il est à côté de moi, le temps s'arrête.

Il ne veut pas se poser de questions. Moi non plus. Pourquoi se priver d'un moment de bonheur quand il s'offre à nous, sous prétexte qu'on ne sait pas ? La vérité, c'est qu'on ne peut pas savoir, et quand on pense savoir, on ne sait pas plus. La seule chose qui compte, c'est le présent.

Je n'ai jamais autant ressenti ce présent que lorsqu'il m'a embrassée. Ça a peut-être duré quinze minutes, ou deux heures, je ne me souviens plus.

Et j'ai eu très chaud.

lundi 11 juin 2012

Aujourd'hui, en me promenant entre les boutiques kitschissimes de la Plaza St-Hubert, j'ai eu une révélation soudaine. Je ne sais pas si c'est le soleil qui surchauffait mon cerveau, mais voici:

J'ai une maladie. Je suis une amoureuse chronique. Et jamais je n'en guérirai. Quand j'aurai tourné la page avec cet amour imaginaire de Monsieur Z (ce qui ne risque pas de tarder s'il continue de s'enfermer dans son mutisme égocentrique), l'histoire se répétera avec un autre : mêmes signes, même construction mentale, même attente angoissée, même souffrance.

L'amour est une drogue pour moi. Autant que j'en souffre, autant qu'il me donne l'énergie nécessaire à chacun de mes gestes quotidiens. Il me rend plus légère. Il donne en sens vers lequel diriger mes pensées et mes actions.


L'histoire sans fin d'un "amour imaginaire", partie 2 : correspondance et cycle de coïncidences

Je vous avais dit que j'allais poursuivre cette longue histoire qui ne connaît pas de fin, du moins pas jusqu'à présent, de cette intense et douloureuse relation-obsession avec mon Monsieur Z.

Ainsi, après mon congédiement, tout a basculé. En fait, paradoxalement, cette mise à pied, au lieu de nous éloigner, comme je l'avais d'abord cru, nous a rapprochés, puisqu'elle nous a permis de nous connaître hors du contexte stérilisant et guindé de l'entreprise.

Je suis partie très rapidement de la boîte. On m'a convoquée en début d'après-midi, et on m'a dit que c'était ma dernière journée. J'ai rassemblé mes objets personnels et je suis partie le plus vite possible. Lui, il était en conférence. Je n'ai pas pu lui dire au revoir, j'ai laissé sur son bureau un mot avec mon adresse courriel, au cas où il voudrait garder contact. J'ai fait le pari que "peut-être que", sans trop d'attentes.

Le soir même, il m'avait écrit. Il se disait dégoûté par ma mise à pied, espérait que j'allais bien et m'encourageait en me disant qu'une personne talentueuse comme moi trouverait facilement autre chose. Ce qui n'est pas un compliment banal venant d'une personne qui me troublait à ce point et dont je croyais qu'elle me détestait, vous comprendrez.

À la fin de ma soirée de départ - j'avais quand même organisé un apéro histoire de dire au revoir convenablement à tout le monde -, tout le monde étant parti tôt, on s'est retrouvés, lui et moi, à terminer la soirée dans un bar du centre-ville. C'était comme si on s'était trouvés. Il s'est passé quelque chose. On s'est mis à parler comme si on s'était toujours connus. Je n'ai jamais vu la soirée passer; j'ai seulement su, à un moment, qu'il était 2 heures du matin.

Le problème, c’est qu’à plusieurs reprises, j’aurais voulu prendre sa main, toucher sa jambe de la mienne, me pencher et l’embrasser. Toute la soirée, j’ai dû maîtriser cette envie viscérale qui me tenaillait le ventre, me battre contre quelque chose de tellement plus fort que moi, quelque chose qui m’enivrait et dans quoi j’avais envie de me laisser aller. J'ai su que je n'avais pas fini de souffrir de sa présence, ou de son absence; dans tous les cas, je serais foutue.

Et puis, j'ai saisi son regard. Pour la première fois, j'ai pu m'accrocher à son regard, m'y plonger, le sonder. J'ai bien vu que ses yeux brillaient.Je garde le souvenir de ce regard comme de quelque chose de poignant, de vif, de troublant. À un autre moment, j'ai remarqué que nos jambes se touchaient sous la table. Était-ce voulu, que nos jambes se touchent, plus longtemps qu’il ne le faut ? S'en était-il aperçu ? Comme moi, la laissait-il là délibérément ?

Et puis, à la suite de cette soirée où je suis revenue complètement ébranlée chez moi, nous nous avons entamé une longue correspondance, échangeant nos passions, des pièces musicales, des impressions, des opinions. C'étaient de longues lettres, passionnées, traversées par le désir de connaître l'autre et de se livrer. J'avais l'impression d'avoir trouvé quelqu'un qui me correspondait.

Chaque fois, il m'envoyait une chanson dont les paroles pouvaient peut-être signifier quelque chose. Pouvaient peut-être signifier son désir pour moi. Mais comment savoir si là était son intention, ou bien si c'était une pure coïncidence ? Pour moi, évidemment, tout devenait hautement significatif. Dans chaque parole d'une chanson, j'essayais de percevoir un message, je m'y accrochais, je me disais que peut-être, en fait je me disais que c'était certain qu'il essayait de me communiquer quelque chose par le biais de ces liens. Ces petits signes ont fini par former tout mon univers. Et puis, mon imaginaire a fini par me décaler complètement de la réalité.

Je ne savais plus ce qui appartenait au hasard, à mon imaginaire, et à la réalité.

Gombrowicz, dans Comos, écrit : "Un tel détail à la limite du hasard et du non-hasard, pouvait-on savoir ? peut-être et peut-être pas, sa main s'était déplacée, peut-être avec intention, ou avec demi-intention, ou sans intention, fifty-fifty."

Avant ça, il écrit : "Ainsi cette coïncidence était en partie (oh, en partie!) provoquée par moi-même, et la confusion, la difficulté étaient justement que je ne pouvais jamais savoir dans quelle mesure j'étais moi-même l'auteur des combinaisons qui s'effectuaient autour de moi, ah, on se vite coupable !"

Perdue dans cette obsession, je fuyais mon couple qui battait de l'aile, compensait la douleur d'une relation en train de se mourir par celle, empreinte d'espoir et d'irréalité, d'un amour imaginaire.

Ne tenant plus cette situation, j'ai rassemblé mes maigres économie et je suis partie en voyage, espérant que l'éloignement allait m'apporter des réponses. Et il m'en a apporté.

Quand je suis revenue, les choses ont pris une autre direction.

Mais je vous raconterai la suite bientôt.  

dimanche 10 juin 2012

L'attente angoissée

Il me faut un remède contre cette attente angoissée, et vite.

Un médicament, un poison, une drogue, peu importe, je veux arrêter d'être tendue vers ce peut-être qui ne se concrétise jamais.

Je regarde mes courriels aux 10 minutes et je suis devenue complètement dysfonctionnelle. Je ne pense qu'à lui.

Impossible de rédiger mon travail de fin de session, de préparer mon entrevue de demain. C'est une névrose.

Je ne peux quand même pas ruiner les chances de ma vie pour un mec qui, lui, ne se préoccupe pas de me donner de nouvelles ? Qui, en ce moment même, par ce beau temps, doit probablement être en train de gambader joyeusement dans les rues de Montréal, entouré des plus belles filles du Quartier latin, sans même l'ombre d'une pensée pour moi ?

Il y a des jours où je voudrais m'endormir pour très longtemps, jusqu'à ce que ça passe.

mercredi 6 juin 2012

L'histoire sans fin d'un «amour imaginaire»

Ces temps-ci, mon esprit est complètement absorbé par une nouvelle relation amicale, ou un peu amoureuse (un peu de tout ça en même temps). Le problème, c'est que cette relation appartient à l'ordre de ce qu'on pourrait appeler un "amour imaginaire", entièrement érigé sur un objet de désir (comprendre "un homme irrémédiablement désirable") dont j'ai, consciemment et inconsciemment, alimenté l'importance. Appelons-le Monsieur Z.

Ma construction onirique - si intense, si obsessivement délicieuse - a fini par devenir une réalité. Une réalité douloureuse. et qui me torture aujourd'hui d'heure en heure.

Mais retournons au début de l'histoire. Jadis, dans mon époque pré-rupture, je travaillais au sein d'une entreprise cool et branchée du centre-ville. À mon arrivée, j'ai été présentée à toute l'équipe. C'est à ce moment que, tout en serrant la main de Monsieur Z, j'ai plongé pour la première fois mon regard dans le sien; dès lors, j'ai su que ces yeux étaient les prémices d'un problème de papillons dans le ventre, qui ne ferait que grossir.

C'est l’éclat indéfinissable de ses yeux. Quand il vous regarde, ses yeux brillent. Quand il vous regarde, il se passe quelque chose. C’est plus qu’un regard. C’est un univers qui s’offre. Des yeux bruns qui pétillent d’intelligence, d’espoir, de jeunesse, de quelque chose d’inaccessible, de profond, de si intime...

Troublée tout autant qu'investie dans une relation conjugale, j'ai dû trouver un moyen de conjurer ce sort qui ne pouvait que venir briser le fragile équilibre que constituaient tous les plans de ma vie. Alors, naturellement, ou je dirais plutôt instinctivement, je me suis mise à le détester. C'était réconfortant. Chacun de ses gestes était devenu un prétexte à ma haine. S'il oubliait de me dire bonjour. S'il me répondait vaguement. En fait, chaque fois qu'il me parlait, je puisais - dans son ton, dans ses paroles, dans son regard, dans son attitude - à tout coup une ressource me permettant d'attiser ma détestation. Mon problème était réglé. Je le détestais, il me détestait, du moins dans mon interprétation des choses.

La fascination était désamorcée.

Il faut reconnaître, cependant, que cette détestation précieusement entretenue était déjà le début d'une obsession. Mes amies l'ont vu bien avant moi. Elles savaient bien que Monsieur Z ne me laissait pas indifférente, même si je n'en parlais qu'avec mépris et exaspération. Le fait est que j'en parlais.

Je n'ai pas pu longtemps me conformer à ce schéma. Subrepticement, le désir a commencé à se manifester dans les interstices de ma haine.

Et j'ai dû me l'avouer. Depuis que j'étais arrivée dans cette boîte de merde, oui, disons les vraies choses, boîte de merde, il était l’unique soleil de mes journées. Je construisais autour de lui, sans m'en apercevoir, une histoire, une intrigue, qui remplissait le vide de mes journées grises. Une histoire fondée sur une relation que je croyais (voulais) faite de mépris, mais une histoire tout de même. J'attendais avec impatience le prochain signe qui allait me permettre de faire progresser ce récit imaginaire.

En vérité, il ne s’était pas passé un seul week-end sans que je rêve à lui. Sans que je rêve que j'étais dans ses bras, qu’il m’embrassait, m'écrasait sous son poids.

Regarder sa main suffisait pour provoquer en moi un trouble tel que je devais apprendre à me maîtriser. Quand il venait dans mon bureau et se penchait au-dessus de moi, pour m’expliquer, pour me montrer un projet, j'aurais voulu attraper sa main déposée sur la souris de l'ordinateur. J'aurais voulu la toucher, la presser, la caresser, la sentir, et ensuite appuyer doucement mes lèvres sur son cou, qui sentait si bon. Me laisser porter par l’ivresse de son parfum et de sa chaleur. J’aurais voulu, lorsque je l’ai croisé dans le long couloir, qu’il me saisisse par les hanches, qu’il me colle contre le mur de briques rugueux, et qu’il m’embrasse, qu’il m’embrasse avec force, qu’il m’embrasse pour que je me sente exister. Je lui aurais tout donné.

Et puis, alors, à la suite de mon congédiement, tout a basculé.

La suite dans un prochain billet.